La commune de Laghouat a tout faux en croyant que les monuments pouvaient, par leur symbolique, aider à combattre l'oubli vis-à-vis des sacrifices consentis par les martyrs tombés au champ d'honneur pour que vive l'Algérie libre et indépendante. Comme pour marquer les esprits et singulièrement ceux du visiteur, car il s'agit, en fait, d'un lieu "d'histoire et de mémoire", une statue a été érigée par l'APC à la place de la Résistance (El-Mouqawama) au centre-ville. Toutefois, cet édifice qualifié d'irrévérencieux par les uns et "statue de la honte" par les autres n'a apparemment pas provoqué l'impact escompté. En effet, la nouvelle d'un "crime" commis à l'endroit des sacrifices de la ville s'est répandue comme une traînée de poudre, vite relayée par les réseaux sociaux pour tirer à boulets rouges sur les concepteurs d'une telle horreur à l'orée de la commémoration du 61e anniversaire du 1er novembre 1954. Selon des citoyens, la mémoire des martyrs a été souillée et le mot n'est pas assez fort. Et pour cause, ce monument qui ne véhicule que servilité et honte n'a suscité que morgue et dédain chez les citoyens. Pis encore. L'édifice décrié a suscité plus d'indignation que de fierté chez les citoyens de cette région, qui a payé un lourd tribut pour la libération du pays du joug colonial. En effet, surprise générale, une fois la statue dévoilée, le public a surtout été choqué par la posture humiliante de cette œuvre qui montre un moudjahid dissimulé derrière le mur, le canon de son fusil pointé vers le mémorial sur lequel sont gravés les noms des martyrs de la région. Dépité, un fils de chahid nous a indiqué qu'elle "ne reflète ni la mémoire de nos martyrs, ni l'honneur des moudjahidine encore en vie, encore moins les sacrifices consentis par les habitants de Laghouat", avant d'enchaîner : "À travers ce forfait assumé, tout porte à croire que l'APC excelle spécialement dans la politique du fait accompli". "Sinon comment expliquer le fait que les décideurs n'aient pas pensé à impliquer préalablement dans l'ébauche de la conception de cet édifice les historiens, les élites, la société civile, les notabilités et les organisations des fils de chahid et de moudjahidine ?", s'est interrogé un sexagénaire offusqué par la posture avilissante du djoundi, ajoutant, à l'endroit des responsables de ce crime, que "ce monument est une honte et une insulte à nos chouhada et nos moudjahidine. Les héros sont restés debout face au colonisateur. Ils n'ont jamais plié l'échine devant qui que ce soit. Ceux qui ont commis un tel monument n'ont pas mon respect, en plus qu'ils font très mal à l'histoire d'une ville qui a trop souffert et qui continue de souffrir". Joint par téléphone, le P/APC a été imprécis et évasif quant au mode de passation de ce marché. Ce qui a fait dire à plusieurs citoyens que seule une commission d'enquête révélera si ce marché a été passé conformément au code des marchés publics. Car une œuvre de cette envergure devrait faire l'objet d'un cahier des charges préalablement établi avec des dispositions et des critères précis répondant à l'esprit de la guerre de libération nationale, à l'honneur et à la dignité d'une ville qui ont été bafoués. B.A