Malgré les raids de l'Otan, les troupes du dirigeant libyen continuent de répliquer à coups de roquettes meurtrières, contraignant les rebelles à se replier. Les forces pro-Kadhafi ont tiré à l'artillerie lourde, hier, sur l'entrée ouest d'Adjedabia, faisant reculer de nouveau les opposants vers l'est. La veille, pourtant, les anti-Kadhafi avaient progressé d'une quarantaine de kilomètres en direction de Brega, située à 80 km à l'est d'Adjedabia, à la faveur de raids aériens de l'Otan les jours précédents. Mais dès hier matin, des tirs particulièrement intenses sur la porte ouest d'Adjedabia ont donné l'alerte quant au retour des forces gouvernementales qui n'étaient plus qu'à 20 km de cette ville, poussant certains rebelles et les habitants restés dans la ville à fuir par centaines. Des tirs de roquettes des forces gouvernementales sur le front à mi-chemin entre Adjedabia et Brega avaient fait samedi 8 morts et 27 blessés. «Les forces de Kadhafi se rapprochent de la ville, ils bombardent la porte ouest depuis ce matin. Ecoute le son des canons, ils se rapprochent, c'est pour ça que tous ceux qui étaient restés s'en vont», a expliqué Omar Salim Moufta, un habitant de la ville qui soutient la rébellion mais qui n'a pas pris les armes. «Les forces de Kadhafi sont à la sortie ouest d'Adjedabia, mais l'Otan ne fait rien. Que font les Français, les Britanniques et les Américains ?», a dénoncé un autre habitant. Des dizaines de véhicules, parmi lesquels des camionnettes d'insurgés équipés de mitraillettes, ont été vus en train de quitter la ville en direction de Benghazi, fief de l'insurrection situé plus au nord. Preuve que les coalisés sont vraiment à cours de bombes à précision comme cela a été écrit dans la presse américaine ? Aucune indication précise à ce propos, le commandement de la coalition internationale se réservant le droit de ne pas communiquer sur le sujet. Malgré l'absence de frappes aériennes de soutien, les rebelles semblent en revanche tenir bon à Misrata, la grande ville côtière que les pro-Kadhafi ont encore pilonnée intensément hier. Les attaques nocturnes par les pro-Kadhafi ont été nettement moins intenses dans la nuit de samedi à dimanche que les nuits précédentes, mais les rebelles ont fait état de combats avec des tireurs embusqués autour de la rue de Tripoli, la principale artère de la ville. Nettement plus organisés que dans la plupart des autres villes tenues par l'opposition, les insurgés ont détruit samedi quatre chars – dissimulés dans des maisons pour éviter les tirs de l'Otan – dans la prise d'un camp de l'armée régulière. En outre, les restes de bombes à sous-munitions de 120 étaient visibles dans différents quartiers, selon un reporter de presse. Le régime a fermement démenti avoir utilisé ces armes, interdites depuis 2010. Mais vendredi, trois personnes ont dû être amputées d'un pied et deux d'une main après avoir été touchées par ces sous-munitions, selon une source médicale. Selon d'autres sources, les bombardements d'hier ont fait au moins 6 morts et 31 blessés. Paolo Grosso, un médecin anesthésiste italien envoyé par l'association Emergency, a confirmé que beaucoup de blessés étaient arrivés à l'hôpital, y compris des enfants. Sur le plan humanitaire, la situation est également effroyable. Plusieurs milliers de migrants attendent toujours leur évacuation dans un camp de fortune installé près du port de Misrata, dans des conditions particulièrement précaires. Cependant, deux bateaux affrétés par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) prévoient de faire des navettes entre Misrata et Benghazi, d'où les réfugiés doivent être ensuite conduits à la frontière égyptienne et rapatriés. Enfin, Médecins sans frontières (MSF) a par ailleurs annoncé l'évacuation de 99 blessés, dont 10 dans un état critique, acheminées par mer jusqu'au port tunisien de Zarzis.