Il y a quelque chose de vraiment pathétique dans certaines velléités. Comme celle qui consiste à développer la «monétique» ou encore, plus simplement, le «paiement électronique». Cycliquement, les banques, dans certains de leurs regroupements professionnels, tentent de nous convaincre que ces services auxquels aspirent légitimement leurs clients relèvent du simple dispositif technique. A ce titre, il suffirait donc de sa mise en place pour que le service en question soit opérationnel. Le client – enfin, appelons-le ainsi par commodité de langage – est en droit d'attendre ce genre de services qui sont autant d'attributs de la vie moderne. D'abord, parce que cela met un peu plus de confort dans sa vie, ensuite, parce que ce genre de commodités est devenu une… évidence, y compris dans des pays en deçà de notre niveau de développement. Et s'il s'agissait d'une opération «technique», peut-être que les banques algériennes n'auraient pas eu besoin de nous convaincre qu'elles ont le savoir-faire et la technologie pour la réaliser. Cela fait plus de quarante ans que la Poste… algérienne a centralisé son réseau de comptes pour permettre à ses usagers-clients de pouvoir disposer de leur argent dans n'importe quelle agence postale du pays. Ce que les banques nous présentent en 2015 comme une… nouveauté censée nous faire jubiler. Parce qu'en fait, il s'agit de commencer par cela : permettre à un Algérien qui dispose d'un compte dans une agence de la rue Didouche à Alger d'encaisser un chèque dans une agence de la rue Ben M'hidi à… Alger ! Puis, le reste, c'est-à-dire l'essentiel, l'une après l'autre. Et si on… essayait d'abord le chèque, avant de se découvrir d'autres prétentions ? Ce n'est pas du seul ressort des banques, c'est une évidence. Payer par chèque suppose un minimum de transparence et de traçabilité. Ils sont trop nombreux à ne pas y avoir intérêt et souvent là où on s'y attend le moins. On ne blanchit pas de l'argent sale en remettant des chèques comme moyen de paiement. On ne thésaurise pas avec des chéquiers. On ne corrompt, on n'achète ou vend la drogue, on ne commerce dans le bazar parallèle, on ne paie les ouvriers travaillant au noir, on ne finance les campagnes électorales, on ne… vole qu'en billets de banque. Sinon, ça se saurait, dans tous les sens de la formule. On n'en est pas encore à la généralisation du chèque mais ce n'est pas la première fois qu'on se propose de brûler les étapes. Quand le ministre des Transports, Amar Ghoul, nous avait promis, il n'y a pas longtemps, des avions-taxi, personne ne lui avait demandé pour quand les… voitures-taxi ! Alors aujourd'hui, quand M. Mouaatassem Boudiaf, PDG du Groupement d'intérêt économique de monétique (GIE-monétique) nous dit que «l'année 2015 doit être celle de la généralisation de la monétique», il ne devait y avoir personne pour lui demander quand est-ce qu'un client qui a un compte à la rue Didouche pourra encaisser un chèque à la rue Larbi Ben M'hidi !