Le conférencier tunisien Taïeb Laâguili, qui était sous escorte sécuritaire par une brigade spéciale armée jusqu'aux dents avec des gilets pare-balles, a révélé hier à l'hôtel Africa de Tunis que le chef militaire islamiste libyen était derrière l'assassinat des deux opposants politiques tunisiens. L'accès à l'hôtel n'était pas facile. La présentation de cartes professionnelles était obligatoire et tout le monde passait à la fouille au vu de l'importance de l'événement et la personne qui allait animer le point de presse. Il s'agit de Taïeb Laâguili, membre de l'initiative pour la recherche de la vérité sur l'assassinat de Chokri Belaïd. Personne ne pouvait approcher le conférencier ni au début ni à la fin de la conférence de presse. Une salle lui a été d'ailleurs réservée où il était le seul à s'introduire, le temps de consumer une cigarette et boire de l'eau, à l'issue de la conférence. Il a refusé toute déclaration, et personne ne pouvait l'aborder du fait qu'il ne faisait que courir sans même s'arrêter une seconde et en prêtant attention à tout ce qui bouge. La conférence de presse s'est déroulée en deux parties distinctes. La première était consacrée à Chokri Belaïd. Il a noté qu'avant la mort de Belaïd, deux suspects, qui étaient déjà fichés, rôdaient autour de la résidence de Belaïd et qu'une citoyenne avait prévenu la police mais que rien n'a été fait et sans que cela inquiète les suspects. M. Laâguili a assuré que les autorités sécuritaires ont fait preuve d'une telle négligence dans les jours précédant l'assassinat de Belaïd que l'implication de responsables est envisageable. Il a expliqué que de graves lacunes ont été constatées au niveau de la gestion des renseignements par les districts de police de l'Ariana et de Carthage, citant par exemple la négligence d'un appel téléphonique passé le 23 janvier et signalant la présence de deux individus suspects près du domicile de Chokri Belaïd. Le conférencier a dévoilé que des membres d'Ansar Charia ont été entraînés par le Libyen Abdelhakim Belhaj, qui maintient une relation amicale avec certains leaders d'Ennahda, dont Rached Ghannouchi, Hamadi Jebali et Samir Dilou. Il s'est appuyé sur des photos des dirigeants du parti Ennahda en compagnie du Libyen en question et un passage d'une vidéo montrant une déclaration d'un dirigeant d'Ennahda lors d'un meeting selon laquelle la réussite des rebelles libyens "est importante pour le projet d'Ennahda en Tunisie". Le conférencier a ajouté que Abdelhakim Belhaj est déjà entré clandestinement en Tunisie pour y planifier des opérations terroristes. Il serait aussi en relation avec un dénommé Mohsen Bchiri, un contrebandier de la région de Ben Guerdane, au sud de la Tunisie, poursuivi à plusieurs reprises par le ministère de l'Intérieur et dont le nom est blanchi à chaque fois par le mouvement islamiste Ennahda. La deuxième partie de la conférence avait trait à la liaison qu'avait Ennahda avec un des chefs rebelles libyens, en l'occurrence Abdelhakim Belhaj. Ces liens, a-t-il dit, datent de 2011, et qu'un certain 4 janvier 2013, un courrier interne du ministère de l'Intérieur décrit Abdelhakim Belhaj comme chef terroriste qui achemine des armes, et que le 28 août dernier il est reçu par Ennahda. M. Laâguili cite encore Ahmed Rouissi qui est lié à Abdelhakim Belhaj et nommé dans les deux assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. "Toutes ces révélations montrent qu'il s'agit d'un crime d'Etat, et dans tous les cas, ce gouvernement doit partir et rendre des comptes au peuple tunisien. Il doit être remplacé par un gouvernement de salut national qui prendra en main tous les dossiers, entre autres le dossier sécuritaire. Je ne parle pas seulement politiquement, mais même moralement, je me retrouve dans l'incapacité de discuter avec les dirigeants d'Ennahda après ces révélations. Je ne peux vous dire si ces révélations auront un impact négatif sur le dialogue national qui devrait démarrer cette semaine, mais une rencontre avec les autres partis sera organisée sous peu pour discuter des mesures à prendre", nous a déclaré Hamma Hammami, chef de file du Front populaire. I. O. Nom Adresse email