Les délégués de la coordination interwilayas devaient, en principe, se retrouver ce soir dans la demeure où s'était tenu, un certain 20 août 1956, le Congrès de la Soummam. Deux objectifs sont assignés à cette rencontre, troisième du genre, depuis le début des événements du Printemps noir. Il s'agit d'abord d'«empêcher les festivités officielles et de se réapproprier par la même occasion les dates historiques du peuple algérien», puis de rédiger une déclaration politique qui, selon les propos des délégués, «marquera la jonction entre la génération qui a fait la Guerre de libération et celle qui mène présentement le combat pour la citoyenneté». Mais l'intention reste particulièrement focalisée sur les récents événements caractérisés essentiellement par «des dérives dangereuses pour la démocratie et la liberté de la presse», disait en substance, un délégué qui se montre touché, à l'instar de beaucoup, sinon l'ensemble de ses camarades, par l'absence, pour la deuxième journée consécutive, de pas moins de six titres sur les étals des buralistes. La suspension des journaux était, en effet, le sujet abordé, aussi bien dans la rue que dans les coulisses des préparatifs de la célébration du 47e anniversaire du Congrès de la Soummam. «L'Algérie voulue par Abane Ramdane n'est pas celle où l'on suspend des journaux», ironisait, hier, un militant du FFS en pleine préparation de la conférence-débat, animée par Karim Tabou du FFS et l'historien Mahfoud Kaddache. Aujourd'hui, Djoudi Mammeri, premier secrétaire du FFS, animera un meeting au cours duquel il fera lecture d'un message d'Aït Ahmed. Au cours de cette rencontre des délégués des ârchs, il sera bien évidemment question de «ces pressions que le pouvoir exerce sur la presse». Les délégués, qui promettaient de réserver une grande part de ce conclave «à cette suspension de six titres», sont gagnés par le doute, y compris sur la question du règlement de la crise de Kabylie. Pour eux, la méfiance est de mise à l'égard de ces décideurs. «Comment voulez-vous croire à la sincérité d'Ouyahia et de Bouteflika, quant à la satisfaction de nos revendications, quand ils font preuve de gestes aussi graves que la suspension de six journaux à la fois», s'est-on interrogé à maintes reprises, avant de déclarer que s'il le faut, «nous intégrerons la levée des suspensions dans nos préalables». Notons enfin que la famille révolutionnaire est sortie enfin de sa réserve, après trois années de silence. Dans un long document rendu public hier, les rédacteurs appellent à «une coordination effective des efforts de la famille révolutionnaire pour faire face à la situation que traverse notre wilaya». Dans le même document, on juge que «les dates symboles du pays, notamment le Congrès de la Soummam, sont «squattées» par une frange d'individus travaillant pour des intérêts occultes». Le même appel s'adresse également aux citoyens pour se solidariser afin «de freiner cette exploitation politicienne des dates historiques nationales».