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Sale quart d'heure pour Le Pen
LE FRONT NATIONAL DEVANT LES JUGES
Publié dans L'Expression le 11 - 03 - 2010

C'est demain que sera scellé le sort des affiches racistes qui ont porté atteinte à l'emblème national, celui que le président du parti xénophobe français a vainement tenté d'empêcher de flotter dans le ciel d'Algérie.
Le tribunal de Nanterre a été saisi par le Mrap, le Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples, pour interdire l'affiche diffusée par le FN en région Paca, Provence-Alpes-Côte d'Azur, et sur son site Internet. La décision sera connue ce vendredi. Le 6 mai, Jean-Marie Le Pen «devra comparaître pour une première audience devant le tribunal correctionnel de Paris», a révélé par ailleurs SOS Racisme. L'Histoire vient de convoquer un pan peu glorieux du passé de la France coloniale en Algérie à travers l'affiche confectionnée par le parti de Jean-Marie Le Pen pour les régionales françaises dont le premier tour aura lieu le 14 mars. Elle représente une femme en burqa et le drapeau algérien transpercé de minarets recouvrant une carte de l'Hexagone. Reproduite à l'identique de celle qui a été utilisée lors de la campagne du référendum suisse, qui s'est soldé par plus de 57% de oui en faveur de l'interdiction des minarets. Un pur plagiat! L'effet provoqué à travers le territoire de la Confédération helvétique ne se reproduira certainement pas en France.
Le vieux leader de l'extrême droite française n'a pas fait dans l'originalité. Il insiste tout de même. Il a réveillé son passé toujours présent de tortionnaire pendant les années les plus cruelles de la guerre d'Algérie. Celui de la «gégène» dont il était un fervent adepte. Les fantômes de la villa Susini hantent sans aucun doute, encore toutes les nuits, son esprit. L'indépendance de l'Algérie est devenue son cauchemar. Les immigrés, son souffre-douleur. Son fonds de commerce. Leur présence sur le sol français l'inquiète comme l'ont inquiété ces jeunes Algériennes et Algériens qui ont sorti leur pays de cent trente-deux ans de domination coloniale. «Comme beaucoup de mes compatriotes français, je me suis inquiété de voir par exemple, lors de la qualification de l'Algérie pour la Coupe du Monde (de football), plusieurs dizaines de milliers de manifestants derrière le drapeau algérien dans notre pays» a confié Le Pen qui était l'invité, mardi, du Journal de 20 heures de TFI. Le président du FN a aussi répondu aux protestations officielles du gouvernement algérien. «C'est à l'Etat français de prendre les dispositions qui s'imposent lorsque des symboles de pays étrangers sont mis à genoux», avait déclaré Mourad Medelci, le ministre algérien des Affaires étrangères en marge de la cérémonie présidée par le chef de l'Etat à l'occasion de la Journée internationale de la femme. «Je ne vois pas comment un Etat étranger peut intervenir dans notre élection. Je rappelle que je ne suis pas intervenu dans l'élection du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, quand 770.000 citoyens algériens résidant en France ont voté pour son élection», a déclaré le président du parti xénophobe à la journaliste qui l'interrogeait. Il s'est encore, une fois de plus, emmêlé les pinceaux. Sans doute par réflexe d'autoflagellation. A moins que l'âge aidant, son esprit d'analyse ne lui fasse défaut. Cela devrait lui coûter cher. L'Algérie s'est invitée aux élections régionales françaises contre son gré et par la grâce et la volonté de la politique raciste menée par Jean-Marie Le Pen et sa fille. Cette dernière qui est fortement pressentie pour succéder à son père à la tête du Front national s'est, à son tour, arrogé «le droit de critiquer le fait que ce drapeau algérien est brandi comme une provocation». Marine Le Pen évoquait la manifestation des jeunes supporters algériens à Marseille après le match de l'EN contre l'Egypte tout en perpétuant idées chauvines et populistes de sa formation politique. Un événement qui n'a pas, que l'on sache, servi à augmenter le chômage ou le déficit de la France. De vrais thèmes de campagne que le Front national a toujours fuis quand il n'accuse pas les émigrés de priver d'emploi ses compatriotes. Un discours raciste et désuet que rejette une majorité de Français. Ce type de mayonnaise ne prend plus. Mieux encore. 64% d'entre eux selon un sondage Ifop, l'Institut français d'opinion publique, sont favorables à la régularisation des travailleurs étrangers sans papiers. Le Front national qui s'est frayé un chemin à travers le débat très controversé sur l'identité nationale, lancé au mois d'octobre par le ministre de l'Immigration Eric Besson, vient de faire par le biais de cette affaire la démonstration de la complexité des relations entre l'Algérie et la France qui sont déjà bien envenimées.


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