Au cours de son séjour au Royaume-Uni, le secrétaire d'Etat en charge de la Communauté algérienne à l'étranger a également posé le problème relatif à l'incarcération d'Algériens, les sans-papiers notamment. Liberté : Quels objectifs avez-vous inscrit à votre visite au Royaume-Uni ? Belkacem Sahli : Il s'agit de ma première visite en Grande-Bretagne et la seconde hors du territoire national depuis ma nomination au sein du gouvernement. Je me suis déjà rendu en France pour participer auprès de la communauté algérienne là-bas à la commémoration des évènements du 17 Octobre 1961. Ces déplacements s'inscrivent dans le cadre de la mise en application du programme de l'Exécutif et dont l'un des objectifs vise à améliorer la qualité du service public. À cet égard et en tant que secrétaire d'Etat en charge de la Communauté algérienne à l'étranger, mon rôle consiste à parfaire les prestations de nos ambassades et de nos consulats afin qu'ils répondent au mieux aux attentes des émigrés. En venant au Royaume-Uni, je veux entendre de vive voix ce que ces derniers attendent de nous et prendre connaissance de leurs préoccupations. Mais ma mission ne s'arrête pas là. Elle vise par ailleurs à rapprocher les Algériens de l'étranger de leur pays d'origine, en les associant, chacun selon ses compétences, à l'effort de développement national. Comment hiérarchisez-vous les problèmes de la communauté algérienne à l'étranger, au Royaume-Uni notamment ? Globalement, nos émigrés vivent pratiquement les mêmes problèmes, peu importe leur lieu de résidence. Cependant, des spécificités existent. Les problèmes les plus importants sont d'ordre administratif. Ils concernent la prise en charge des doléances de nos ressortissants au niveau des services consulaires. Je me suis rendu mardi dernier dans les locaux du consulat général à Londres. Le siège est très petit. Cette exigüité se répercute sur la qualité du service et les conditions d'accueil. Il est question comme pour l'ambassade qui dispose désormais d'un nouveau siège, que le consulat change de lieu. J'ai eu l'occasion de visiter les locaux où il doit déménager. Il s'agit d'un immeuble de 5 étages. Le processus pour l'acquisition de cet édifice est en bonne voie. Il reste à obtenir l'accord de la municipalité. Nous entamerons ensuite des travaux de réfection qui devront s'étaler sur une année environ. En attendant, j'ai demandé à l'ambassadeur et au consul de réfléchir à des solutions provisoires pour faire baisser la pression sur le siège actuel du consulat, en transférant l'ensemble des services dans les anciens locaux de l'ambassade ou une partie d'entre eux dans le nouveau siège de cette dernière. Les Algériens qui résident hors de Londres réclament l'ouverture d'annexes consulaires. Ce projet peut-il être réalisé ? En principe, c'est possible. Un plan du secrétariat d'Etat en charge de la Communauté algérienne à l'étranger a été mis en place et vise à reconfigurer la carte consulaire, pas seulement en Grande-Bretagne, mais dans d'autres Etats également. Cela concerne l'ouverture d'autres consulats ou d'annexes consulaires. Mais ce genre d'opérations doit au préalable obtenir l'accord des pays d'accueil. En attendant et dans le cas du Royaume-Uni, j'ai demandé au consul d'accomplir des missions itinérantes régulières, dans les villes à forte concentration algérienne, pour rapprocher les services consulaires de nos compatriotes. L'amélioration des conditions d'accueil et de séjour des Algériens à l'étranger figure aussi parmi les missions de votre département. C'est à ce titre que vous avez, au cours de votre séjour, rencontré des responsables britanniques. Sur quoi vous êtes-vous entendus ? Au cours de mes visites à l'étranger, il ne s'agit pas seulement de rencontrer nos émigrés mais de m'entretenir également avec les autorités des pays d'accueil. Car, il n'est pas possible de prendre en charge certains des problèmes des résidents algériens sans les avoir exposés et obtenu des assurances de la part d'interlocuteurs officiels. J'ai eu à rencontrer un certain nombre de ministres britanniques. Mon entrevue avec le ministre d'Etat en charge de la réinsertion au département de la justice m'a permis de m'enquérir des conditions d'incarcération d'un certain nombre d'Algériens. J'ai également demandé a ce que le consulat soit mis au courant des arrestations d'Algériens afin de lui permettre de leur prêter assistance, conformément aux conventions internationales sur la protection consulaire. Cette assistance concerne tous les Algériens, qu'ils soient en situation régulière ou pas. Concernant justement les sans-papiers... Beaucoup sont incarcérés dans des centres de rétention des immigrés clandestins, pour des longues périodes et dans des conditions abominables. Les Britanniques prétextent l'absence de laissez-passer consulaire pour les expulser vers l'Algérie. Avez-vous évoqué leur sort avec vos homologues britanniques ? Nous avons effectivement évoqué cette question. Le problème ne se pose pas au niveau des services consulaires algériens. Il réside dans le fait que les Britanniques ne nous informent pas en temps voulu de l'incarcération d'Algériens. Ce qui ne nous permet pas de prendre nos dispositions et de délivrer aux personnes qui le souhaitent des laissez-passer, pour retourner en Algérie. L'octroi de ce genre d'autorisations se fait généralement sans problème. Tous les Algériens qui souhaitent rentrer au pays volontairement, soit parce qu'ils n'ont pas réussi à régulariser leur situation, soit parce qu'ils n'arrivent plus à vivre en Grande-Bretagne, obtiennent aisément des laissez-passer. 55% de ceux qui sont délivrés par le consulat concernent les retours volontaires. Dans le domaine des visas, un protocole d'accord entre l'Algérie et la Grande-Bretagne est en cours de négociation. Que comporte-t-il ? Nous avons présenté à nos homologues britanniques une plate-forme comportant des propositions sur l'assouplissement des conditions d'octroi aux Algériens de visas d'entrée au Royaume-Uni. Les Britanniques sont d'accord pour entamer des négociations autour d'un protocole d'accord sur cette question. D'ici trois mois, nous aurons probablement un aperçu sur la mouture finale.