Un an après sa grandiose investiture à la Maison-Blanche et à dix mois des élections législatives de mi-mandat, Barack Obama n'est pas au mieux dans l'estime de ses compatriotes, selon deux sondages effectués au début du mois de janvier par les chaînes de télévision CNN et CBS. Pour la première fois, en effet, les deux sondages le créditent de moins de 50% d'intentions favorables, alors qu'au mois d'avril, il battait les records de popularité avec 68% de sondés satisfaits. Les griefs sont nombreux. Une majorité d'Américains lui reprochent le peu d'efficacité de sa politique économique, même s'il peut se vanter d'avoir fait voter un budget astronomique de relance de 700 milliards de dollars et d'avoir sorti le pays de la récession. Il se trouve, en effet, que la reprise économique ne se traduit pas suffisamment par une reprise du marché de l'emploi, et le taux de chômage officiel est toujours à deux chiffres. Le deuxième dossier auquel il doit sa baisse vertigineuse dans les sondages est celui de la réforme de la santé qui, rappelons-le, a donné lieu à une campagne particulièrement féroce au cours de laquelle il a été traité de tous les noms d'oiseau avec, à la clé, des assertions carrément racistes. Chez les républicains, mais aussi chez des indépendants et certains démocrates, on lui reproche la manière dont il a conduit cette législation. Pourtant, à la décharge du président Obama, même si la réforme est en deçà de ce qu'il a promis, même si elle a été votée au forceps et que sa version définitive est toujours en négociation, il a tout de même fait mieux que tous ses prédécesseurs depuis plus d'un siècle puisque plus de trente millions d'Américains exclus de la sécurité sociale vont pouvoir bénéficier d'une couverture. L'enlisement en Afghanistan et le bras de fer larvé entre le président et le Pentagone à propos des renforts exigés par le général Mc Chrystal et le fait qu'il ait finalement cédé après de nombreuses semaines d'hésitation ont aussi produit leur effet néfaste. En plus de l'impopularité de cette guerre particulièrement meurtrière depuis l'été dernier, Barack Obama a donné l'image, à propos de ce dossier, d'un président peu sûr de soi et manquant de maîtrise. Sans compter que son administration n'a pas fait preuve de cohésion et de solidarité, des avis et des positions contradictoires ayant été exprimés et portés sur la place publique par ses plus proches collaborateurs. Les Américains favorables à la guerre en Afghanistan lui reprochent de n'avoir pas réagi promptement et massivement, les “anti-guerre” sont déçus de sa décision et craignent l'enlisement, et tous regrettent qu'il n'ait pas pu entraîner derrière lui de manière plus nette les alliés occidentaux qui, pour la plupart, ont montré de la réticence. Mais, si l'on se reporte à ses propres déclarations, son principal échec est celui de n'avoir pas réussi à rassembler les Américains et à transcender les clivages partisans. Pire : l'Amérique est profondément divisée à propos de sa gouvernance. Et comme les Etats-Unis n'en sont pas à une contradiction près, alors que l'on croyait que l'élection de Barack Obama allait signer l'avènement d'une Amérique post-raciale décidée à se défaire de ses vieux démons, jamais l'extrême droite fasciste et raciste ne s'est mieux portée et n'a été plus provocante que maintenant. Le Président en est d'ailleurs une cible privilégiée et de sérieuses menaces planent sur sa sécurité personnelle, comme en témoigne l'attentat déjoué le jour même de son investiture à Washington.