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Chantre de la tolérance Occident-Orient
AMINE MAALOUF LE FORGERON DES MOTS
Publié dans L'Expression le 10 - 03 - 2016

Amine Maalouf, écrivain éclectique, est l'auteur de plusieurs ouvrages
«Seul un homme en paix avec son Créateur peut trouver le sommeil dans un lieu de culte. [...] Je ne suis pas de ceux dont la foi n'est que terreur du Jugement, dont la prière que prosternation. Ma façon de prier? Je contemple une rose, je compte les étoiles, je m'émerveille de la beauté de la création, de la perfection de son agencement, de l'Homme, la plus belle oeuvre du Créateur, de son cerveau assoiffé de connaissance, de son coeur assoiffé d'amour, de ses sens, tout ses sens, éveillés ou comblés.» Omar Khayyâm
Devant l'anomie actuelle du monde, il faut dire qu'il en fut toujours ainsi entre l'Orient et l'Occident. Pour articuler mon plaidoyer je fais appel à Amine Maalouf en m'appuyant sur ses écrits, notamment son discours à l'Académie qui est une défense et illustration de la tolérance.: «Quand on a le privilège d'être reçu au sein d'une famille comme la vôtre, on n'arrive pas les mains vides. Et si on est l'invité levantin que je suis, on arrive même les bras chargés. Par gratitude envers la France comme envers le Liban, j'apporterai avec moi tout ce que mes deux patries m'ont donné: mes origines, mes langues, mon accent, mes convictions, mes doutes, et plus que tout peut-être, mes rêves d'harmonie, de progrès et de coexistence. Ces rêves sont aujourd'hui malmenés. Un mur s'élève en Méditerranée entre les univers culturels dont je me réclame. Ce mur, je n'ai pas l'intention de l'enjamber pour passer d'une rive à l'autre. Ce mur de la détestation - entre Européens et Africains, entre Occident et Islam, entre juifs et Arabes -, mon ambition est de le saper, et de contribuer à le démolir. Telle a toujours été ma raison de vivre, ma raison d'écrire, et je la poursuivrai au sein de votre Compagnie.»
Amine Maalouf écrivain éclectique est notamment l'auteur de plusieurs ouvrages Leon L'Africain, le périple de Baldassare. Le Rocher de Tanios, les Echelles du Levant. A sa façon Amine Maalouf nous remet en mémoire le monde de l'an 1I00 avec les Croisades, le monde de la Reconquista au début du XVIe siècle avec Leon L'Africain et les récits d'un Maghreb aux prises avec l'invincible armada qui termina sa course en 1541 dans l'oued El Harrach. Ce sera aussi Samarcande qui nous raconte en creux l'histoire d'un manuscrit, celui des «Robaïates el Khayyâm, manuscrit perdu autour duquel s'articule l'histoire de Omar Khayyâm, le sultan Nidham el Moulk Le balafré et sa secte des assassins (Haschachins) véritables kamikazes des temps modernes avec la pulsion de mort à fleur de peau. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une scène de brimade: un homme, Jaber-le-Long, ancien disciple d'Ibn Sina (Avicenne), se fait violenter par des lettrés qui l'accusent d'être un filassouf, c'est-à-dire un philosophe. C'est en prenant sa défense qu'Omar Khayyâm se retrouvera devant le cadi Abou Taher. Samarcande c'est aussi l'histoire des ingérences occidentales dans les affaires de la Perse avec les mêmes acolytes, l'Angleterre la France, mais aussi la Russie tsariste. C'est aussi l'agonie de l'Empire ottoman dont l'acte de décès sera signé par Sykes et Picot
Amine Maalouf et les identités meurtrières
Amine Maalouf c'est aussi l'écartèlement entre deux mondes. Cet ouvrage sur les «identités meurtrières» précédé par «les Origines» explique l'ambivalence des personnes cosmopolites appartenant à deux mondes, le nouveau, mais aussi les racines anciennes que l'on peut ignorer sous peine de traumatisme, Amine Maalouf écrit à ce sujet: «Depuis que j'ai quitté le Liban pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais «plutôt français «ou «plutôt libanais «. Je réponds invariablement: «L'un et l'autre!» Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu' en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité? «Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entre-tuer au nom de leur identité? Dans le même ordre il écrit dans son ouvrage «Les désorientés», je m'inspire très largement de ma propre jeunesse. Je l'ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur.»
Le dérèglement du monde
Tout naturellement, en tant que témoin de son siècle il réagit au désenchantement du monde. Il écrit: «En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmonieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d'une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d'une longue pratique de l'irresponsabilité Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à la guerre des civilisations «qu'à l'épuisement simultané des civilisations, l'humanité ayant atteint en quelque sorte son «seuil d'incompétence morale». Pour Amine Maalouf, l'Occident «est infidèle à ses propres valeurs», ce qui le disqualifie auprès des peuples qu'il prétend acculturer à la démocratie. Sa tentation: préserver par la supériorité militaire ce que ne lui assure plus sa supériorité économique ni son autorité morale. Bien avant Amin Maalouf, l'Emir Abdelkader dans «El Maoukef» écrivait à propos de la défaite de la pensée en Occident: «Plutôt que d'interroger, nous nous interrogeons sur l'avenir de l'homme en général et de l'Occident en particulier puisque c'est lui qui dominera le monde matériel. Cet Occident est malade de son intelligence. Il a beau être savant, il n'arrive pas à saisir une vérité essentielle tant il est vrai qu'il est assoiffé de conquête et de pouvoir, aveuglé par l'illusion de sa puissance, prônant l'argent pour Dieu.» Le philosophe René Guénon, à son tour, dans les années 1920 du siècle dernier, avait pointé du doigt l'inanité d'un Occident pétri de certitudes. «Comme ces causes sont précisément en même temps, celles qui empêchent toute entente entre l'Orient et l'Occident, on peut retirer de leurs connaissances un double bénéfice: travailler et préparer cette entente, c'est aussi s'efforcer de détourner les catastrophes dont l'Occident est menacé par sa propre faute.» (1)
Les relations Orient -Occident
Amine Maalouf situe l'acmé des antagonismes civilisationnels au déroulement tragique des huit croisades. Dans «Les Croisades vues par les Arabes» il raconte le point de vue des Arabes sur les Croisés et les croisades, pendant deux siècles entre 1096 et 1291. Il raconte les pillages et les massacres perpétrés par les Franjs. On y voit les contrastes de l'époque entre Orient et Occident. Il apporte en plus une réflexion sur l'inversion de la domination de l'Orient sur l'Occident ces derniers siècles à cause des croisades, et malgré la victoire arabe. L'une des causes avancées par l'auteur est la capacité des Occidentaux à s'organiser sur place autour de la notion de droit pour établir des règles efficaces de dévolution du pouvoir. Amin Maalouf s'inspire des historiens et des chroniqueurs arabes de l'époque. C'est un ouvrage salvateur car il donne un autre son de cloche que celui de dépeindre les musulmans sous un jour couleur de soufre comme le martèle depuis mille ans l'Eglise jusqu'à l'aggiornamento de Vatican II ouvert par Paul VI et promptement fermé par Jean-Paul II puis Benoit XVI avec le nouveau concept du monde judéo-chrétien maintenant que les juifs ne sont plus déicides et que l'islam devienne le tiers exclu de la révélation abrahamique. Pour Amin Maalouf: l'incompréhension entre Occident et monde arabo-musulman se creuse.
Les relations entre l'Occident et le Monde arabe sont conflictuelles depuis très longtemps, et les croisades constituent en quelque sorte l'événement de référence qui symbolise cet affrontement. Mais ce n'est qu'un symbole. Nos contemporains, qu'ils vivent au nord ou au sud de la Méditerranée, connaissent peu les événements qui se sont produits en ces temps fort anciens; tout au plus se souvient-on de personnages tels que Saladin ou Richard Coeur-de-Lion. En revanche, chaque fois qu'on assiste à un conflit qui semble impliquer les mêmes protagonistes, ou les mêmes lieux, certains sont tentés d'évoquer les croisades. (...) Les historiens rigoureux savent pourtant que les Arabes et les Juifs ne se sont jamais affrontés au temps des croisades, et qu'ils étaient plutôt alliés contre les croisés; ces derniers ont même commencé leur marche vers la Terre sainte par un massacre des communautés juives d'Allemagne. Mais peu de gens se soucient des vérités historiques; ils ont le regard braqué sur leurs conflits d'aujourd'hui, et ils n'invoquent le passé que pour le mettre au service de leurs préoccupations actuelles.» (1)
Les périodes de tolérance réciproque
Il ne faut pas croire que ce fut une guerre totale et continuelle; il y eut des monarques éclairés qui prônèrent l'altérité. Il en est ainsi de Roger II de Sicile et de Frederic II «Roger II de Sicile (22 décembre 1095 - 26 février 1154) lit-on sur Wikipédia est le second fils du Grand comte Roger de Hauteville, premier comte normand de Sicile, et d'Adélaïde de Montferrat. Fondateur du royaume de Sicile (1130), Son union avec Béatrice de Rethel donnera une fille, constance, qui enfantera Frédéric II, roi de Sicile et empereur germanique. L'une des caractéristiques du règne de Roger II réside dans le brassage unique des cultures, dont il fait de la Sicile une plateforme de tolérance. Peu au goût des autres Etats d'Occident dans un contexte de croisade, ce sont pourtant tous les domaines qui vont bénéficier de cette ouverture. Tandis que les Assises d'Ariano (1140) sont d'inspiration aussi bien byzantine qu'arabe, la cathédrale de Cefalu et la chapelle palatine incarnent cette alliance somptueuse entre les influences occidentales et orientales par les peintures, mosaïques, boiseries qui content la chrétienté comme l'histoire de Roger II.» (2)
La cape de couronnement de Roger II, elle-même le produit de tisserands byzantins, en est un autre reflet par ses broderies qui comporte des inscriptions arabes, mais le joyau en demeure la mappemonde d'al-Idrîssi, cartographe originaire de Ceuta, qui représente le monde connu de cette époque avec une précision inégalée. À la cour de Palerme, Roger II attire auprès de lui plusieurs personnages de grand renom, comme le cartographe arabe Al Idrissi. Ce dernier s'installe à Palerme en 1139, et entreprend à la requête de Roger II, une enquête qui durera dix-huit ans. Cette oeuvre, le Livre du roi Roger (al-Kîtab al-Rudjâri) est rédigée en arabe, à la gloire du roi normand, et achevée probablement à la mi-janvier 1154. Roger II fait preuve d'une tolérance absolue envers les diverses croyances, races et langues de son royaume.» (2)
Frédéric II, élevé en Sicile, avait développé une admiration pour l'islam, qui y était encore très présent après trois siècles d'occupation musulmane et malgré la présence normande qui lui succéda pendant deux siècles. Son islamophilie allait plus loin que la politique d'alliance que pratiquaient les rois de Jérusalem, car elle s'appliquait également aux sciences et à la civilisation islamiques; elle masquait également une politique antipapiste et anticléricale. Il frappa monnaie avec une double inscription en arabe et en latin
Frédéric II de Hohenstaufen ou l'islam européen...
Pierre Dortiguier parlant de Fréderic II va jusqu'à parler d'islam européen et voit une parenté intellectuelle entre la politique actuelle de l'Allemagne de Mme Merkel et celle de son illustre prédecesseur: «(...) A cet égard, le genre humain est bien unique, à considérer la hauteur, mais la marche vers le bas est entraînante et certains Allemands ont vu dans l'islam un point sublime, et dans l'immigration justement un problème à poser et à régler. Telle se conduit l'Allemagne d'aujourd'hui, dans sa profondeur - qui est une manière de préserver la hauteur naturelle - et s'est conduite selon son modèle l'empereur Frédéric II. Chacun sait qu'il savait l'arabe, à admettre ce que les historiens nous en disent et à accepter la chronologie que quelques esprits indépendants en Europe contestent. L'Empire continental, comme l'Allemagne d'aujourd'hui, qui ne veut pas dépenser des millions pour partager la Libye, introduire la guerre intestine dans tous les Etats musulmans, ne veut qu'unir des voisins. (...) Frédéric II avait entrevu notre problème: il avait donné aux immigrants arabes de chez lui une terre, près de Naples avec un commandement à eux; pas question d'interdire le foulard, le hidjeb; tout était autonome. (...) A la cour de Sicile trônait Frédéric II, avec ses savants, ses lettrés, ses mystiques arabes et autres. Il avait refusé de participer à la 6e croisade, alors qu'il l'avait acceptée pour lever l'excommunication contre lui, puis avait obtenu des musulmans d'Egypte la reconnaissance de son titre de roi de Jérusalem. (...) Et si l'on vous dit que l'islam n'a pas de racines européennes, pensez que ce musulman impérial fut déclaré le premier européen par Nietzsche et que l'Europe vient d'en haut, d'un point unique qui reste encore à fixer.» (3)
La Sicile islamique: une société multiculturelle, un modèle de tolérance?
Dans cette frontière Orient -Occident la Sicile a joué le rôle de trait d'union au tournant du millénaire: «Si l'appartenance de la Sicile à l'Occident peut aujourd'hui sembler aller de soi, elle n'en a pas moins constitué de 831 à 1071 un des hauts lieux de développement de la culture musulmane. Dans les villes et les campagnes siciliennes cohabitaient alors des communautés d'une diversité tout à fait exceptionnelle. Ni les Aghlabides ni les Kalbites ne cherchèrent à imposer systématiquement l'islam et la culture arabe aux populations indigènes. Si islamisation il y eut, celle-ci fut principalement alimentée par l'immigration, et resta surtout cantonnée à la région du Val di Mazara, au nord-ouest de l'île. A l'est, dans le Val Demone, ils sont toujours restés minoritaires. Les minorités - qu'elles soient grecques, lombardes, berbères ou juives - étaient regroupées par communauté religieuse et se voyaient octroyer un statut juridique à la fois inégalitaire et protecteur, celui de dhimmi. Le paiement d'une capitation - la jizya - et la loyauté à la dynastie en place étaient récompensés par la reconnaissance d'une certaine autonomie religieuse. On constate ainsi qu'un évêque catholique était présent aux côtés de l'émir musulman à la cour de Palerme. En y regardant de plus près, on observe d'ailleurs qu'une certaine souplesse régnait quant à l'application des règles coraniques censées organiser la cohabitation islamo-chrétienne. Le voyageur Ibn Hawqel, s'offusquait en effet de l'adoption courante de la religion chrétienne par les enfants des couples mixtes réunissant une femme chrétienne et un homme musulman (...) Plus précisément, Henri Bresc note que «les femmes et les filles maintiennent des lignées féminines de foi différente de celle de leurs maris et de leurs frères». On a ainsi l'impression d'une certaine cohésion sociale au sein d'une population plurielle, ayant pour ciment la fidélité politique à l'Emirat kalbite et au Califat fatimide.(4)
C'est dire, si en définitive rien n'est irréversible et qu'il n'est pas interdit de rêver à un ré-enchantement du monde à l'instar du sacerdoce d'Amine Maalouf à travers ses merveilleux romans.
1. http://www.atlantico.fr/decryptage/croisades-occident-pays-musulmans-islam-libye-revolutions-arabes-amin-maalouf-75111.html#gu2cJ15G3vIsmzfu.99
2. Roger II de Sicile Encyclopédie Wikipédia
3.http://www.dortiguier.fr/Frederic-II-de-Hohenstaufen-ou-l.html
4. http://www.lesclesdumoyenorient.com/ La-Sicile-islamique.html


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