Fidel Castro et Houari Boumediene dans les rues d'Alger Le président Bouteflika mesure jusqu'à aujourd'hui, l'apport essentiel du Lider Maximo dans l'histoire de l'Algérie indépendante. Dans son message, le président de la République disait qu'il avait perdu un ami de plus de 50 ans. Le propos n'est pas seulement de circonstance, comme on pourrait l'imaginer. Abdelaziz Bouteflika était l'un des témoins directs et privilégiés d'un épisode de l'histoire du pays où Fidel Castro avait joué un rôle déterminant. Les faits se déroulaient au lendemain de l'indépendance, du pays, en octobre 1963. Les Algériens se souviennent de cette période comme celle de la guerre des Sables. Le Royaume marocain s'apprêtait à envahir l'Ouest du pays. Un an à peine d'indépendance après une guerre de libération éprouvante, la jeune armée algérienne devait affronter, quasiment les mains vides, une armée marocaine entraînée et bien équipée. Dans les états-majors politique et militaire de la jeune République algérienne, c'était un peu la panique. Objectivement, il était plus que difficile pour les Algériens de venir à bout de la menace en quelques jours ou quelques semaines. Il fallait, pour les dirigeants du pays chercher une solution au plus vite. L'Algérie combattante s'est naturellement tournée vers Cuba la révolutionnaire. La mission confiée à Abdelaziz Bouteflika, alors ministre du premier gouvernement de l'indépendance, était de prendre attache avec l'ambassadeur cubain, le commandant Jorge Serguera. L'échange entre les deux hommes avait été bref. Bouteflika mit son interlocuteur au courant de la situation et dressa la liste des besoins de l'Algérie en termes de matériels militaires: des tanks, des canons et des munitions. Une guerre conventionnelle était aux portes du pays «Serguera lui répondit que Cuba pouvait envoyer des tanks, des canons et des munitions à l'Algérie, et lui répéta les paroles de Fidel: «Pour les Algériens, toute aide dont ils auront besoin...», rapporte Gabriel Molina Franchossi, dans un écrit relatant cet épisode dans un journal cubain. Trois semaines plus tard, «à l'aube du 22 octobre 1963, le navire marchand Aracelio Iglesias arriva à Oran, pour débarquer la colonne qui fut transportée par voie ferrée dans 42 plateformes et 12 wagons, à environ 80 km, au fort construit par la Légion étrangère à Bedeau, près du village de Ras-el Ma», témoigne Franchossi. La célérité de la réponse de Fidel Castro à la demande d'aide algérienne a permis à l'Algérie d'élaborer un véritable plan de bataille pour empêcher l'entrée des troupes marocaines dans le désert de Tindouf. Il faut dire, à ce propos que «le coup de main» cubain ne relevait pas de l'improvisation, malgré les délais exceptionnellement courts de la mise en place de l'expédition. Et pour cause, dans le lot d'hommes envoyé par La Havane, il y avait des instructeurs, des médecins et des infirmiers. En fait, Cuba et l'Algérie avaient mis en oeuvre, en l'espace de quelques semaines, une véritable force de dissuasion face à l'armée marocaine. «Nous étions près de la frontière et de Tindouf. Nous avons préparé une attaque par le côté nord de la zone de combat, où Hassan II ne disposait pas de forces importantes. Nous devions entrer par-devant les monts de l'Atlas jusqu'à Casablanca», explique le général de division de réserve Ulises Rosales, cité par Gabriel Molina Franchossi. «L'opération fut planifiée pour lancer une attaque simultanée dans trois directions: la principale dans la direction d'Aricha-Berguenet; une autre à Tlemcen-Oudja à environ 78 km de la première, avec deux bataillons d'infanterie algériens, une compagnie de tanks 55 et la troisième à Figuit, avec deux bataillons d'infanterie algériens», rapporte Franchossi dans son article. Ces détails technico-militaires montraient le sérieux des préparatifs. En tout cas à hauteur de la menace que faisait peser le Maroc sur l'Ouest algérien. La dissuasion a porté ses fruits, puisque le roi du Maroc Hassan II a révisé ses plans, à la faveur d'une rencontre. Au 29 octobre, tout était prêt. Mais la guerre n'eut heureusement pas lieu, en raison d'une rencontre le 30 octobre au Mali, entre Ben Bella, le président malien Modibo Keita, l'empereur Hailé Selassié et Hassan II. Ce dernier avait compris l'inutilité d'une invasion de Tindouf et Tlemcen. Cela pour dire que la réaction de Fidel Castro a permis d'éviter une effusion de sang d'Algériens et de Marocains. Le président Bouteflika qui doit certainement se souvenir de cet épisode de grande tension entre l'Algérie et le Maroc mesure jusqu'à aujourd'hui, l'apport essentiel du Lider Maximo dans l'histoire de l'Algérie indépendante. Les huit jours de deuil national s'expliquent donc largement. Le monde unanime salue la mémoire du Lider Maximo Nombre de dirigeants politiques ont rendu hommage à une figure historique du XXe siècle, d'autres ont dénoncé les violations des droits de l'homme sous son régime: synthèse des réactions samedi dans le monde au décès de Fidel Castro. Ban Ki-moon «Sous l'ancien président Castro, Cuba a fait des avancées dans les domaines de l'éducation, de l'alphabétisation et de la santé», a déclaré le secrétaire général de l'ONU. Barack Obama «L'Histoire jugera de l'impact énorme» de Fidel Castro, a réagi le président des Etats-Unis. Vladimir Poutine «Cet homme d'Etat émérite est à juste titre considéré comme le symbole d'une époque de l'Histoire moderne du monde», a dit le président russe. Xi Jinping «Le camarade Castro vivra éternellement», a assuré le président chinois. Bachar al-Assad «Sa résistance était devenue légendaire et a inspiré les leaders et les peuples dans le monde entier», a estimé le président syrien. Mahmoud Abbas Ce fut un «défenseur acharné (...) de la justice dans le monde», a estimé le président de l'Autorité palestinienne. Le pape François Le pape a fait savoir dans un télégramme qu'il adressait des «prières au Seigneur pour son repos». Narendra Modi Il a été «l'une des personnalités les plus iconiques du XXe siècle», a estimé le Premier ministre indien. Nkosazana Dlamini-Zuma «Le Commandant Fidel Castro était un vrai révolutionnaire qui a aidé à la libération et au développement socio-économique de l'Afrique et des pays en développement», a jugé la présidente de l'Union africaine. Jacob Zuma «Le président Castro s'est identifié avec notre combat contre l'apartheid», a rappelé le chef de l'Etat sud-africain. José Eduardo Dos Santos Dans une déclaration aux accents très révolutionnaires, il a salué une «figure historique et transcendante». Le président angolais a surtout rappelé la «contribution inoubliable de son pays (...) à la défense, au maintien de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Angola». Jean-Claude Juncker Il fut «une des figures historiques du siècle passé» et «le monde a perdu un homme qui était pour beaucoup un héros», a déclaré le président de la Commission européenne. Robert Fico «Cuba n'a jamais menacé quiconque et ne veut que vivre sa propre vie. Nombreux sont ceux qui à tort ont haï et continuent de haïr Cuba pour son courage», a commenté le Premier ministre slovaque, dont le pays préside actuellement l'Union européenne. Federica Mogherini Il a été «un homme de détermination et une figure historique», a réagi la responsable de la diplomatie de l'Union européenne. François Hollande Il «avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu'elle avait suscités puis dans les désillusions qu'elle avait provoquées», a déclaré le président socialiste français, réclamant une levée totale de l'embargo contre Cuba. Mariano Rajoy Il avait «une stature historique», a souligné le chef conservateur du gouvernement espagnol. Felipe VI «Une figure d'une indéniable importance historique», a noté le roi Felipe VI d'Espagne. Nicolas Maduro «Nous tous les révolutionnaires du monde devons poursuivre son héritage et reprendre le flambeau de l'indépendance, du socialisme, de la patrie humaine», a exhorté le président socialiste du Venezuela. «Fidel, pars serein, pars en paix, car nous sommes là», a-t-il encore dit. Kim Jong-Un «Malgré sa disparition, les précieuses victoires qu'il a remportées resteront à jamais dans le coeur des peuples de nos deux pays et les coeurs de l'humanité progressiste», a déclaré le leader nord-coréen, selon un communiqué publié par l'agence Kcna. Evo Morales C'était «un géant de l'Histoire» qui a défendu «la dignité des peuples du monde», s'est enflammé le président bolivien. Juan Manuel Santos «Nous pleurons la mort de Fidel Castro», a indiqué le président colombien sur Twitter, tout en le remerciant pour sa «contribution» aux négociations de paix avec les rebelles marxistes des Farc. Mohammad Javad Zarif C'était «une personnalité unique qui a combattu contre le colonialisme et l'exploitation», «un modèle des luttes pour l'indépendance des nations opprimées», a jugé le ministre iranien des Affaires étrangères. Rodrigo Duterte Il s'est illustré en «se levant contre l'Ouest et l'impérialisme», a dit le président philippin. Autres réactions Pour la légende du football Diego Maradona, «c'est une journée horrible. On m'a annoncé la mort de celui qui était le plus grand, sans aucun doute (...) Je suis terriblement triste, parce qu'il était pour moi comme un second père». Pour Amnesty International, «les accomplissements de Fidel Castro, qui a ouvert l'accès aux services publics à des millions de Cubains, ont été contrebalancés par une répression systématique des libertés fondamentales (...)». Pour Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président soviétique, «Fidel a résisté et a fortifié son pays au cours du blocus américain le plus dur». Pour l'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, il a été «un des hommes politiques contemporains les plus importants».