Après la célébration de la fête de fin d'année, les Algériens sont plongés, depuis hier, dans une autre fête, celle du Mawlid Ennabaoui qui va se prolonger, dans le Gourara, jusqu'à la mi-janvier en cours. Un seul événement et une seule date que chaque région du pays célèbre en y apportant sa touche, signe de notre richesse culturelle. Chaque année, à l'instar de la majorité des pays musulmans, les Algériens célèbrent l'anniversaire de la naissance du Prophète Mohammed (QSSSL) qui coïncide avec le 12e jour du mois Rabie 1er du calendrier hégirien. Pour des villes comme Alger, Constantine, Annaba, pour ne citer que ces dernières, l'événement est célébré la veille, soit, hier, vendredi, qui correspond au 11e jour du mois. Pour d'autres villes et villages, comme c'est le cas dans le Nord constantinois, c'est le jour "j", soit aujourd'hui samedi 12e jour du mois, que les cités sont illuminées et que les tables et autres meïdas sont dressées. Ainsi, depuis hier, les Algériens vivent au rythme d'une célébration à la fois religieuse et proprement festive. Pour le côté religieux, ce sont surtout les zaouïas qui organisent des hadrat, ces soirées de récitation du Coran, de lecture de poèmes soufis, de chant de madih et de danses. Au niveau des mosquées, ce sont des concours de récitation du Coran qui sont organisés. Pour le côté festif, tout s'organise autour du dîner servi hier ou ce soir, selon les régions. Mais, avant cela, la veille, c'est la séance du henné pour tous qui mobilise la majorité des Algériens, tous sexes et âges confondus, sauf si la famille a eu un deuil durant les derniers mois. Pour revenir au repas du Mawlid, si dans certaines localités le repas festif est à base de couscous, dans d'autres régions, il est à base de chekhchoukha, de trida, appelée aussi mkartfa ou de gritlia avec le poulet, viande de prédilection à l'occasion de cette fête. Une fois le repas terminé, la fête se prolonge par des veillées intra-muros pour les femmes et dehors pour les hommes et les jeunes garçons et filles. À l'intérieur des maisons, lampes éteintes, les veillées se déroulent à la lueur des chandelles qui illuminent, aussi les seuils des maisons, les terrasses et les balcons. Dans un décor féerique, autour de la boukala, les femmes libèrent leurs talents de poétesses et de troubadours pour se construire un univers aussi doux que le thé et les mets servis ce soir-là. Au même moment, dehors, hommes, garçons et jeunes filles s'approprient les cités et la rue. Ces derniers temps, les jeux pyrotechniques sont en train de remplacer les célèbres processions illuminées dans les rues. Chaque quartier organise, dans une sorte de compétition, son propre défilé, telle une retraite aux flambeaux, illuminant les cités avec des torches et des feux d'artifice. Sur le seuil des maisons ou dans les cages des escaliers, les jeunes filles organisent leurs propres fêtes avec des chants et des danses puisés du répertoire arabo-andalou. À l'exception de la célèbre "Talaa el-badrou alayna", les autres chansonnettes telles que "Zada Annabi", "Salaou ala mohamadine", "Ya Kaaba ya bit Rabi",... sont tirées d'un répertoire purement algérien. À Timimoun, Sabaa iyem et sabaa liali ou sept jours et sept nuits En Algérie, le Mawlid Ennabaoui est la fête qui dure le plus de temps à travers le S'bou de Timimoun. À partir du 18e jour de Rabie 1er, soit une semaine après la célébration du Mawlid, les ksour du Gourara célèbrent, durant 7 jours et 7 nuits, l'événement. Une manifestation ancrée dans un terroir où la zaouïa est le centre religieux, économique et social par excellence. Selon les récits des anciens, il y a 5 siècles de cela, le saint patron des Gourara, Sidi El-Hadj Belkacerm, a fait un rêve durant lequel on lui a demandé de célébrer le Mawlid selon ce rituel. Depuis, chaque année, le Mawlid est fêté ainsi dans les 6 ksour du Gourara pour fédérer, la 7e nuit, à la zaouïa de Sidi-El-Hadj à Timimoun et clôturer en apothéose l'événement. Une ultime nuit marquée par la lecture et la récitation du Coran, les offrandes aux convives et aux passants, et les danses au rythme des ahalil un mélange de chants et de prières. Le S'bou de Timimoun est, avec le temps, devenu une célébration proprement algérienne du Mawlid. Des étrangers non musulmans font le déplacement juste pour y assister et nombreux sont ceux qui se sont convertis à l'islam dans le mausolée de Sidi El-Hadj Belkacem. Mais le S'bou n'est pas la seule originalité algérienne, il y a aussi la Omra du Mawlid. Depuis plus d'une décennie, beaucoup d'Algériens préfèrent accomplir ce rituel de petit pèlerinage non reconnu par le dogme wahhabite. En effet, en Arabie saoudite, la célébration du Mawlid n'est pas reconnue comme telle, pour ne pas dire qu'elle est jugée "monkir", soit une pratique inacceptable. Après avoir fait dans la résistance, les Saoudiens ont fini par faire cette concession aux Algériens et à un degré moindre aux autres Maghrébins. Le souci de rentabiliser leurs nouvelles infrastructures hôtelières a plaidé pour cette omra made in Algeria ! M. K.