L'ancien ministre des Finances a souligné, hier, l'urgence de mettre en place un nouveau modèle d'allocation de ressource qui suppose "un nouveau contrat social". "Nous avons fait peu de croissance avec beaucoup de ressources, il va falloir passer à une autre situation, pour faire plus de croissance avec moins de ressources", a estimé, hier, le professeur et ancien ministre des Finances Abdellatif Benachenhou, lors d'une conférence-débat organisé par la division firmes et économie industrielle, du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread). Pour le Pr Benachenhou, il faut transformer en profondeur la logique actuelle de la mobilisation, de la distribution et de l'usage de la ressource. "Dans le passé, qui perdure jusqu'à maintenant", rappelle l'ancien ministre des Finances, l'Etat est au centre de la mobilisation, d'allocation et d'usage de la ressource. "Parce que l'Etat mobilise la ressource, notamment liée aux hydrocarbures, il n'a organisé ni pour lui-même ni pour les autres agents économiques les contraintes budgétaires", a-t-il soutenu. "Organiser la contrainte budgétaire sur les entreprises ne veut pas dire les étouffer. Cela veut dire, établir les règles du jeu qui font qu'une entreprise qui n'utilise pas efficacement la ressource doit sortir du marché", a précisé le Pr Benachenhou. L'Etat n'a pas également organisé de contrainte budgétaire sur les ménages. "Il y a des aspects globaux qui ont fait que la société algérienne s'est installée, du fait de cette mobilisation et affectation des ressources, dans un confort matériel sans rapport avec la productivité", estime l'ancien ministre des Finances. Sur le plan sectoriel, le Pr Benachenhou a évoqué le secteur des hydrocarbures et le rôle confié à Sonatrach de valoriser le patrimoine du pays. "Cela n'a pas totalement marché", a-t-il constaté. "Les lois de 1985, puis de 1991 avaient pour objectif de dire que Sonatrach ne peut pas tout faire seule", a souligné l'ancien ministre des Finances, indiquant 87% des découvertes de gisements entre 1991 et la fin du siècle dernier ont été faites par les sociétés étrangères. "Parce que la gouvernance de Sonatrach n'est pas la bonne", a-t-il soutenu, évoquant la chute "colossale" de l'attractivité du secteur des hydrocarbures algérien. "Les sociétés étrangères ne veulent pas venir", regrette le Pr Benachenhou. "Il faut traiter cette question", insiste-t-il, affirmant que l'Algérie n'a pas de production à valoriser sur le marché mondial. Dans le secteur de l'habitat, l'ancien ministre estime qu'on installe une politique de logement qui est essentiellement une politique budgétaire. Ce secteur, qui est une source de croissance formidable, ne mobilise pas suffisamment pour la croissance. Parce qu'il est trop dépendant du budget et pas assez des autres sources de financement. Concernant l'agriculture, M. Benachenhou indique que le secteur a fait de "la croissance avec une aide publique substantielle avec des gaspillages aussi substantiels". Mais les problèmes structurels restent les mêmes : crise de la céréaliculture, jachère extraordinaire... Le Pr Benachenhou indique, par ailleurs, que la valeur ajoutée de l'agriculture est captée par les intermédiaires et non les producteurs. "Les aspects sectoriels, conséquences du mode d'allocation de la ressource, laissent à désirer", conclut le professeur, qui évoque aussi "des inégalités territoriales fortes et croissantes". Pour M. Benachenhou, "ces inégalités territoriales sont graves parce qu'elles sont de nature à déstabiliser la nation". Entre 40 et 45% des subventions publiques profitent à quatre wilayas du Centre qui font 12% de la population globale : Alger, Tizi Ouzou, Blida et Tipasa. Sur un autre point, l'ancien ministre des Finances soutient que les politiques publiques ont contribué à créer des problèmes de liquidités bancaires. Que faire, face à cette situation ? "Il faut passer du budget au marché", a suggéré M. Benachenhou, avertissant que le contexte international sera de plus en plus difficile. L'ancien ministre des Finances insiste sur la nécessité d'un ajustement budgétaire. "Il faut compter sur la productivité plus que sur l'investissement", a-t-il ajouté. Il y a lieu d'abord de clarifier le statut du secteur des hydrocarbures, de se poser la question de la chute de son attractivité et comment y remédier. Mais pour faire de la productivité, il faut construire les marchés, en instaurant de la concurrence. Meziane Rabhi