Il fallait l'écouter, ce brave président d'une association de «protection du consommateur» s'indigner que le ministère ne l'a pas «associé» à la décision d'augmentation des tarifs des transports urbains. On ne connaît pas le niveau de représentativité de son organisation, ni ses états de service, mais ça doit se savoir, si elle s'était un jour illustrée par une action qui l'aurait installée dans les consciences. Ceci dit, avoir quelque ancrage dans la société et avoir frappé les esprits par sa présence permanente ou dans les moments cruciaux ne donne pas l'assurance d'être «consulté». Si nos ministères étaient attentifs au mouvement associatif en consultant leurs animateurs sur les problèmes des citoyens, on l'aurait su également. C'est même souvent le contraire qui se produit en l'occurrence, puisque les associations alibis, les caisses de résonance et les relais de conjoncture sont souvent mis en avant à des moments précis. Des moments où il est rarement question de s'exprimer sur les questions, c'est la vocation et la mission sociale pour tout ce beau monde. S'agissant plus particulièrement de la «défense du consommateur», on n'a pas souvenance d'action sérieuse en la matière qui puisse rappeler au citoyen des associations dont il est utopique de trouver un Algérien qui se rappelle le nom de l'une d'entre elles. Pourtant, ce n'est pas la «matière» qui devrait manquer pour les faire bouger. Le consommateur se fait arnaquer quasiment à chaque achat de produit et de service, et en dehors de ces colères indignées qu'il exprime individuellement et sans illusion sur leur impact, on ne voit pas quel mouvement organisé a eu un jour à faire quelque chose pour atténuer l'ampleur de ses malheurs. Dans les transports urbains précisément, même si le prix du ticket est important pour certaines bourses, il y a certainement plus important. L'essentiel des bus est dans un état physique lamentable, l'hygiène intérieure insupportable, le personnel arrogant, les conditions de voyage infrahumaines, les arrêts selon l'humeur… Passons aux taxis, maintenant, puisqu'ils sont aussi concernés par les récentes augmentations de tarifs auxquelles le brave président d'association n'a pas été associé. Les taxis ont une «destination», jamais celle du client qui a le malheur de solliciter une autre trajectoire. Les taxis ont un compteur mais exigent des «courses». Les taxis prennent plusieurs clients à la fois alors qu'ils n'en ont pas le «droit». Les taxis choisissent leurs horaires. Ils ne travaillent pas quand il fait trop chaud, quand il fait trop froid et quand il y a trop de circulation. Ils font payer les embouteillages au client en vociférant. Les taxis n'ont jamais de monnaie et c'est l'usager qui doit se débrouiller pour faire le tour des commerçants comme un mendiant en quête d'une pièce. Les taxis ne s'arrêtent pas pour les vieux ou les familles, ils sont trop encombrants. Ils ne descendent jamais mettre les bagages dans la malle… quand ils en acceptent. Les tarifs vont augmenter. Ceux des bus et ceux des taxis. Le ministère des Transports n'a pas parlé de tout ça. Seul compte le prix de la course. Du ticket aussi. Les défenseurs des consommateurs non plus, ce n'est pas leur problème, ils veulent seulement être associés à la prise de décision.