La prison du Coudiat, symbole de l'histoire, se trouve menacée de destruction malgré son classement au patrimoine culturel national. Faut-il détruire des citadelles de l'histoire algérienne, classées pourtant patrimoine culturel national, pour laisser place à des projets routiers? Les joyaux architecturaux du Vieux Rocher agonisent et subissent un acharnement avéré et sans précédent de la part «des démolisseurs chargés des travaux du futur tramway» de la ville de Constantine. L'Association de défense du Vieux Rocher de Constantine lance un véritable Sos pour la protection du patrimoine culturel et historique du Vieux Rocher. Pour les besoins d'un programme immobilier, ce patrimoine est exposé à un véritable danger, menaçant la mémoire, combien chère, de toute une nation, explique l'association dans un appel destiné à la première responsable du secteur, Khalida Toumi. «Alors que la blessure de Souika est encore béante, un autre pan de l'histoire du nationalisme algérien, la prison du Coudiat, se trouve menacée de destruction, à son tour, malgré son classement au patrimoine culturel national». Combien de fois la protection de la mémoire, incarnée par des citadelles d'un passé des plus prestigieux de l'humanité, a été chantée au plus haut niveau. Or, l'on assiste aujourd'hui, à Constantine, comme ailleurs, à une véritable «table rase de ce passé». L'exemple de Souika et de la prison de Coudiat est révélateur d'une autre réalité, en référence au texte rendu public par ladite association. Une réalité qui va à contre-courant de la volonté affichée par le ministère de la Culture et celui des Moudjahidine. Il n'y a pas longtemps, Mohamed Chérif Abbès, ministre des Moudjahidine a, lors d'une rencontre d'évaluation organisée dans les locaux de son département, annoncé que la protection du patrimoine historique constitue bel et bien l'une des priorités de son secteur. Mieux, il a même annoncé, à l'occasion, la récupération de certains centres de détention qui représentaient, à l'époque coloniale, des établissements de torture. Le devoir de mémoire l'impose. Constantine, cette héroïque citadelle, où chacune de ses pierres a une histoire millénaire, est «comme frappée de malédiction». Le comble dans ce projet est qu'il «porte atteinte aux lois de la République et effacerait à jamais une partie de cette mémoire collective.». Ce vieux bâti, là où les architectures de différentes civilisations s'enchevêtrent et cohabitent dans l'harmonie et la beauté, est l'un des sites naturels les plus beaux au monde. C'est cette originalité qui a poussé les Nations unies à choisir Constantine comme cinquième ville au monde à être protégée. Un appel de détresse a été donc lancé par l'Association de défense du Vieux Rocher de Constantine à toutes les instances concernées par cette affaire qui met en péril la mémoire de notre pays. La prison du Coudiat doit rester donc un symbole et un lieu, où nos enfants apprendront à ne pas oublier un autre crime contre l'humanité qui est le colonialisme. Cet Sos intervient au moment où la controverse sur la présence française en Afrique du Nord est relancée à la faveur de ce qu'a suscité l'article 4 de la loi du 23 février 2005. En outre, la ministre de la Culture qui a sollicité, hier, lors d'un rendez-vous officiel, le département des travaux publics pour remaquiller le patrimoine architectural, est appelée à intervenir pour stopper le «massacre».