Tous les fonctionnaires de la sûreté de la wilaya d'Alger et certains parents des victimes se sont recueillis devant la stèle dressée à la mémoire des victimes. L'émotion a atteint son paroxysme, vendredi dernier, à l'occasion de la commémoration de cette douloureuse journée du 30 janvier 1995. Une journée dont le souvenir est indélébile dans la mémoire des Algériens. Cette commémoration de cette journée initiée par les services de police de la sûreté de la wilaya d'Alger, a fait ressurgir l'atrocité vécue lors de l'attentat à la voiture piégée perpétré par les hordes terroristes et qui s'est soldé par le décès de 43 personnes dont quatre policiers. 88 autres personnes blessées dont certaines seront estropiées à vie ont également été enregistrées au terme de cet odieux acte criminel. Un nombre important de personnes représentant les familles des victimes et les autorités civiles se sont succédé pour déposer des fleurs sur la stèle sise à l'entrée du siège de la sûreté de wilaya. «J'étais à quelque deux cents mètres du lieu où s'est produite la déflagration, soit en face du commissariat central», raconte un des policiers présents à la cérémonie qui ajoute, d'une voix entrecoupée de sanglots: «C'était horrible, il y avait des lambeaux de chair humaine partout sur les murs et sur les arbres, et les citoyens étaient pris de panique et couraient dans tous les sens. C'est une image apocalyptique qui ne disparaîtra jamais de ma mémoire.» Le policier ne peut s'empêcher d'avoir une pensée pour ses quatre collègues qui ont péri en service. D'autres sont émus à l'évocation de cette journée et ne peuvent s'empêcher de faire des commentaires. Pendant près d'une heure, les petits groupes qui s'étaient formés s'adonnaient à des conciliabules qui gravitaient autour de cet attentat «classé comme étant un des plus meurtriers que l'Algérie ait pu connaître durant toute la décennie noire du terrorisme». Sortant de sa réserve, un des fonctionnaires de police s'est dit «déçu par les suites données par les autorités algériennes à cet événement sanglant». D'une voix laissant transparaître une animosité, un des citoyens présents s'est livré à des diatribes en direction des USA et du gouvernement algérien. Il a accusé les Américains de «protéger Anouar Heddam en lui accordant le refuge en sachant qu'il a revendiqué l'attentat à partir du sol américain» et «accusé les autorités algériennes, en l'occurrence le président Abdelaziz Bouteflika de s'acoquiner avec les USA» qu'il qualifie «d'Etat terroriste». En définitive, dira un des fonctionnaires de police «cette dramatique journée restera gravée, à jamais, dans la mémoire de tous les Algériens».