Le président sahraoui a exhorté l'Union africaine à faire pression sur les Etats membres de l'Union européenne pour qu'ils respectent l'arrêt rendu, le 27 février 2018, par la Cour européenne de justice. Le Front Polisario ne lâche pas le morceau. Il ne veut pas de victoires diplomatiques symboliques aussi retentissantes soient-elles. Que vaut en effet l'arrêt rendu par la Cour de justice européenne s'il n'est pas appliqué? S'il n'est pas respecté? Si le peuple sahraoui continue de souffrir? Si les ressources qui lui reviennent de droit sont pillées?. S'il demeure sous domination marocaine alors que le droit à l'autodétermination lui est pourtant garanti par les nombreuses résolutions votées par le Conseil de sécurité de l'ONU. Des dénis qui doivent être «corrigés». Le président sahraoui fait résonner le message. Il s'en remet au président de l'Union africaine pour que justice soit rendue à son peuple. Pour que le Maroc cesse de piétiner la légalité internationale avant qu'il ne plie bagage du Sahara occidental dont il a annexé les territoires en 1975. «Nous exhortons l'UA à demander aux Etats membres de l'UE de faire appliquer le jugement de la Cjue, afin de garantir la fin du pillage des ressources naturelles dans le continent africain», a écrit Brahim Ghali à son homologue rwandais, Paul Kagamé, dont le pays assure la présidence de l'UA. Le président de la Rasd a souligné que la décision rendue le 27 février 2018 par la Cjue, est venu compléter l'avis juridique de l'UA publié en octobre 2015, qui stipule que toute exploration et exploitation des ressources naturelles au Sahara occidental par le Maroc «est illégale». Dans une démonstration magistrale, le secrétaire général du Front Polisario a mis le royaume dans une position inconfortable. Le Maroc n'a en effet pu adhérer à l'UA qu'après avoir ratifié son acte constitutif qui exige de ses Etats membres le respect des frontières héritées du colonialisme. Un principe que le Maroc a transgressé en occupant le Sahara occidental. Brahim Ghali le met en exergue. «La poursuite de l'occupation d'un pays africain par un pays africain, les deux Etats membres de l'UA, contrevient à deux principes fondamentaux de l'UA: le principe d'autodétermination et le respect des frontières héritées des puissances coloniales», a-t-il souligné dans la lettre adressée au président de l'Union africaine. «Maintenant que le Royaume marocain est membre de l'UA, il doit respecter les frontières internationales de la République sahraouie. (...) Il doit également rechercher des solutions pacifiques. Nous espérons que le Maroc tiendra ses engagements», avait souhaité, il y a un peu plus d'une année, le successeur de Mohamed Abdelaziz. «Le retour du Maroc au sein de sa famille institutionnelle continentale ne changera rien dans nos positions immuables concernant la marocanité du Sahara», a-t-il ajouté.», avait déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères Nacer Bourita, dans un entretien publié le 5 février par le site d'info en ligne Le Desk. Depuis, la diplomatie marocaine a essuyé deux revers cuisants. Le 27 février un arrêt rendu par la Cour européenne de justice a jugé que l'accord de pêche conclu entre le Maroc et l'UE ne s'appliquait pas au Sahara occidental. «Compte tenu du fait que le territoire du Sahara occidental ne fait pas partie du territoire du Royaume du Maroc, les eaux adjacentes au territoire du Sahara occidental ne relèvent pas de la zone de pêche marocaine visée par l'accord de pêche», ont tranché les magistrats européens. «L'accord de pêche conclu entre l'UE et le Maroc est valide dès lors qu'il n'est pas applicable au Sahara occidental et aux eaux adjacentes à celui-ci», ont-ils conclu après avoir été saisis par la Haute Cour de justice britannique, suite à une plainte de l'ONG, Western Sahara Campaign (WSC), qui plaide le droit à l'autodétermination du Sahara occidental. Au début du mois de mars c'est la justice française qui a annulé la ligne aérienne Paris - Dakhla, ville du Sahara occidental occupée par le Maroc, suite à une plainte du Front Polisario. «La ligne aérienne de la compagnie Transavia liant la capitale française Paris à la ville de Dakhla dans le Sahara occupé prendra fin à la fin du mois de mars à la suite des efforts juridiques du Front Polisario», a affirmé le site marocain d'information Le Desk. Mohammed VI n'est certainement pas au bout de ses peines.