Les groupes rebelles, supplétifs et proches de la Turquie, ne cachent pas leur satisfaction Ankara ira-t-elle jusqu'à ouvrir les hostilités directement avec l'Armée arabe syrienne? Peu probable, sachant que le gouvernement syrien est appuyé par l'Iran et le Hezbollah, d'une part et surtout par la Russie, d'autre part. L'annonce en avait été faite mardi dernier par le président Recep Tayyip Erdogan: la Turquie a envoyé samedi soir des renforts militaires dans le nord de la Syrie, aux abords dune position des FDS kurdes, prélude évident à la nouvelle offensive décidée la semaine dernière par Ankara en vue d' «éliminer la menace séparatiste» qu'ils représentent avec le PKK. Ces renforts, composés de 35 chars et de grandes quantités d'armes lourdes dont une partie est vraisemblablement destinée aux rebelles syriens proches de la Turquie, interviennent 48 heures à peine après l'annonce par Washington d'un retrait controversé des 2000 soldats américains présents au nord-est de la Syrie, en soutien aux Kurdes des YPG-FDS qui combattent contre les derniers éléments de Daesh. «Quelque 35 chars et autres armes lourdes, transportés à bord de porte-chars, ont traversé en début de soirée le poste-frontière de Jarablos», a ainsi confirmé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). «Ils se sont dirigés vers une zone près de la rivière Sajour, entre Jarablos et Manbij, non loin des lignes de front où sont stationnés des combattants (kurdes) du conseil militaire» de Manbij, a-t-il ajouté. Les motivations d'Ankara sont connues, la Turquie ne veut, en aucun cas, d'un embryon d'état kurde à sa frontière, porte ouverte à l'explosion des velléités d'un nationalisme kurde entretenues par le PKK, classé terroriste par la Turquie et par la communauté internationale. Ankara a déjà mené deux offensives dans cette région de la Syrie depuis 2016 et elle a pris, début 2018, le contrôle de la zone d'Afrine, l'un des trois «cantons» de la région fédérale autoproclamée par les Kurdes en 2016, qui ont profité du chaos engendré par la guerre en Syrie. Les groupes rebelles, supplétifs et proches de la Turquie, ne cachent pas leur satisfaction, surtout avec l'annonce du retrait des troupes américaines stationnées au nord de la Syrie par le président Donald Trump, une opportunité qui rend probable l'avancée turque sur l'autre rive de l'Euphrate avec pour conséquence la fin des ambitions autonomistes des YPG. C'est en tout cas le sentiment qui prédomine aussi bien du côté de l'Armée libre, une des factions de l'opposition syrienne proche de la Turquie, que de Jabha Chamiya alors que l'état-major turc lorgne quant à lui non seulement vers Manbij mais également vers Raqqa où les Kurdes sont majoritaires. Ankara ira-t-elle jusqu'à ouvrir les hostilités directement avec l'Armée arabe syrienne? Peu probable, sachant que le gouvernement syrien est appuyé par l'Iran et le Hezbollah, d'une part et surtout par la Russie, d'autre part et une telle hypothèse implique la rupture du processus d'Astana dont les Turcs sont partie prenante. C'est d'ailleurs la seule raison qui a conduit Moscou, lors de la rencontre de Sotchi entre Poutine et Erdogan, au lendemain du sommet de Téhéran qui devait entraîner l'assaut final sur Manbij par les troupes syriennes, à concéder un «délai» à toutes les factions terroristes, rebelles et autres, pour déposer les armes et quitter la région. Toujours est-il qu'on peut considérer la situation actuelle comme favorable à la stratégie turque, autant qu'elle l'est aussi pour la politique réitérée par le président syrien Bachar al Assad qui n'a jamais caché sa ferme intention de libérer à terme toutes les portions du territoire où persiste une présence étrangère. Le retrait américain représente, pour Damas aussi, une bonne opportunité.