C'est devenu une fâcheuse habitude. A la veille de chaque Ramadhan, on assiste à un dérèglement du marché, provoqué par tous les parasites qui y sévissent et prospèrent. S'adressant aux fidèles, à la veille du mois sacré, un imam saoudien aurait déclaré, il y a quelques années, que tous les commerçants musulmans devraient baisser les prix des fruits et légumes lors de cette période afin d'aider les familles démunies. Il y a cependant l'exception algérienne. Même si elle n'est pas totalement vérifiée, cette déclaration d'un dignitaire musulman, n'est pas infondée, toutefois. Faisant fi de la morale et surtout des hadiths ennabaouis qui prônent la rahma, la fraternité, la tolérance et le sacrifice, de nombreux commerçants profitent de ce mois pour faire monter leurs prix et s'enrichir sur le dos des consommateurs. Un mal devenu récurrent et auquel le gouvernement n'a pu trouver de remède, malgré toutes les mesures prises ou annoncées jusque-là. Le ministre du Commerce a déclaré, à plusieurs reprises, qu'il allait mettre de l'ordre dans les marchés des fruits et légumes. Afin de les mettre à niveau et réduire la pression sur ceux de Boufarik et Bougara, de nouveaux marchés de gros avaient vu le jour dans la wilaya d'Alger, notamment, mais la situation n'a pas changé d'un iota. Soumis au diktat des intermédiaires qui règnent en maîtres sur les lieux, les marchés des fruits et légumes échappent au contrôle de l'Etat. Sans crier gare, les commerçants augmentent du jour au lendemain les prix de certains produits. Ils invoquent, tantôt la sécheresse, tantôt le mauvais temps. Or, ils savent fort bien que les raisons qu'ils donnent ne tiennent pas la route. Il n'a jamais plu autant que cette année. Mieux, la production de certains légumes a doublé, voire triplé ces dernières années. Normalement, leurs prix aurait dû baisser sur les marchés. A quoi assiste-t-on, finalement? A l'inverse. L'exemple de la pomme de terre est on ne peut plus édifiant. Malgré une production record cette année, ce tubercule n'est pas descendu sous la barre des 35 dinars le kg, alors qu'il coûtait 25 dinars il y a trois ans. En mars dernier, il avait atteint le seuil mythique des 150 dinars le kg! Il aura fallu attendre près de deux mois pour que le prix de la pomme de terre revienne à des normes plus acceptables, même si le prix demeure justement «hors-normes». Au lieu de donner un coup de pied dans la fourmilière et diligenter une enquête pour faire la lumière sur cette sombre affaire qui avait beaucoup perturbé les Algériens, les responsables se sont contentés de mesurettes, en promettant, invariablement, que la pomme de terre allait retrouver son prix habituel. Après les histoires de viandes congelées, le ministère du Commerce remet ça, en nous promettant, cette fois-ci, du poulet congelé à gogo, à 250 dinars le kg. Tiens, tiens! Lors d'une rencontre avec les éleveurs, le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa, avait pourtant expliqué que le marché de la volaille était, actuellement, en pleine expansion et que durant le Ramadhan, la viande de poulet serait disponible et que son prix ne dépasserait pas les 250 dinars le kg. Pourquoi 250 dinars? Parce que l'Etat, soulignait-il, accorde une subvention aux gens de la filière et voudrait stabiliser les cours autour de ce prix référence. Lors d'une récente rencontre avec les journalistes, le ministre du Commerce, Mustapha Benbada, a tenu à «rassurer» les citoyens, en promettant l'organisation des marchés et la disponibilité des produits alimentaires sensibles, à des prix plafonnés. Les virées que nous avons effectuées, hier et samedi, dans certains marchés de la capitale ont été, pour nous, très instructives. En l'espace de quelques jours, les prix de certains légumes ont presque doublé. C'est le cas de la courgette, notamment, qui est proposée à 60 dinars, alors que son prix n'était que de 40 dinars. Malgré une production abondante, les haricots verts sont toujours aussi chers et atteignent les 150 dinars au marché de Brezina. La pomme de terre, elle, oscille entre 40 et 50 dinars. Quant à la tomate qui est pourtant de saison, elle se stabilise autour de 50 dinars, tout comme la laitue qui est proposée à 100 dinars le kg. Le piment qui assaisonne la plupart des plats, frôle les 150 dinars. Même les navets ont le vent en poupe, en s'affichant à 90 dinars le kg. Des prix qui n'incitent pas à l'optimisme à quelques jours du Ramadhan. Chaque année, nous assistons au même phénomène, aux mêmes causes, et les responsables ne donnent pas vraiment l'impression de vouloir l'endiguer. Aux grands maux, les grands remèdes, dit-on. L'Etat consacre, chaque année, une grande enveloppe pour approvisionner régulièrement les marchés en produits de toutes sortes. C'est l'absence de contrôle et de suivi qui nuit le plus aux marchés et les empêche de bien fonctionner. C'est bien beau de dire que le ministère dispose de 6000 agents inspecteurs, il s'agit de savoir combien font vraiment leur boulot.