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A la croisée des chemins qui montent...
MOULOUD FERAOUN
Publié dans L'Expression le 18 - 02 - 2017

Mouloud Feraoun est né à Tizi Hibel en Kabylie en 1913
Avant que l'Algérie ne fasse le deuil de cet homme si réservé et qui a été assassiné en pleine force de l'âge par des agents de l'OAS en 1962, peu de gens connaissaient le terme amazighité.
En analysant l'identité d'un de nos plus grands écrivains contemporains, j'ai pu remarquer que le nom qu'il portait de son vivant, pouvait provenir d'un terreau situé loin de nos frontières. D'Egypte par exemple. L'homme de lettres auquel je pense, s'appelle Mouloud Feraoun. Qui ne le connaîtrait pas? Quant à sa qualité d'éventuel descendant des pharaons, je n'étonnerai personne en rappelant qu'autour de la mer Méditerranée, il y a eu tellement de brassages de populations, avant et après Hannon1, que personne ne serait surpris de découvrir que son nom découlerait peut-être d'un titre dynastique d'un des bâtisseurs des pyramides d'Egypte. Feraoun -pharaon! La prononciation de ces deux termes ne nous cause aucun désagrément. A l'inverse, elle poserait problème au plus brillant expert en onomastique qui essaierait d'y voir clair. Ce qui aiguise d'autant la curiosité. Alors partons sur cette base en supposant que Feraoun tel qu'il s'écrit, soit l'équivalent de Pharaon tel que les livres d'histoire nous l'ont appris. En attendant reposons la question. L'auteur de la «Terre et le sang»serait-il un possible descendant d'une grande dynastie égyptienne? Que répondraient les habitants de l'oasis de Siwa (Issiwan en berbère) si on la leur adressait? N'ayant pas «enfanté» d'homme de lettres de son envergure, c'est sûr qu'ils s'en empareraient aussi spontanément que, par les temps qui courent, en Egypte de nombreux universitaires se demandent de plus en plus si leurs ascendants les plus éloignés ne seraient pas d'origine berbère.
Dans le Hoggar, on parlait tamazight
Avant que l'Algérie ne fasse le deuil de cet homme si réservé et qui a été assassiné en pleine force de l'âge par des agents de l'OAS en 1962, peu de gens connaissaient le terme amazighité. Tandis que les monolingues ignoraient qu'ils parlaient une des langues les plus vieilles au monde après le Sumérien. On disait de Feraoun qu'il était kabyle, c'est-à-dire un citoyen originaire d'une région d'où sont issus tous ceux qui parlent cette langue avec la même intonation. C'est la même problématique qu'ont eu à résoudre les congressistes de la Soummam en 1956 quand il a fallu envoyer d'urgence quelqu'un pour ramener le calme parmi les frères de combat de la Wilaya I historique. Le sort voulut que le futur colonel Amirouche y soit dépêché, notamment parce qu'en plus de sa bravoure proverbiale, il parlait couramment kabyle et maîtrisait superbement le chaouïa. A la même époque, les Algériens du Nord ne savaient pas que dans l'Aurès, 700 km au sud-est d'Alger, on parlait une langue issue de la même souche que le kabyle, mais qu'on appelle le chaouïa. Idem pour les autres régions où, nombreux étaient les citoyens qui étaient convaincus qu'à Tamanrasset, on ne parlait que l'arabe. D'où provenait ce contraste? Inutile de chercher bien loin car la raison principale de ce phénomène se trouvait dans ce que en Algérie, les Arabes, faute d'escalader les reliefs montagneux ont préféré s'installer dans les plaines. Aussi, mieux protégée dans les montagnes que dans les plaines, la langue amazighe survivra plus longtemps malgré les invasions subies par le Maghreb central tout au long des siècles qui se sont écoulés depuis l'Antiquité des grands Aguellids...A quoi ressortit donc le fait que la plupart des Algériens résidant dans le Nord, ne savaient pas que, dans le Hoggar, on parlait tamazight, langue jalousement conservée au fil des siècles et qui, aujourd'hui, est considérée comme le plus pur joyau des parlers berbères d'Afrique du Nord. Le berbère de cette région est appelé tamachek, mais rien ne change à son intitulé d'origine. Le Tamachek a été bien conservé grâce notamment à l'étendue du désert séparant le nord du Sud de l'Algérie, Tamanrasset se situant à plus de 2000 km des côtes septentrionales. Tamazight, l'hostilité du Sahara durant ces époques, lui a permis non seulement de se développer, mais de s'enrichir en côtoyant des langues parlées dans son voisinage immédiat comme le tchadien qu'elle a rencontré il y a 9000 ans et à qui elle a prêté et emprunté des termes...2 Les gens du nord de l'Algérie, en revanche, ne commenceront à appréhender l'immensité de leur pays qu'après l'indépendance grâce à la télévision algérienne dont les caméramans découvraient pour la première fois que la population algérienne était multilingue. Maintenant qu'on sait grosso-modo comment fonctionnait linguistiquement l'Algérie du vivant de Mouloud Feraoun, revenons à lui pour rappeler qui il était. Né à Tizi Hibel en Kabylie en 1913,il a été enseignant et inspecteur des centres sociaux, notamment à partir de l'année 1960. Il a été assassiné à Ben Aknoun (Alger) le 15 mars 1962, quatre mois et demi avant la proclamation de l'Indépendance.
Moment de deuils et de rêves avortés, le dernier bastion colonial français a rendu l'âme au milieu des contreforts de la ville des Beni Mezghenna3 et ce n'était que justice puisque c'est là que le dernier proconsul 4 de la «Sublime Porte» a signé sa capitulation le 5 juillet 1830. Une date qui rappelle surtout la déconfiture d'un empire rongé par les contradictions de ses dirigeants depuis la bataille de Lépante5.Un siècle et 30 ans plus tard, l'embrasement d'Alger par l'OAS, fut un signe que les Algériens avaient pris soigneusement en compte malgré le danger qu'il représente.
Les nombreux commentateurs qui s'intéressèrent à la mort brutale de Feraoun, l'attribuèrent à une escouade de tueurs qui avait estimé que l'auteur «Des chemins qui montent»devait payer l'impôt du sang «pour avoir reproché aux Français leur comportement méprisant à l'égard des Algériens». Intarissable, Mouloud Feraoun avait également délivré cette autre pensée qui a fait mouche: «Si les deux peuples avaient pu se connaître, tout aurait été différent.»
Un point de vue comme un autre car, en essayant de comprendre la folie meurtrière des ultras, on s'est aperçu que dans la «feuille de route» de ces SS d'arrière-garde, les cibles à ne pas manquer, c'étaient d'abord et avant tout les élites algériennes et, dans le secteur de l'éducation, la poignée d'hommes et de femmes que le système avait pu former en 130 ans. Tuer l'élite, dans quel but? pour que le premier gouvernement de l'Algérie indépendante entame sa mission dans l'incertitude, sinon carrément dans le chaos. D'où la célérité pour mettre en place un plan «B» et tenter de conjurer le mauvais sort. Les septuagénaires d'aujourd'hui s'en souviennent sûrement dans la mesure où, pressée par les circonstances, l'Algérie devait tenter le tout pour le tout pour se sortir d'un tel guêpier. C'est en effet ce qu'elle fit en se tournant vers l'Egypte de Gamal Abdel-Nasser, l'homme fort du moment, qui n'hésita pas à satisfaire les demandes de cadres figurant dans la requête que feu l'ex-président Ben Bella était allé jusqu'au Caire pour la lui soumettre. Peu après ce voyage, s'ensuivit un déferlement de plus de 300.000 «enseignants» et «cadres» de toutes sortes venus «aider» l'Algérie à se dépêtrer d'un handicap que les meilleurs augures n'avaient pas vu arriver... Conséquence: du temps et des moyens gâchés6 que l'Algérie ne parviendra pratiquement jamais à rattraper.
«Si les deux peuples avaient pu se connaître...»
Personnellement, je n'ai jamais compris pourquoi le premier gouvernement de l'Algérie indépendante, s'était sans réserve aucune et, à première vue sans réflexion approfondie, rabattu sur l'Egypte pour lui demander de l'aide dans un domaine aussi engageant pour l'avenir que l'Education nationale. Pourquoi ne s'est-il pas adressé à l'ONU ou mieux encore à l'Unesco dont la mission, planétaire, est justement entièrement consacrée à l'Education et la Culture? L'histoire nous le dira probablement un jour. En attendant, je suis sûr que si Mouloud Feraoun était sorti indemne du guet-apens qu'on avait ourdi contre lui, il se serait aussitôt mis au service de l'école pour contribuer à l'essor de la formation en Algérie grâce à son métier d'enseignant issu de la fameuse Ecole normale d'instituteurs de Bouzaréah. C'est en réalité là que «Fouroulou» alias Mouloud Feraoun, auteur plus tard du «Fils du pauvre» a pris contact pour la première fois avec la réalité coloniale.
Certes à Tizi Hibel où il vivait, ce n'était pas tous les jours la fête, mais à part la misère qui sévissait en permanence, la peur du gendarme n'était pas aussi souvent ressentie que dans la plaine ou la ville. A Tizi Hibel, pour survivre, on travaillait durement dans les champs en attendant que le fils, l'oncle, le père ou le frère, engagés dans l'enfer du redressement de l'économie française grâce aux prêts-bails d'Harry Truman, reviennent l'été en «vacances»pour que la petite communauté du hameau puisse manger à sa faim. Mais le poids du changement profond que la réalité coloniale va opérer en lui, Fouroulou le ressent pendant qu'il subissait la discipline de son internat à l'Ecole normale. Au sein de cette thébaïde du savoir, dans les couloirs de son établissement, au réfectoire ou dans les travées de ses amphithéâtres, pas le moindre signe rappelant les discriminations que le système entretenait en ville et, en général, dans le pays tout entier. Les impétrants donnaient l'impression de vivre dans une de ces cités bienheureuses décrites par les écrivains dans leurs récits. La situation intérieure de l'Ecole donnant l'impression qu'un mot d'ordre y avait été répandu pour éviter que l'étudiant indigène ne ressente la moindre différence entre lui et les étudiants européens.
Un jour, Mouloud Feraoun, à qui il restait une année d'études à accomplir pour décrocher son diplôme d'instituteur, reçoit un télégramme de Tizi Hibel lui annonçant la mort de sa tante, soeur de son père, qu'il aimait beaucoup. L'école l'autorise à s'y rendre. Mais avant d'emprunter l'un des chemins qui montent vers son village natal, les yeux bien ouverts, il découvre la réalité du colonialisme français d'abord, en se rendant à la place du gouvernement7 où le nombre de mendiants lui rappelait ses nombreuses lectures sur la Cour des miracles de Paris. Durant son voyage vers Tizi Ouzou, il ne manquait jamais l'occasion d'observer les nuées de mendiants qui s'agglutinaient autour de l'autocar pour faire la manche. Sans qu'on lui fît la leçon sur les conséquences du colonialisme en Algérie, le regard pénétrant, il avait tout compris... Voici ce qu'écrit de lui Emmanuel Roblès, écrivain d'Algérie qu'on ne peut soupçonner de double langage. «Le voici tel qu'il était, patient, généreux, tout imprégné des vertus de ces montagnards de Kabylie, épris d'honneur et de justice.»
1 Suffète carthaginois qui signifie magistrat. A Hannon on doit le fameux périple qui l'a conduit au-delà des colonnes d'Hercule avec une flotte de 60 navires vers 500 ans avant J.-C.
2 Voir l'immense anthologie que Malika Hachid, immense anthropologue algérienne, a consacrée aux «Anciens Berbères» il y a une dizaine d'années.
3 Alger...
4 Le dey Hussein
5 Bataille navale qui a débuté le 7 octobre 1571 à Lepante dans les eaux grecques du Péloponnèse.
6 Cette année-là, le trésor algérien ne possédait même de quoi financer le premier budget de l'Algérie indépendante dont le montant s'élevait à environ 130 millions de francs français, selon le ministre des Finances de l'époque, M. Ahmed Francis.
7 Aujourd'hui place des Martyrs.


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