Les passagers du train 154 reliant Béjaïa à Béni Mansour, las d'attendre que la navette reparte enfin après une heure et demie d'arrêt en gare de Sidi Aïch pour cause de croisement, sont descendus sur les quais de cette station, jeudi soir, et ont empêché la circulation de l'autorail en provenance d'Alger. Cet incident était prévisible, vu le mépris affiché par la SNTF à l'égard de cette navette qui effectue quatre rotations par jour entre Béjaïa et Béni Mansour. Dans une de nos précédentes éditions, des voyageurs, des travailleurs et des étudiants empruntant ce train ont énuméré tous les problèmes auxquels ils sont confrontés. Retards, insécurité… sont les principales questions qu'ils ont soulevées. Jeudi, alors que le train était parti à l'heure indiquée de la gare de Béjaïa, vers 17h, il marque comme d'habitude, pour les besoins d'un croisement, un arrêt en gare de Sidi Aïch, vers 18h45, soit 40 minutes après son départ de Béjaïa. Mais cette fois-ci, le temps de croisement est long ; l'autorail en provenance d'Alger n'ayant pas pointé après 90 minutes d'attente. «Impatients, parce que nous devons rentrer chez nous après être sortis de nos domiciles à 4h du matin, nous avons décidé de protester et demander au chef de gare de laisser notre train partir», nous dit, au téléphone, un passager de ce train. «Une heure trente minutes, c'est ce qu'il faut à cette navette pour arriver à destination. Pourquoi donc le chef de gare de Sidi Aïch, sachant que l'autorail en provenance d'Alger n'était pas encore arrivé à Béni Mansour, n'a-t-il pas autorisé à la navette de partir ? L'autorail étant considéré comme un train rapide et confortable, il ne devait en aucun cas rester à Béni Mansour pour attendre», nous confie un cadre des chemins de fer en poste à Béjaïa. Au niveau de la gare de Sidi Aïch, lieu de croisement habituel et théâtre de l'incident, Moudjeb, le chef de gare et non moins secrétaire de la section syndicale, tient un autre discours. «Il y a des impératifs économiques que nous devons respecter. Un train en stationnement coûte cher à la SNTF et rien ne me permet d'envoyer ce train», nous déclare ce chef de gare. Pourtant, de l'avis de certains cheminots, l'autorail avait démarré d'Alger ce jeudi avec beaucoup de retard, et à son arrivée en gare de Béni Mansour, il avait totalisé 90 minutes de retard. La navette aurait dû donc continuer son trajet pour croiser ce «train de prestige» dans cette dernière gare. Tous les voyageurs que nous avons interrogés étaient unanimes à dire que cette navette Béjaïa-Béni Mansour est déconsidérée par la SNTF : absence d'éclairage, manque de confort, retards, insécurité... A propos de la sécurité, «la SNTF devrait savoir que ceux qui empruntent quotidiennement ce train sont confrontés aux dangers prévalant dans toutes les gares qui sont devenues des repaires pour toutes sortes d'individus», nous dit un voyageur exerçant au port de Béjaïa et qui rentre sur Ighzer-Amokrane tous les soirs. Et d'ajouter : «Il n'y pas d'éclairage aux alentours des gares et des haltes qui sont abandonnées.» Des stations fantomatiques Sur la quinzaine de gares et de haltes jalonnant cette ligne, seules quatre stations sont fonctionnelles, les autres sont des stations fantomatiques livrées aux aléas du temps et des voyous qui en ont fait des lieux de beuverie, de jour comme de nuit. Il est quasiment impossible pour une fille, même accompagnée, de descendre en ces gares sans se faire agresser. «Imaginez un peu qu'elle descende en gare d'Allaghane située en rase campagne», nous dit un parent dont la fille rentre tous les jeudis par ce train. Il est quand même étrange qu'entre Béni Mansour et Sidi Aïch, soit une soixantaine de kilomètres, il n'existe aucun service de la SNTF. «Pourtant, la société des chemins de fer pourrait remettre en service la gare d'Akbou, située à mi-chemin entre celles de Sidi Aïch et de Béni Mansour afin d'atténuer le calvaire des voyageurs en matière de retard, en permettant aux trains 13 (autorail) et 154 (navette) de s'y croiser», nous dit un cheminot. «Il suffit qu'elle affecte un chef de service, soit en permanence, soit en déplacement, aux heures de passage des trains», ajoute notre interlocuteur.