Le gouvernement vient d'annoncer, à nouveau, que deux chaînes, l'une coranique et l'autre d'expression amazigh, vont être lancées. Ces deux projets sont de vieux serpents de mer qu'on va enfin voir : le ministre de la Communication semble formel sur l'imminence de leur lancement. Et ce n'est pas l'unique raison qui autorise à penser que leur lancement sera effectif. Ni l'opportunité ni la concomitance du démarrage des deux stations ne sont neutres. Le pouvoir qui veut faire passer la multiplication et la diversité de chaînes et de langues pour une ouverture médiatique du régime s'est cru obligé de se donner une chaîne en tamazight, ciblant essentiellement la population de Kabylie, comme il s'est donné une autre en français avec l'émigration en France comme cible. Dans la démarche, il y a plus d'intention d'atteindre les téléspectateurs inaccessibles par la chaîne arabophone classique que de permettre à ces catégories d'accéder à la production culturelle et informationnelle. Pour publique qu'elle soit, l'ENTV est plus un service politique qu'un service public. Alors, en attendant l'uniformité linguistique dont rêve le régime de l'arabisation généralisée, il y aura l'ENTV 1, l'ENTV 2, l'ENTV 3, etc. Mais l'ENTV seulement. Or, on le sait depuis McLuhan et sa formule “medium is message” que la nature du message dépend de l'esprit du support. Ce subterfuge par lequel on veut faire passer une illusion de diversité télévisuelle trouve une opportune utilité, maintenant que le spectre de l'abstention plane sur le projet électoral. En même temps qu'une Unique en berbère servirait à la campagne électorale, elle constituera un propice dérivatif à la frustration identitaire indéfiniment manipulée. Peut-être contribuera-t-elle à améliorer la participation d'une région traditionnellement encline à l'abstention et au boycottage. L'ouverture simultanée de la télévision en tamazight et de la chaîne dédiée au Coran est supposée relever d'une coïncidence de programmation ou de contraintes techniques. Il est pourtant possible qu'elle renvoie à cette douteuse pratique de mise en rapport de la question linguistique et du développement du courant politique religieux. Le procédé a déjà été exploité dans la répression des délits de presse, en introduisant dans le même article de loi la pénalisation de la diffamation par article de journal et celle contenue dans les prêches. On observa, par la suite, qu'il y eut de nombreux procès de journalistes et presque jamais de poursuite contre un imam, malgré les nombreux dérapages. L'amalgame ne sert qu'à montrer, formellement, qu'il s'agissait de réprimer tous les dépassements dans le discours public, alors qu'en fait, la réglementation visait prioritairement à se donner un moyen d'intensifier la répression de la liberté de presse. Une des formes pernicieuses de cette résistance politique à la liberté de l'information consiste en ce processus de clonage linguistique et thématique de l'ENTV. On aura une Unique éclatée en multiples et diverses Uniques. M. H.