Les émeutes de ces quatre derniers jours ont pris des proportions regrettables. Les jeunes sortis pour protester contre le malaise social qu'ils subissent au quotidien ont pour une minorité d'entre eux dévergondé la protesta. Le saccage des établissements scolaires et le pillage des magasins n'est pas du tout apprécié par la population. Hier, en fin de matinée, l'atmosphère à Bab El Oued et à Belouizdad était calme. Et c'était l'occasion pour interroger quelques jeunes sur les événements ayant eu lieu dans ces deux quartiers mythiques. «C'est notre seule manière de nous exprimer. L'Etat a interdit les manifestations, alors comment voulez-vous que nous protestons pacifiquement. Les barons détournent des milliards pour les transférer vers les banques suisses et ils nous laissent vivre dans la misère la plus totale. Nous ne voyons à l'horizon aucun changement positif. C'est dommage qu'il y ait des dérapages. Mais ce n'est pas notre objectif», nous a expliqué hier à Bab El Oued, Mohamed, la trentaine, émeutier. Il est vrai que la contestation sociale a tourné au pillage de magasins et à la destruction de biens publics et privés. Des banques, des distributeurs postaux, des écoles, voire des musées ont été la cible de jets de pierre et de saccage. Ces agissements sont tous rejetés par la société et la majorité des émeutiers voulant mettre en relief leur mal-être. A Belouizdad, Karim, la vingtaine, dit regretter de tels actes. «Nous sommes sortis pour dire à l'Etat que nous sommes malheureux. La hausse des prix de l'huile et du sucre ont été les gouttes qui ont fait déborder le vase. Nous sommes au chômage, pourtant des centaines d'entre nous sont diplômés. Nous sommes en marge de la société, alors que nous voulons contribuer à bâtir la nation. Mais tout le monde nous rejette. L'émeute est le seul moyen pour que le pouvoir nous écoute. Quant à la manière, elle peut être radicale, mais il faut passer par là.» Des pères et mères de famille regrettent le malheureux dérapage survenu lors des émeutes. «Nous sommes contre la destruction. Il faut à tout prix que l'Etat écoute nos enfants. Nous n'arrivons plus à les raisonner car quoi qu'ils fassent, on bloque leurs initiatives», a estimé Djohra, la cinquantaine. A l'heure actuelle, les institutions font le bilan et tentent de minimiser les dégâts.