De l'administration publique à la santé, en passant par l'éducation nationale, la formation professionnelle, l'enseignement supérieur..., la protesta s'amplifie de jour en jour. À quelques encablures des élections législatives, un rendez-vous politique qui a rameuté la quasi majorité des formations politiques, le front social connaît un bouillonnement qui cache mal un malaise sociétal latent. Il ne se passe pas un jour sans qu'un foyer de tension ne se manifeste avec parfois son lot de répression et de violence qui s'exprime au grand jour. En sus des conflits sociaux propres à certains secteurs économiques ou administratifs, l'atmosphère sociale se trouve plombée par une détérioration considérable du pouvoir d'achat que charrie la politique gouvernementale d'austérité et de limitation, tous azimuts, des importations. La marche nationale organisée récemment par les syndicats autonomes à Tizi Ouzou, pour exiger la suppression de la nouvelle loi sur la retraite (loi 15-16 du 31 décembre 2016) qualifiée d'"anticonstitutionnelle" et la participation des syndicats autonomes dans l'élaboration du nouveau projet du Code du travail, semble avoir consacré l'émancipation d'un front social qui semble, de plus en plus, échapper à une Centrale syndicale prise de court par les événements. L'imposant dispositif policier mis en place pour contrecarrer la manifestation n'avait finalement pas été d'un grand apport pour les services de sécurité qui avaient assisté, presque impuissants, au déferlement de milliers de syndicalistes en provenance des quatre coins du pays. La nature des syndicats protestataires présents ce jour-là et les différents secteurs qu'ils représentent démontre que le bouillonnement évoqué plus haut touche des segments entiers de la société. De l'administration publique à la santé, en passant par l'éducation nationale, la formation professionnelle, l'enseignement supérieur... La protestation a, faut-il le préciser, touché de manière très particulière, ces dernières semaines, l'université algérienne où les foyers de tension se sont multipliés à travers les différentes facultés du pays avec, parfois, des procédés de revendication qui tranchent avec les modes traditionnels de lutte parmi la communauté universitaire, à l'image des grèves de la faim déclenchées dans plusieurs établissements. Les étudiants en médecine dentaire, en pharmacie, ceux de l'Ecole des beaux-arts d'Alger ont, en effet, été contraints de recourir à ce mode radical de protestation pour se faire entendre des autorités. L'indifférence des autorités aidant, la violence a même fait son retour dans les enceintes universitaires, à l'instar de ce qui s'est passé à l'université Alger III, lorsque l'administration a recouru à des méthodes peu amènes pour réprimer la protesta des enseignants. Des étudiants remontés contre leurs enseignants ont tout simplement agressé physiquement ces derniers qui ne pensaient pas que de telles scènes pouvaient avoir lieu dans un établissement universitaire. Pour sa part, le Syndicat national autonome des travailleurs de l'électricité et du gaz (Snateg) a renoué avec la protestation, appelant ses syndiqués à se joindre à une marche nationale les 21, 22 et 23 mars à Tizi Ouzou, avec pour mot d'ordre général : "Restaurer la dignité des employés du secteur." La corporation des vétérinaires a été, elle aussi, contaminée par cette montée de la pression sociale, puisque le Syndicat national a entamé, hier, à travers le pays, un mouvement de grève, tout en menaçant d'aller vers des actions plus radicales dans le cas où ses revendications ne sont pas prises en charge. Le syndicat réclame notamment l'ouverture "en urgence" d'une enquête sur les dépassements enregistrés au niveau des directions des services dans les 48 wilayas et les pressions qui s'exerceraient sur ses éléments de la part de l'administration locale. Il est, par ailleurs, fort probable que la contestation se fasse plus accrue à la veille des élections législatives, prévues le 4 mai prochain, puisque les syndicats autonomes prévoient l'organisation d'actions de protestation à l'occasion de la célébration de la Journée internationale du travail, le 1er Mai. "L'objectif de cette action est de mener le gouvernement à revoir la loi sur la retraite, la modification du Code du travail et l'amélioration du pouvoir d'achat", a expliqué, à ce propos, un syndicaliste qui appelle les syndicats autonomes à unir leurs forces pour contraindre les autorités à les écouter. Hamid Saïdani