La Russie a dénoncé une «tentative de coup d'Etat» et exigé des leaders de l'opposition qu'ils fassent cesser les violences, tandis que le président ukrainien a accusé ces derniers d'avoir déclenché une insurrection. Les Européens ont nettement haussé le ton hier et brandi la menace de sanctions contre les responsables de la répression en Ukraine, où de violents affrontements et un assaut des forces spéciales contre les manifestants ont fait 26 morts. Des centaines d'habitants de Kiev se sont rendus mardi sur le Maïdan, la place de l'indépendance, dernier refuge des manifestants hostiles au président Viktor Ianoukovitch, les bras chargés de provisions, de vêtements et de médicaments. Un mur de feu séparait toujours les manifestants des policiers anti-émeute, avec des échanges intermittents de projectiles de part et d'autres, tandis que des enfants et des personnes âgées descellaient les pavés de la place. Le ministère de la Santé a fait état d'un nouveau bilan de 26 morts depuis le regain de violences à Kiev mardi, et de 241 blessés hospitalisés dont 79 policiers et cinq journalistes. Au moins dix policiers figurent parmi les tués, selon le ministère de l'Intérieur. Un journaliste ukrainien a aussi été abattu, a indiqué son journal. La Russie a dénoncé une «tentative de coup d'Etat» et exigé des leaders de l'opposition qu'ils fassent cesser les violences, tandis que le président ukrainien a accusé ces derniers d'avoir déclenché une insurrection. Les violences ont commencé par des affrontements mardi aux environs du Parlement, et ont été suivies dans la soirée par l'assaut policier contre le Maïdan, épicentre de la contestation, occupé depuis près de trois mois par des milliers de personnes qui y avaient établi leur campement de tentes. Un assaut des forces anti-émeute, équipées de blindés, y a été lancé dans la nuit, dans la fumée des incendies et des pneus brûlés. Le président Viktor Ianoukovitch a décrété une journée de deuil national, aujourd'hui. Face à la crise, l'une des pires que traverse l'Ukraine, une ex-république soviétique, depuis son indépendance en 1991, certains pays membres de l'UE, comme la France, l'Allemagne et la Pologne, ont appelé à des sanctions à l'égard des responsables de la répression. Viktor Ianoukovitch «a du sang sur les mains», a même jugé le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt. La Grande-Bretagne a assuré que le gouvernement devrait «rendre des comptes» cependant que l'ONU réclamait une enquête «urgente et indépendante» sur les violences. Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'UE doit avoir lieu aujourd'hui, et le chef de la diplomatie polonaise a été désigné pour se rendre sur place au nom des Européens. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit espérer que les Etats membres se mettent d'accord «dans l'urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence». Le pape François a quant à lui demandé à toutes les parties de «cesser toute action violente». La Russie, qui a à plusieurs reprises accusé les Occidentaux d'être responsables de cette situation, a dénoncé une «tentative de coup d'Etat». Le porte-parole du Kremlin a indiqué que Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovitch s'étaient parlé au téléphone dans la nuit de mardi à mercredi et a pris soin de préciser que le président russe ne donnait pas de conseils à son homologue. Ce dernier a accusé les chefs de l'opposition, dans un message à la nation diffusé en pleine nuit, d'avoir appelé à une «lutte armée» pour prendre le pouvoir, assurant que les coupables comparaîtraient «devant la justice». Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont annoncé hier l'ouverture d'une enquête pour tentative de prise illégale du pouvoir visant «certains hommes politiques», sans autres précisions. La contestation est née de la volte-face en novembre du pouvoir ukrainien qui a renoncé subitement à un rapprochement avec l'Union européenne pour se tourner vers Moscou. Après avoir mobilisé des centaines de milliers de personnes, elle s'est transformée au fil des semaines en un rejet du régime du président Ianoukovitch. Le pouvoir a imposé un état d'urgence qui ne dit pas son nom: le métro de Kiev a été fermé et les autorités ont annoncé que le trafic routier en direction de la capitale était désormais «limité». Les violences menacent désormais de s'étendre au reste de l'Ukraine.