Aujourd'hui je ne veux pas regarder les feux d'artifice dans le ciel d'Alger, plutôt, j'ai envie de re-regarder l'image de Brahim Hadjaj ! Pourquoi ? Nous tous, ou presque, avons-nous oublié cet oiseau rare ! El Macnin ez-zine ! Tous les Algériens, sans exception aucune, ont vu, au moins une fois, cette fresque cinématographique appelée : La bataille d'Alger réalisée en 1965 par le cinéaste italien Gillo Pontecorvo. Tous les Algériens, le peuple comme la classe politique, les riches comme les zawaliya (les démunis) ont senti une fierté en regardant Ali la Pointe-le mythe face aux parachutistes coloniaux, dans les ruelles de La Casbah ! Et c'est à ce Brahim Hadjaj, l'oublié d'aujourd'hui, que revient l'honneur d'incarner le personnage d'Ali la Pointe, dans La Bataille d'Alger. Tous : écrivains, cinéastes, cinéphiles, journalistes, moujahidine, Nas el Casbah... tous nous avons enterré le mythe. Tous nous avons trahi celui qui a incarné “l'incarnable", celui qui a cerné l'incernable, Brahim Hadjaj. Nous avons trahi Ali la Pointe et celui qui nous a appris l'histoire glorieuse de Ali la Pointe, Brahim Hadjaj. Brahim Hadjaj n'a pas fait les grandes écoles de Hollywood, ni celles de Paris ou de Rome, son école à lui c'était les ruelles d'Alger pleines d'exclusion coloniale. Autodidacte ! Brahim Hadjaj est né en 1934. La France coloniale était en pleine festivités du centenaire. Il n'a pas choisi son anniversaire. Il est né comédien, Brahim n'a pas choisi son itinéraire. L'amour du cinéma est né avec lui, en lui ou avant lui. Il s'est trouvé sur le chemin de l'art et de la souffrance. Suivre le chemin de l'art c'est-à-dire suivre le chemin du cœur ! Et Brahim Hadjaj a suivi les dires de son cœur ! Brahim Hadjaj est né une deuxième fois : le jour du film La Bataille d'Alger. Une naissance contre la mort ! Il est le frère jumeau de Ali la Pointe. En 1996, à Chérarba, dans le silence mortuaire, dans la banlieue d'Alger, emporté par la maladie et l'indifférence, Brahim Hadjaj est décédé, selon sa petite famille composée de quatre enfants et une femme. Si Brahim Hadjaj, par son génie populaire, représentait le porte- bonheur pour le cinéma algérien, entre autres : La bataille d'Alger, Chroniques des années de braise, L'opium et le bâton et Bouâmama... L'Algérie, en contrepartie, était envers lui, une sorte de pierre sans âme, sans langue ni oreille. En ces jours des feux d'artifice dans le ciel d'Alger, je pense à ce Brahim Hadjaj. A. Z. [email protected]