Après les engagements annuellement pris puis reniés, le ministre de l'Education nationale a annoncé un autre début de réforme de l'enseignement. Cette nouvelle prédiction concerne l'organisation des cycles scolaires. En attendant de connaître la position de Benmohamed qui, paraît-il, terrorise l'Etat quand il s'agit de faire évoluer le secteur de l'éducation, la FNTE a fourni, dès le lendemain de la publication de la promesse gouvernementale, le premier prétexte à la prochaine reculade. Il fallait s'y attendre : on ne renonce pas à la rente de l'école fondamentale. Et la fédération UGTA, assise sur une manne syndicale, ne s'en laissera pas conter. Pourquoi renoncer à un acquis qui repose sur la médiocre qualité des prestations d'une institution transformée en argument rentier ? S'il y avait quelque conséquence dans la pratique sociale, la FNTE se garderait bien d'intervenir publiquement depuis le scandale de la Munatec et l'affaire des véhicules offerts à des cadres centraux. L'usage des cotisations des travailleurs à des fins de privilèges claniques et d'influence clientéliste a fini par convertir certains cadres syndicaux en forces de blocage, marchandant leurs capacités de nuisance contre le statu quo dans des secteurs entiers de la vie sociale. Mais dans les propos mêmes du secrétaire national de la fédération, qui semble prolonger d'autorité son mandat bien au-delà de sa durée légale, Il n'y a aucune objection de nature pédagogique à la réforme évoquée par le ministre. La FNTE préfère faire appel aux arguties politiciennes en dénonçant le “privé” auquel on risque de remettre “l'avenir des générations” et qui aurait le loisir d'“imprimer ce qu'il voudra”. La tromperie filtre du raisonnement lui-même : si l'Etat veut subventionner le livre de l'élève, ce n'est pas la nature de l'éditeur qui l'en empêchera d'autant qu'en termes de coûts la rentabilité des éditeurs publics n'est pas prouvée. Il est notable que la FNTE ne s'est jamais préoccupée de la situation pédagogique, pas même de la question des moyens didactiques de l'école. Ses actions actuelles et passées sont, sans exception, revendicatrices des seuls avantages salariaux et sociaux. Ce qui rend suspecte son intervention quand enfin, trente ans après la tragédie de l'école fondamentale, une réforme des cycles d'enseignement est proposée. Le chantage est à peine voilé. “Il faut que le ministre réponde aux doléances des travailleurs de l'éducation”, souligne le secrétaire national. Mais quel rapport entre une conception de l'école et des revendications sociales ? Le conservatisme syndical constitue une hypothèque sérieuse à l'évolution de la société. L'UGTA et ses fédérations se sont transformées en forces d'inertie contre les réformes qui remettent en question le syndicalisme du budget. Dans l'éducation, la réforme, si tant est que l'intention est réelle, se fera contre une FNTE confortablement installée dans le piètre système éducatif national et nullement gênée par la régression culturelle qu'il impose au pays depuis trois décennies. Toute réforme menace des intérêts. C'est au réformateur de soupeser sa volonté et ses convictions. M. H.