Les conflits ont accéléré l'inflation, dégradé la situation budgétaire et financière, entraîné de graves récessions et affaibli les institutions. Le coût économique des conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord est considérable, relève une étude du Fonds monétaire international (FMI), publiée vendredi. "Cette région compte plus de 20 millions de personnes déplacées auxquelles s'ajoutent 10 millions de réfugiés — un désastre sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale... Une bonne partie du capital productif dans les zones de conflit a été détruite, les pertes de richesses personnelles et de revenus sont énormes, et le capital humain se détériore du fait du manque d'emploi et d'éducation", souligne la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, dans un blog. "Outre la perte tragique de vies humaines et les destructions matérielles, la guerre et les luttes intestines dans des pays comme l'Irak, la Libye, la Syrie et le Yémen ont encore augmenté le niveau, déjà élevé, de la pauvreté et du chômage, elles les ont aussi rendus encore plus fragiles, effaçant pour une génération entière les progrès antérieurs du développement", indique Christine Lagarde. En Syrie, par exemple, le taux de décrochage scolaire a atteint 52% en 2013 et l'espérance de vie est passée de 76 à 56 ans. Les conflits ont aussi accéléré l'inflation, dégradé la situation budgétaire et financière, entraîné de graves récessions et affaibli les institutions. Après quatre années de combats acharnés, le produit intérieur brut (PIB) syrien est estimé à moins de la moitié du niveau de 2010, avant le conflit, tandis que l'inflation a bondi à près de 300% en mai 2015. "Nous estimons que, même avec un taux de croissance annuel relativement élevé (4,5%), il faudrait plus de 20 ans à la Syrie pour retrouver seulement son PIB de 2010", affirme la directrice générale du FMI. Au Yémen, pendant la seule année 2015, le PIB aurait baissé de 25 à 35%. Les pays de la zone Mena, qui ont connu des conflits sur leur territoire, ont perdu en moyenne 6 à 15 points de pourcentage de leur PIB, en comparaison avec une moyenne mondiale qui s'établit entre 4 et 9 points de pourcentage, relève l'étude sur "l'impact économique des conflits et la crise des réfugiés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord". Les conflits ont endommagé les infrastructures physiques et nui à la production et au commerce. Les dégâts touchant les infrastructures physiques sont estimés à 137,8 milliards de dollars en Syrie et à plus de 20 milliards au Yémen. De nombreux réfugiés étant des travailleurs qualifiés, les pays en conflit souffrent d'une importante fuite des cerveaux. Les conflits débordent les frontières nationales. Ils ont de sérieuses répercussions sur les pays voisins qui accueillent les réfugiés tels que la Jordanie, le Liban, la Turquie et au-delà, citant l'Algérie. "Ces pays sont confrontés à des degrés divers à la difficulté d'accueillir l'afflux de réfugiés, mais aussi à l'affaiblissement de la confiance, de la sécurité et de la cohésion sociale. Tout cela pèse sur la qualité des institutions et leur aptitude à entreprendre des réformes économiques indispensables", explique Christine Lagarde. Depuis 2010, les réfugiés de Syrie et d'Irak ont augmenté les populations du Liban d'un quart et de la Jordanie d'un dixième, exerçant une pression importante sur les budgets, les infrastructures publiques et les marchés du travail et du logement, constate le rapport. Un flux de plus de 1,7 million de réfugiés a atteint l'Europe depuis juillet 2014, alors que 3 millions de réfugiés exercent une pression économique sur la Turquie. M. R.