La Syrie et la Turquie se sont durement affrontées jeudi, lors de leur première confrontation devant le Conseil de sécurité de l'ONU, au sujet de l'offensive turque en territoire syrien, lancée le 9 octobre et suspendue cette semaine. L'ambassadeur syrien à l'ONU, Bashar Ja'afari, a vivement dénoncé «l'agression» de la Turquie contre son pays, trouvant «étrange» l'utilisation par Ankara de l'article 51 de la Charte de l'ONU sur la légitime défense pour justifier son opération militaire. Il a réclamé «le plein respect de la souveraineté syrienne» et «le retrait de toutes les forces étrangères illégitimes» de Syrie.»Je rejette et condamne fermement toute présentation erronée de notre opération de lutte contre le terrorisme comme un acte d'agression», a répliqué son homologue turc, Feridun Sinirlioglu. Il s'agissait d'une «opération limitée de lutte contre le terrorisme» qui visait à «garantir l'intégrité territoriale et l'unité de la Syrie».»Elle n'a visé que des terroristes et leurs repaires, leurs armes et leurs véhicules», a-t-il insisté. Le régime syrien et l'allié russe ont accéléré hier le déploiement de leurs troupes à la frontière syro-turque, au moment où les Américains ont annoncé l'envoi de renforts militaires pour protéger des champs pétroliers. Un long convoi de transport de troupes, avec à bord des centaines de soldats agitant des drapeaux syriens, a fait son entrée à Kobané, ville de l'extrême nord de la Syrie. Ils ont paradé dans les rues en chantant: «Un, un, un, le peuple syrien n'est qu'un !». Près de la ville à majorité kurde de Qamichli, dans le nord-est, des véhicules blindés arborant des drapeaux russes ont quitté une base du régime syrien pour une nouvelle journée de patrouilles près de la frontière turque. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), environ 180 véhicules des troupes du président syrien Bachar al-Assad sont arrivés dans la journée à Kobané. Dans le même temps, selon Moscou, près de 300 militaires russes basés en Tchétchénie ont été envoyés en renfort dans le nord-est de la Syrie. Par ailleurs, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé jeudi les états-Unis à livrer à son pays le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les YPG, le qualifiant de «terroriste». Il s'agit de Mazloum Abdi, dont les troupes ont lutté contre le groupe terroriste autoproclamé Etat islamique (EI/Daesh ). «L'Amérique doit nous remettre cet homme qui sous le nom de code de Mazloum, est un terroriste recherché par une notice rouge» d'Interpol, a déclaré Erdogan sur TRT. Un groupe de sénateurs américains a exhorté le département d'état à accorder un visa à Mazloum Abdi pour qu'il puisse discuter à Washington de la situation en Syrie. Mazloum Abdi a annoncé, le 16 octobre, le «gel» des opérations contre Daesh. Les relations entre les états-Unis et la Turquie se sont compliquées mais le président Donald Trump a laissé entendre que sa rencontre le 13 novembre, avec Erdogan, aurait bien lieu. Dans des déclarations à la presse, le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, a abondé dans le sens des propos du président Erdogan sur le général Mazloum. «Il est inacceptable que nos alliés puissent s'entretenir avec un terroriste recherché par Interpol sur la base d'une notice rouge. Si vous commencez à légitimer des terroristes comme lui, vous finirez par rencontrer Baghdadi aussi», a dit Cavusoglu, se référant au chef du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. «Nous avons dit tout cela aux Américains dans une note écrite «, a-t-il ajouté. Le président américain, Donald Trump, avait assuré mercredi que le général Mazloum l'avait remercié lors d'un entretien téléphonique et s'était montré «extrêmement reconnaissant» pour ses efforts destinés à mettre fin à l'offensive turque.