Les échos des massacres du 8 mai 1945 et la Guerre de libération nationale 1954-1962, dans la presse arabe ont été au cœur des débats pendant deux jours, lundi et mardi, à l'université Akli-Mohand Oulhadj de Bouira. Pour la première journée de ce deuxième colloque, plusieurs communications sur différents thèmes ont été présentées par des universitaires venus d'Alger, M'Sila, Oum El Bouaghi, Sétif, Tizi Ouzou, Chlef et Bouira. Ainsi, le traitement réservé par les journaux des pays arabes, notamment maghrébins et la presse du Moyen-Orient, a été passé au peigne fin par les spécialistes. L'organisateur du colloque, en l'occurrence la faculté des sciences humaines et sociales, département histoire, ont invité des personnalités historiques et des témoins directs de la Guerre de libération pour parler du rôle de la presse durant cette période et d'autres témoignages sur différentes étapes de la Révolution de Novembre 1954. Djoudi Attoumi, ancien officier de l'ALN de la Wilaya III historique et auteur de plusieurs livres sur le colonel Amirouche et l'histoire de la Wilaya III, était le premier à intervenir. «La presse a joué un rôle important durant la Guerre de libération. Il n'était pas facile d'écrire et de diffuser les informations en temps de guerre. Au poste de commandement de la Wilaya III, nous avions une ronéo et trois machines à écrire. Il y avait un groupe s'en chargeait de la rédaction et la préparation de la revue qui s'appelait la Renaissance algérienne, éditée en français et en arabe. Le service de presse du PC était composé de moudjahiddine intellectuels et engagés»», témoigne -t-il. Il s'agit, selon Djoudi Attoumi, de Tahar Amirouchène, fondateur et cerveau du PC de la Wilaya III, Lamara Hamel, Ferhani Abdenour, Aïssani Mohand Saïd, Youcef Ben Abid, Ouali Aït Ahmed, etc. «En plus d'un comité de presse au niveau du PC, qui assurait la rédaction des articles sur les faits de guerre, les événements politiques, communiqués de presse, etc., il y avait des journalistes qui sont des reporters de guerre qui accompagnaient les soldats de l'ALN dans les embuscades. Ils étaient courageux. Ils affrontaient les dangers et ils doivent faire leurs comptes rendus et des rapports quotidiens au comité de presse au niveau du PC», ajoute l'ancien officier de l'ALN. Ainsi, dans son témoignage, Djoudi Attoumi a évoqué également le rôle et l'importance des tracts que distribuaient l'ALN pour répandre une information ou un message à la population. «Le tract constituait un trait d'union entre les maquis et la population», a-t-il dit. Ajoutons à cela le rôle des radions qui on fait connaître à travers le monde la cause algérienne. Un autre témoin de premier plan, Aït Ahmed Ouali a parlé de l'écriture de l'histoire. «Les acteurs de l'histoire sont les moudjahidine, mais ils ne pourront pas l'écrire. Ils peuvent témoigner de ce qu'ils ont fait, mais ne jamais l'écrire. Ce sont les spécialistes du domaine qui peuvent le faire», a déclaré, d'emblée, Aït Ahmed Ouali. Ainsi, la condition qu'il faut avoir entre les deux parties, souligne le témoin, c'est la «volonté d'arriver à la vérité historique, que ce soit dans les témoignages ou bien dans l'écriture». «Si notre mémoire fait défaut, il vaut mieux s'abstenir et de ne rien dire», insiste-t-il. De plus, Ouali Aït Ahmed estime que la neutralité des historiens est primordiale dans l'écriture de l'histoire de la Guerre de libération nationale. Plusieurs autres témoins ont raconté ce qu'ils ont vécu pendant la guerre, notamment Amar Azouaoui, combattant de l'ALN, ancien secrétaire au PC de la Wilaya III et auteur de plusieurs livres sur l'histoire, qui a témoigné sur l'opération Jumelles. Un témoignage sur les manifestations du 17 octobre 1961 à Paris raconté par Idir Belkacem, un témoin oculaire des atrocités commises par la police de Maurice Papon à l'encontre des Algériens pacifiques. L'initiative de l'université de Bouira, faut-il le souligner, se veut une opportunité aux enseignants du département de l'histoire et aux étudiants de puiser ces témoignages à la source. Ces témoignages serviront également comme une archive inestimable sur laquelle les historiens devront s'appuyer pour écrire et réécrire l'histoire de la Guerre de libération nationale.