Le père du triptyque Impasse des deux palais, Le palais des désirs et Le sucrier, quitte la scène littéraire à l'âge de 94 ans... Le prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz, est décédé mercredi dernier dans un hôpital public du Caire à l´âge de 94 ans. Le célèbre écrivain égyptien avait été hospitalisé depuis le 19 juillet dernier dans l´unité de soins intensifs de l´hôpital de la police du Caire, à la suite d´une chute dans son appartement. En dépit de soins prodigués, son état n'a fait qu'empirer jusqu'à atteindre des complications rénales et une pneumonie. Naguib Mahfouz sera inhumé, aujourd'hui, dans la capitale égyptienne, le Caire. Suite à cette triste nouvelle qui a endeuillé le monde de la littérature arabe, l'Egypte et le monde intellectuel en général. Le président égyptien, Hosni Moubarak, a rendu hommage mercredi à Naguib Mahfouz, le qualifiant d' un «écrivain qui a fait reconnaître la culture et la littérature arabe à travers le monde». Le président Moubarak «présente ses condoléances à la famille du défunt, au peuple égyptien et à la nation arabe», est-il aussi noté. «Naguib Mahfouz était un écrivain exceptionnel, un penseur éclairé et créatif, un écrivain qui a fait reconnaître la culture et la littérature arabes à travers le monde», souligne le communiqué de la présidence publié par l´agence officielle Mena. M.Mahfouz a exprimé par ses romans «les valeurs communes à l´humanité et a diffusé à travers ses écrits les valeurs de la tolérance, contre l´extrémisme», ajoute le communiqué. La carrière littéraire de Naguib Mahfouz se confond largement avec l'histoire du roman moderne en Egypte et dans le monde arabe. Au tournant du XXe siècle, le roman arabe fait ses premiers pas dans une société et une culture qui découvrent ce genre littéraire à travers la traduction des romans européens du XIXe siècle. Dans les années 1920, l'écrivain et homme politique Muhammad Husayn Haykal prône l'émergence d'une «littérature nationale» coulée «dans les moules occidentaux, afin que les Egyptiens y voient le signe qu'ils sont aussi avancés que l'Occident, et peut-être le devancent, dans les domaines de la civilisation». Nul ne portera mieux que Naguib Mahfouz ce projet à son terme, pourrait-on lire à son propos. Né au Caire en décembre 1911, dans une famille de la petite bourgeoisie cairote, c'est à l'âge de 17 ans qu'il commence à écrire et publie ses premiers essais d'écriture dans les revues littéraires. Il a écrit une cinquantaine de romans, dont la trilogie L´impasse des deux palais, Le palais des désirs et Le sucrier. A quarante-cinq ans, il est enfin reconnu. Avec son roman suivant, Awlad haretna (1959, trad. française Les fils de la médina), Naguib Mahfouz renoue avec la riche tradition de la fiction allégorique pour développer une critique des dérives autoritaires du régime de Nasser et, au-delà, une réflexion pessimiste sur le pouvoir. Publié en feuilleton dans le quotidien Al-Ahram, ce roman est attaqué par les oulémas qui le jugent blasphématoire, puis frappé d'une interdiction officieuse de publication en Egypte (il sera publié à Beyrouth en 1967). En même temps, le scandale contribue à asseoir sa réputation et n'affecte pas sa carrière. Par la suite, il écrira des nouvelles dans la presse, reprises dans des recueils. Ses grands romans sont adaptés au cinéma. Le prix Nobel qui lui est décerné en octobre 1988, achève de lui donner une renommée internationale. En octobre 1994, il survivra à une tentative d'assassinat à l'arme blanche perpétrée par deux jeunes fanatiques islamistes. Mais ne pouvant écrire, car paralysé de la main droite, il était contraint de dicter ses textes. Jusqu'à nos jours, il reste le premier et seul écrivain de langue arabe à recevoir le prix Nobel de littérature. Un homme d'abord de conviction, symbole de tolérance et pondération.