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"Oui, il y a menace d'une guerre nucléaire"
HOCINE MEGHLAOUI, ANCIEN AMBASSADEUR, À PROPOS DE LA CRISE ETATS-UNIS - COREE DU NORD
Publié dans L'Expression le 16 - 08 - 2017


Hocine Meghlaoui: un regard avisé
Lors du dernier Salon du livre d'Alger, l'ancien ambassadeur Hocine Meghlaoui, a dédicacé un ouvrage sous le titre: «Le défi nucléaire: l'atome dans les relations internationales», paru chez Casbah Editions. Dans cette interview, il livre à Ahmed Benamar un éclairage sur la crise coréenne et les dangers que pose l'arme nucléaire pour l'humanité.
L'Expression: La situation dans la péninsule coréenne devient inquiétante pour la paix et la sécurité internationales. Comment en est-on arrivé là?
Hocine Meghlaoui: La crise coréenne plonge ses racines dans la guerre de Corée qui a divisé la péninsule en deux Etats antagonistes: la Corée du Nord (Pyongyang) qui a bénéficié de l'appui de la Chine et de l'Urss et la Corée du Sud (Séoul) qui a pour principal allié et soutien les Etats-Unis. Cette guerre a commencé en 1950 et a pris fin en 1953 par l'accord de cessez-le-feu de Panmunjom et non par un traité de paix. Les deux Corées sont donc toujours techniquement en état de guerre. Elles sont séparées par une zone démilitarisée le long du 38ème parallèle (un couloir long de 238 km et large de 4 km). Cette zone est un des principaux points chauds du globe. Sa surveillance mobilise, entre autres, près de 30.000 Américains.
La période post-armistice a été jalonnée d'incidents plus ou moins graves entre les deux Corées et ce jusqu'à ce jour. Au lieu de jouer l'apaisement, Washington s'est toujours livré à des actes qui irritent Pyongyang, surtout les manoeuvres militaires conjointes avec Séoul qui sont contre-productives car elles alimentent l'attitude de défi de Pyongyang. S'agissant des programmes nucléaire et balistique nord-coréens qui exaspèrent le président Trump, il convient de rappeler que ce sont les Etats-Unis qui furent les premiers à introduire des armes nucléaires en Corée du Sud dès 1957; ils ne les ont retirées qu'en 1992. Dans un climat de tension permanente, nourri par la guerre froide et sous la menace d'une frappe nucléaire américaine, la Corée du Nord a développé une capacité nucléaire et balistique. Elle s'est dotée d'un réacteur de recherche nucléaire russe en 1965. Elle a lancé un programme nucléaire militaire dans les années 1980 dans le complexe de Yongbyon. Aujourd'hui, elle dispose de capacités de production de plutonium et d'uranium hautement enrichi, les deux principaux composants des bombes atomiques. Elle a procédé à son premier essai nucléaire le 9 octobre 2006. Son cinquième essai, le 9 septembre 2016, a convaincu les plus sceptiques qu'elle était désormais un Etat doté de l'arme nucléaire. Elle est créditée de deux à trois dizaines de bombes de première génération (identiques à celles larguées sur Hiroshima et Nagasaki).
Et qu'en est-il des missiles qui alimentent ces derniers temps la fureur du président Trump?
J'en viens. Parallèlement au programme nucléaire, la Corée du Nord poursuit un programme balistique et procède régulièrement à des essais de missiles. Ce pays disposait jusqu'à récemment de missiles de portées allant jusqu'à 2 800 km, mettant Tokyo dans leur rayon d'action. Mais ces deux dernières années, les experts ont noté des progrès spectaculaires. Ceci s'est traduit, notamment, par les essais réussis des deux derniers missiles, le Hwasong-12 et le Hwasong-14 qui ont déchaîné la fureur du président Trump:
-Hawasong-12 est un missile à portée intermédiaire (Irbm ou Intermediate-range ballistic missile, soit d'une portée de 3.000 à 5.500 km) dont l'essai a été réussi le 14 mai 2017. -Hawasong-14 est un missile intercontinental (Icbm ou Intercontinental Ballistic Missile, soit d'une portée de plus de 5500 km) dont l'essai a été réussi le 4 juillet 2017, le jour de la fête nationale américaine.
Il est difficile de se prononcer sur les capacités réelles de ces missiles. On ne dispose que des déclarations des officiels nord-coréens qui affirment que les deux derniers essais ont mis en oeuvre des missiles balistiques intercontinentaux (Icbm) capables de frapper le territoire américain. Cependant, l'incertitude demeure sur deux points essentiels: la véritable portée des missiles et le degré de miniaturisation des bombes. Il n'y a pour le moment aucune confirmation de source indépendante. La réaction américaine parait donc excessive. Au lieu de garder leur calme et analyser froidement la nouvelle donne, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont, comme à leur habitude, réagi violemment en procédant, dès le 5 juillet, à des simulations «à munitions réelles» de missiles. Pour leur part, la Chine et la Russie appellent les Etats-Unis et la Corée du Nord à faire des concessions mutuelles. C'est une position plus réaliste et plus constructive
Vu la rhétorique guerrière des leaders américain et coréen, un dérapage est-il possible?
Jamais l'éventualité d'une guerre nucléaire n'a été évoquée autant de fois en si peu de temps, par une multitude de responsables mondiaux et avec autant de légèreté. Elle le fut parfois pendant la Guerre froide, mais pour être aussitôt dépassée par des solutions au niveau politique et diplomatique. Or, ce qui se passe actuellement entre les Etats-Unis et la Corée du Nord semble s'inscrire dans la durée. Par ailleurs, la diplomatie est impuissante lorsque le linge sale est lavé en public. Les leaders des deux pays concernés font effectivement assaut d'une rhétorique guerrière inquiétante.
On sait que lorsqu'un Etat fabrique une arme, c'est pour l'utiliser. Rappelons que l'arme nucléaire l'a été déjà à Hiroshima et Nagasaki, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis et jusqu'à la fin de la Guerre froide, elle a failli l'être à plusieurs reprises. Par exemple, lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962, le monde fut à un cheveu d'une guerre nucléaire, selon les archives déjà publiées. L'emploi de l'arme nucléaire est une possibilité, mais pas une fatalité.
Plus précisément, le président Trump est-il en mesure de déclencher une guerre nucléaire?
Il est difficile de se prononcer sur les intentions de quelqu'un, surtout à ce niveau et compte tenu de l'imprévisibilité du personnage, mais on peut avancer quelques réflexions:
-s'agissant de la Corée du Nord, aucun des alliés de Washington dans la région, notamment Séoul et Tokyo, ne veut la guerre car elle serait ruineuse pour tout le monde. Imaginez les conséquences de frappes nord-coréennes contre la Corée du Sud et le Japon sur l'économie mondiale. A commencer par un crash boursier.
-Les Etats-Unis eux-mêmes ne seraient pas épargnés car les cibles américaines à portée de frappes nord-coréennes sont multiples. Washington a quadrillé le monde avec des bases militaires sans compter ses porte-avions, ses sous-marins et ses avions stratégiques qui font partie de la triade nucléaire. Ce déploiement aux quatre coins de la planète offre des cibles multiples pour les ennemis des Etats-Unis. Le président Trump est sur plusieurs fronts plus ou moins chauds sous différents prétextes: Corée du Nord bien sûr, mais aussi Iran, Russie, Chine, Venezuela. On peut ajouter Cuba, l'Irak, la Syrie, l'Afghanistan... C'est trop, même pour une «hyperpuissance». Il est surtout en grande difficulté à domicile. Serait-il tenté par une aventure extérieure pour essayer de sauver sa présidence? En ce moment, Trump lui-même serait en peine de répondre à cette question.
Quelles seraient les conséquences d'une guerre nucléaire?
Tout dépend de l'envergure des acteurs qui seraient engagés dans une éventuelle guerre et de la nature des armes qui seraient employées (armes nucléaires tactiques ou Icbm). Les Etats-Unis et la Russie possèdent plus de 90% des stocks d'armes nucléaires qui totalisent actuellement 15 500 unités (contre 80.000 au milieu des années 1980), dont 2000 environ sont en état d'alerte avancé, c'est-à-dire prêts à l'emploi en quelques minutes. On peut affirmer que si, par malheur, un conflit mondial impliquant ces deux pays éclatait, ce serait la fin de l'humanité. Nous sommes donc tous concernés par la question du désarmement et la communauté internationale doit exiger plus que jamais le démantèlement complet des arsenaux nucléaires pour cesser de vivre sous «l'épée de Damoclès nucléaire», selon l'expression du président John F. Kennedy. Pour ne pas être utilisée, une arme doit être détruite. Or, les Etats dotés d'armes nucléaires rejettent cette évidence et s'accrochent à leurs privilèges. Contre l'avis de la quasi-totalité de la communauté internationale, ils défendent la fable de l'arme nucléaire garante de la paix. Leur position n'est pas juste et n'est pas tenable, mais ils ont la force avec eux.
A ce propos, l'Assemblée générale de l'ONU vient d'adopter un Traité d'interdiction de l'arme nucléaire. Pourra-t-il entrer en vigueur et s'imposer un jour à tous les Etats, surtout aux Etats dotés de l'arme nucléaire?
Il faut rappeler que dès sa création l'ONU s'est saisie de la question nucléaire. L'Assemblée générale lui a consacré la première résolution de son histoire lors de sa première session tenue à Londres, en janvier 1946 (A cette date, les Etats-Unis avaient le monopole de l'arme nucléaire puisque l'Urss ne mena son premier essai qu'en 1949). Depuis 1946, cette question est inscrite à son ordre du jour. Ceci n'a pas empêché les Etats-Unis et l'Urss de poursuivre une course aux armes nucléaires sur les plans quantitatifs (augmentation démesurée des stocks) et qualitatifs (passage de la bombe A à la bombe H infiniment plus puissante). Les efforts de l'ONU ne sont pas parvenus non plus à mettre fin à la prolifération nucléaire horizontale puisque les Etats dotés de l'arme nucléaire sont désormais au nombre de neuf, depuis que la Corée du Nord a rejoint le club à la suite de plusieurs essais qui ont fini par convaincre les plus sceptiques que ce pays possède désormais la bombe nucléaire. Aujourd'hui, l'Assemblée générale adopte annuellement une cinquantaine de résolutions sur le désarmement. Les plus significatives ne reçoivent pas l'appui des Etats dotés d'armes nucléaires. Ce fut le cas lors de l'adoption du traité évoqué dans votre question. Cependant, ce traité constitue une pression supplémentaire sur ceux qui s'opposent au désarmement, sans plus. J'ajouterais que le seul organe de négociation en matière de désarmement demeure la Conférence de désarmement qui siège à Genève et non l'Assemblée générale de l'ONU. Or, sans entrer dans les détails, cette Conférence est paralysée depuis qu'elle a adopté le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires en août 1996.
Est-ce que la Conférence du désarmement est susceptible de reprendre ses travaux?
Cette conférence a adopté des instruments juridiques importants en matière de désarmement. Ceci étant, dans ce domaine sensible qui touche à la sécurité des Nations, les progrès ne sont possibles que lorsque les intérêts des principales puissances nucléaires se rejoignent. A ce titre, les relations actuelles entre l'Otan (les Etats-Unis) et la Russie n'invitent pas à l'optimisme. Les deux parties sont au bord d'une nouvelle Guerre froide: Moscou reproche à l'Otan de s'élargir à l'Est et d'amasser des troupes à sa frontière, notamment dans les pays baltes, s'insurge contre le déploiement d'un bouclier antimissile en Europe susceptible de modifier l'équilibre stratégique entre les deux puissances sur lequel repose leur politique de dissuasion, refuse le rôle planétaire que veut jouer l'Alliance atlantique et plaide pour une monde multipolaire (la redéfinition du système des relations internationales est une question importante pour toute la communauté internationale). A ces contentieux on peut ajouter d'autres: Ukraine, Crimée, Syrie. Enfin, la Russie soupçonne les Etats-Unis de chercher à l'affaiblir économiquement pour la vassaliser. A ce titre, les sanctions unilatérales décrétées par le Congrès américain sont mal vécues par Moscou. Pour ces raisons et d'autres, la paralysie de la Conférence du désarmement risque de se prolonger encore.
Revenons à la crise coréenne. Une solution pacifique est-elle possible?
La paix est toujours possible, mais la guerre n'est jamais loin. Tous les efforts entrepris ces dernières décennies pour régler la crise coréenne sont restés vains, malgré quelques éclaircies fugaces consécutives aux négociations qui ont lieu notamment dans le Groupe des Six (les deux Corées, la Chine, les Etats-Unis, le Japon et la Russie), dont les travaux sont à l'arrêt depuis plusieurs années.
Les sanctions internationales (plusieurs résolutions du Conseil de sécurité) et unilatérales décrétées par les pays occidentaux et leurs alliés n'ont pas empêché la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire, balistique et même spatiale. La réunion de trois conditions semble nécessaire pour une solution pacifique de la crise coréenne: la reconnaissance diplomatique de ce pays, notamment par les Etats-Unis, l'octroi de garanties de sécurité sérieuses qui implique la négociation d'un traité de non-agression entre Pyongyang et Washington, la possibilité pour la Corée du Nord de poursuivre un programme nucléaire civil. Suivrait la levée de toutes les sanctions, Une telle solution pacifique ferait d'abord le bonheur des pays de la région qui, encore une fois, ne veulent pas la guerre.


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