Après avoir fait couler beaucoup d'encre, la pomme de terre semble revenir à de meilleures raisons, tant au niveau du prix que de sa disponibilité sur les étals des marchés. Après avoir atteint le prix faramineux de 110 DA/kg, un coût qui a fait fuir ce légume, pourtant apprécié et à la valeur nutritive reconnue, du couffin de la ménagère et par ricochet de la table du consommateur, le voilà qui revient à des prix plus raisonnables. Annoncée depuis quelques jours, la «nouvelle» pomme de terre est enfin arrivée. Sa récolte, facilitée par le retour du beau temps, a permis une chute appréciable de son prix, allant de 50 DA dans les marchés et 40 DA auprès des vendeurs à la criée en camionnettes qui sillonnent les quartiers. Si l'on se fie aux années précédentes, son prix va encore descendre. Mais après ? Sa profusion d'aujourd'hui peut-elle nous garantir qu'une crise comme celle que nous venons de connaître ne se renouvelle d'ici peu ? Pourquoi la pomme de terre, cet aliment de base, ne cesse de susciter l'intérêt des spéculateurs sans scrupule qui laissent une partie de leur récolte pourrir sous terre pour mieux faire flamber les prix ? Malgré sa deuxième place en matière de superficie des terres propres à la culture de la pomme de terre et la mise en place d'un système de régulation des produits agricoles de large consommation (Syrpalac), la problématique de la pomme de terre est toujours d'actualité. Une bonne production, si elle résout le problème de la disponibilité du produit à un prix abordable, pose pour autant celui de la maîtrise de sa distribution et de son stockage. Il faut dire que les capacités de stockage restent insuffisantes comme l'a été parfois la maîtrise des techniques de cette opération. Un manque qui s'est soldé par le pourrissement de tonnes de pomme de terre. Par ailleurs, l'importation des semences de pomme de terre, longtemps monopolisée par certains importateurs véreux, a eu pour conséquence la spéculation. Si la mise en place d'un dispositif de régulation des marchés des semences a eu pour effet direct de freiner cette spéculation, la solution idoine serait la maîtrise de la production des semences afin de ne plus être dépendant de l'étranger. Mais surtout d'orienter la stratégie du secteur vers un plus, à savoir l'exportation de ce produit. A l'heure actuelle, cette dernière reste insignifiante et classe notre pays au dernier rang par rapport à nos voisins magrébins. Les prévisions pour cette année établissent une reprise des exportations qui se chiffrent à 20 000 tonnes, ce qui constituerait une opportunité pour l'Algérie de se placer dans le marché agricole mondial. En matière d'industrie, la pomme de terre continue de se caractériser par une faible intégration. Enfin, le développement de ce tubercule l'aurait mis au centre de la technique de fécondation in vitro, dont la force réside dans la multiplication à grande échelle des plants, leur assainissement des viroses et enfin la création d'une banque de gènes. Autant de techniques pour maîtriser la production des semences du tubercule et réduire notre dépendance.