L'Algérie a fait un véritable forcing pour parvenir à l'implantation d'une première usine de montage automobile dans le pays. Elle a d'ailleurs été aidée en cela par le gouvernement français qui a un peu "tordu le bras" aux dirigeants de la marque au losange. L'usine Renault de Oued Tlélat, est le résultat d'un accord politique laborieux, non d'un contrat économique conclu entre deux entreprises soucieuses de gagner de l'argent. De ce point de vue, un certain nombre d'incertitudes entourent encore le projet et beaucoup d'interrogations sont déjà formulées à propos de sa viabilité économique future. Quelle taille pour l'investissement ? La première d'entre elles concerne d'abord la taille du projet lui-même. L'investissement pour produire 25 000 véhicules devrait se limiter dans une première étape à 50 millions d'euros. Selon les responsables de Renault, la seconde phase du projet , annoncée pour 2019, prévoit le passage de la production de 25 000 à 75 000 véhicules par an. De son côté, le partenaire algérien n'hésite pas à parler d'un investissement total de 800 millions d'euros, lorsqu'il faudra atteindre 150 000 véhicules. De tels chiffres n'ont pas été confirmés par le partenaire français qui est concerné par 49% de l'investissement à réaliser. Un faible taux d'intégration Une deuxième incertitude concerne le taux d'intégration du projet. Pour l'instant, Renault Algérie Production n'est qu'une usine d'assemblage, "semi knock down" (SDK) dans le langage industriel. "Tout est importé de Roumanie", a expliqué aux journalistes présents Djenet Belabdi, responsable système management qualité et évaluation produits le jour de l'inauguration. "Chaque semaine, 220 conteneurs en provenance du port de Constantza en Roumanie arrivent au port d'Oran d'où la marchandise est rapidement acheminée vers l'usine car Renault bénéficie du couloir vert qui permet des facilités de dédouanement". Le taux d'intégration s'élève à environ 17% avec, actuellement, deux sous-traitants connus : Joktal qui fabrique des pièces en plastique et Martal fabriquant de sièges automobiles. "Ils ont, tous deux, passés les examens de la part de Renault qu'ils ont réussi et ont donc été nommés officiellement. On ne s'improvise pas du jour au lendemain fabricant de matériels automobiles!" a indiqué Bernard Sonilhac le PDG de Renault Algérie Production. Les autorités algériennes, plus optimistes annoncent de leur côté un taux d'intégration qui devrait être porté très rapidement à 40 %. Le prix et le "sens économique" Vendue près de 1,3 million de dinars chez le concessionnaire exclusif de Renault à Oran, la Nouvelle Renault Symbol a fait grincer des dents. Dans un premier temps, la Symbol sera disponible en deux modèles. La version de base (1.2l, 75cv) devrait coûter 1,223 millions de dinars, contre 1,287 millions de dinars pour la seconde version (1.6l, 80cv). L'économiste Abdelhak Lamiri, qui a tiré la première salve concernant les prix, affirme "trouver le prix excessivement cher pour une voiture exonérée de TVA et de la TVN" (taxe véhicule neuf). "Mais comment faire une voiture moins chère avec des pièces qui sont plus chères, ça n'a pas de sens", se justifie Bernard Sonilhac. "Tout ce que l'on fait doit être compétitif et les pièces intégrées localement doivent avoir un sens économique", continue-t-il avant de lancer, clairement, un appel aux autorités algériennes. "On espère que les autorités vont pouvoir apporter aux fournisseurs qui créent de la valeur ajoutée, un certain nombre de mesures de soutien de façon à développer l'industrie, sinon l'industrie locale ne se développera jamais. Pour commencer, il faut bien être aidé". L'enjeu du crédit à la consommation La Symbol ne pourra donc assurer son succès sur ses seules qualités et son prix. Il faudra un coup de pouce du gouvernement, ce qui est de bonne guerre. Malgré ses 17% d'intégration annoncés qui ne la rende théoriquement pas éligible à un tel avantage, la Renault Symbol "made in Algeria" devrait accélérer le retour du crédit à la consommation et en être la principale bénéficiaire. Aucune décision officielle n'a été annoncée, mais les spécialistes s'accordent à dire que le succès du modèle devrait largement dépendre du retour du crédit à la consommation, particulièrement quand l'usine d'Oran atteindra son rythme de croisière, avec le risque de saturer le marché sur cette gamme de produit. Mais sur le long terme, il sera difficile d'assurer le succès d'un véhicule sur la seule aide de l'Etat. Il faudra que la Renault fabriquée en Algérie invente ses propres atouts, pour se développer de manière autonome, sans l'aide publique. Ce sera sa seule garantie de succès. H. H.