Les combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais sur le front du Nagorny Karabakh faisaient rage, hier, pour le sixième jour d'affilée, Erevan ayant toutefois ouvert la porte à une médiation pour un cessez-le-feu. Dans un communiqué, la diplomatie arménienne a amorcé une timide ouverture, se disant prête à «s'engager avec les pays coprésidant le groupe de Minsk de l'OSCE pour rétablir un cessez-le-feu basé sur les accords de 1994-1995». Cette annonce intervient au lendemain d'une déclaration commune des présidents Vladimir Poutine, Donald Trump et Emmanuel Macron, dont les trois pays pilotent depuis le début des années 1990 cette médiation de l'OSCE sur le Nagorny Karabakh. C'est la première fois qu'Erevan se déclare disposé à reprendre les négociations depuis la reprise des combats dimanche. Dans la matinée, les affrontements ont continué. A Stepanakert, capitale du Karabakh, plusieurs explosions ont été entendues, tandis que les habitants ont dû se mettre à l'abri dans la nuit. Mais aucune partie ne semble avoir pris l'avantage. L'armée arménienne a accusé vendredi Bakou d'utiliser des «armes à sous-munitions» interdites, tandis que l'Azerbaïdjan a affirmé que des journalistes locaux et étrangers avaient essuyé des tirs d'artillerie arméniens dans le village azerbaïdjanais de Gapanly. Le président français Emmanuel Macron, qui entretient déjà des relations difficiles avec son homologue Recep Tayyip Erdogan a lui affirmé dans la nuit de jeudi à vendredi que 300 combattants «jihadistes» ont quitté la Syrie pour rejoindre l'Azerbaïdjan en passant par la Turquie. Une «ligne rouge» selon lui. La Russie avait fait état d'informations similaires, sans accuser cependant directement Ankara, avec qui elle a une relation compliquée mais pragmatique. Hier, la porte-parole de la diplomatie arménienne a soutenu à nouveau que «l'armée turque combat aux côtés de celle de l'Azerbaïdjan», dénonçant l'usage par Bakou «d'armes, de drones et d'avions de chasse turcs». Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation de ce conflit dans une région, le Caucase du Sud, où de multiples puissances sont en concurrence: Russie, Turquie, Iran, pays occidentaux... Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30.000 morts. Le front est quasi gelé depuis, malgré des heurts réguliers, notamment en 2016. Dimanche, les combats les plus meurtriers depuis des années ont repris, les deux camps s'accusant d'avoir provoqué les hostilités. Depuis, l'Azerbaïdjan a juré de poursuivre ses opérations jusqu'à la reconquête du territoire ou au «retrait total» des Arméniens. Erevan et les autorités du Karabakh ont dit être tout aussi déterminés au combat. Dans le district de Fizouli, côté azerbaïdjanais, les enfants ont été évacués des localités proches du front, alors que beaucoup d'hommes se sont portés volontaires pour combattre. Les deux camps ont largement ignoré les appels de l'ensemble de la communauté internationale, à l'exception notable de la Turquie, de faire taire les armes. Selon Moscou, la Russie et la Turquie sont prêtes à une «coordination étroite pour stabiliser la situation» au Nagorny Karabakh. Ankara ne s'est cependant pas prononcé. La Russie entretient des relations cordiales avec les deux anciennes républiques soviétiques, mais elle est plus proche de l'Arménie, qui appartient à une alliance militaire dominée par Moscou. Le ministère de la Défense du Karabakh a jugé la nuit de jeudi à vendredi «plus calme» que les précédentes et indiqué que ses forces «continuaient d'infliger des pertes sérieuses à l'ennemi». Chouchane Stepanian, porte-parole de la Défense en Arménie, a assuré que l'armée azerbaïdjanaise «a échoué à percer les défenses arméniennes».Le ministère azerbaïdjanais a affirmé lui l'inverse, assurant avoir pris des positions, citant «les hauteurs de Madaguiz», dans le nord, et avoir forcé les Arméniens à la retraite dans «la direction Jebraïl-Fizouli», dans le sud. Selon les bilans très partiels communiqués depuis dimanche, 190 personnes sont mortes: 158 soldats séparatistes, 13 civils arméniens, et 19 civils azerbaïdjanais. Bakou n'a toujours pas communiqué de pertes militaires. Mais le bilan pourrait être bien plus lourd, l'Arménie affirmant ainsi que 1.280 soldats azerbaïdjanais sont morts, quand Bakou dit avoir tué au moins 1.900 militaires adverses. Jeudi, la petite ville de Martouni, située à environ 25 kilomètres du front en territoire séparatiste, a essuyé ses plus graves tirs de roquettes depuis la reprise des hostilités. Quatre civils ont été tués, selon les séparatistes, et 11 personnes blessées, dont au moins deux journalistes français du quotidien Le Monde et deux autres arméniens.