Peut-on maîtriser le terrorisme routier sans changer les mentalités? L'entreprise paraît difficile, voire impossible. C'est l'enfer pour les chauffeurs au niveau de la capitale. Selon un communiqué de la Sûreté de la wilaya d'Alger rendu public hier, 3 569 permis de conduire ont été retirés par les services de police uniquement durant le mois de septembre. Une simple arithmétique permet de déduire que 119 permis sont retirés chaque jour au niveau d'Alger. Ce bilan communiqué par la direction de la communication de la sûreté d'Alger n'a donné aucune indication sur les motifs et la durée de ces retraits, encore moins la fonction des chauffeurs auxquels les permis ont été confisqués. Déjà que la conduite est infernale au niveau de la capitale, ce paramètre des «retraits» vient compliquer l'équation de la circulation pour la rendre insoluble. Les mesures répressives contenues dans ce nouveau Code de la route ont été dénoncées aussi bien par les conducteurs que par les hommes de droit. Pourtant, ces lois coercitives sont édictées pour juguler l'hécatombe routière qui classe l'Algérie au 4e rang mondial derrière les USA en matière d'accidents de la circulation. Le permis peut être retiré pour une période allant de 10 jours à 4 ans. Pour une récidive ou un délit grave, les conducteurs s'exposent à un retrait définitif. En cas d'accident mortel, dont ils sont responsables, ils risquent de se retrouver derrière les barreaux. Les premiers à crier au scandale, à la hogra, sont les chauffeurs de taxi. «Il est inconcevable que tout le monde soit mis dans le même sac» se plaint A.S., un chauffeur de taxi contraint au chômage pendant trois mois pour «une simple infraction» au Code de la route. «Je suis d'accord qu'il faut lutter contre les accidents de la circulation, qu'il faut traquer les chauffards mais tel que c'est fait actuellement, c'est échapper d'un extrémisme pour tomber dans un autre», explique-t-il encore. «Par excès de zèle ou méconnaissance des lois, certains agents de l'ordre nous font subir le pire», témoigne un autre chauffeur exaspéré.«C'est une loi excessive et irréfléchie», dénonce l'avocate Fatma-Zohra Benbraham. «Comme c'est le cas pour la criminalité, on doit s'attaquer à la source du problème. La prison n'est pas une solution», soutient l'avocate. Le ministre des Transport n'est pas de cet avis. «Les mesures de prévention ont permis une baisse du nombre des accidents de la route et des pertes humaines», a affirmé Amar Tou en août dernier devant les députés à l'Assemblée nationale. «Le nombre de morts est passé de 2057 durant le premier trimestre 2009 à 1624 pour la même période de l'année 2010», a-t-il ajouté. Cependant, cette statistique macabre n'est que très relative puisque les bilans de la Gendarmerie nationale et de la Police font état de la mort de 11 personnes en moyenne chaque jour à travers le territoire national. En définitive, le terrorisme routier, puisque c'en est un, peut-il être maîtrisé par un Code de la route plus sévère? «Il faut plutôt tenter de changer les mentalités», suggère un citoyen averti.