«Cela va régler un problème conjoncturel mais le problème structurel demeure posé» Cette mesure a été présentée comme la solution qui doit «simplifier et faciliter les transactions monétaires entre les différents agents et opérateurs économiques», selon les déclarations du ministre des Finances, Karim Djoudi. La plus grosse coupure de billet de banque de l'histoire de l'Algérie indépendante, jamais émise, est-elle en train de jouer à l'Arlésienne? A moins que cette opération présentée en grande pompe avec tambour et trompette ne se soit avérée être un flop. Prise par le Conseil de la monnaie et du crédit, sa mise en circulation décidée par le Conseil s'est faite officiellement le 28 avril 2011, conformément aux règlements n°11-01 et n°11-02 du 24 mars 2011. Il y a bien entendu ceux qui ont présenté cette mesure comme, pratiquement, la panacée d'où doit provenir la réponse appropriée autant pour les transactions financières de l'économie algérienne que le manque de liquidités qui la caractérise. Ce qui a pour conséquence de compliquer le quotidien des citoyens. D'autres voix se sont par contre élevées pour mettre en garde contre les effets néfastes que doit provoquer, sur l'économie nationale, une telle initiative. Les optimistes «Un des objectifs est d'augmenter la disponibilité de la liquidité de la monnaie au profit des opérateurs économiques et des citoyens», a assuré le 26 avril, Abdelaziz Hamlet, le directeur général de l'Hôtel de la Monnaie de la Banque d'Algérie, lors de la cérémonie de présentation du billet de 2000 DA à la presse. «Cela va alléger la pression sur la Poste car il est évident que pour le même montant, on immobilisera une quantité moindre d'argent», a déclaré de son côté Moussa Benhamadi, ministre de la Poste et des Technologies de l'information et de la communication, tandis que le grand argentier du pays voyait dans cette mesure une opération destinée à «simplifier et faciliter les transactions monétaires entre les différents agents et opérateurs économiques». Un optimisme presque béat illustré par les déclarations des responsables de la Banque d'Algérie qui ont affirmé que la mise en circulation du billet de 2 000 dinars qui «est appelée à contribuer au rafraîchissement de la monnaie fiduciaire et à sa disponibilité accrue». Les sceptiques Il y a ceux qui y voient, à long terme, dans cette décision un phénomème d'accèlération de l'inflation, à l'instar de l'économiste Mohamed Bahloul: «Cela va régler un problème conjoncturel mais le problème structurel de l'économie algérienne demeure posé», a estimé cet expert. Un avis partagé par certains patrons qui mettent le doigt sur l'état «archaïque» du système bancaire algérien. «Pouvoir tirer des billets de 2000 DA dans l'état actuel de notre système financier, ce n'est pas a priori une bonne chose pour l'équilibre de l'inflation», a souligné le président de la Confédération algérienne du patronat (CAP), Boualem Merrakchi. «C'est peut-être un mauvais signe qui prouve un dérapage de la parité de notre monnaie. Cela peut traduire une dérive inflationniste. Il ne faut pas que l'on continue à consacrer la perte de valeur de notre monnaie en émettant des coupures de plus en plus fortes», avait averti Réda Hamiani, le président du FCE, le Forum des chefs d'entreprise. Il y a un autre effet pervers que n'ont pas manqué de relever d'autres experts qui ont mis l'accent sur l'aubaine que doit constituer une telle décision pour la sphère de l'informel qui brasse pas moins de 40% de la masse financière de l'économie nationale et dont les transactions se font de «la main à la main». En prédatrice, elle se positionne pour absorber la majeure partie des billets mis en circulation. Ce qui doit lui permettre de manipuler des sommes exhorbitantes en transportant des quantités moindres. «Dès le moment où vous imprimez des nouveaux billets, ils sont aspirés par la sphère informelle parce que malheureusement, les transactions chez nous se font toujours par le cash», confirme dans son analyse Mustapha Mékidèche en sa qualité d'économiste et de vice-président du Cnes, le Conseil national économique et social. L'Arlésienne Aucune des personnes que nous avons approchées n'a déclaré avoir vu la couleur de ce fameux billet. «Depuis l'annonce de sa mise en circulation et malgré de nombreux retraits bancaires, pas un seul billet de banque d'une telle valeur ne m'a été remis», nous a affirmé une enseignante rencontrée au sein d'un établissement financier, interrogée à ce sujet. «Je pense qu'ils n'ont jamais existé», a surenchéri un retraité venu retirer sa pension. Un commerçant situé dans une rue adjacente (à la banque) a assuré: «Je n'ai jamais eu de billet de 2000 dinars entre les mains...» Pourquoi ce billet de banque qui a été présenté comme une petite merveille est-il passé aux oubliettes? «L´architecture de ce petit papier imprimé recto verso comporte des dessins travaillés sur le plan artistique tout en conjuguant les techniques de sécurisation les plus pointues pour contrecarrer les tentatives de reproduction», a souligné l´un de ses concepteurs, avait écrit L'Expression (dans son édition du 9 juin 2011) lors d'une visite qui lui a été exclusivement réservée, à l'Hôtel de la Monnaie. La réalité sera amère, voire cinglante. «La Banque centrale a mis en circulation un nouveau billet sans paramétrer les machines de distribution des banques pour le reconnaître», rapportera L'Expression. Des propos qui seront confirmés. «Les billets de 2000 dinars sont rejetés par nos machines qui les considèrent comme de faux billets», confiera un banquier sous le sceau de l'anonymat. Depuis, c'est pratiquement le silence radio. Le billet de 2000 dinars joue le rôle de filles de l'air. A moins qu'il ne soit tombé... dans les bras des barons de l'informel...