Dans le dernier message adressé à son homologue, le président français a assuré que cette visite était toujours inscrite dans son agenda, mais qu'il appartient à la Présidence algérienne de "choisir le moment opportun". Lorsqu'en juin dernier, il s'apprêtait à s'envoler pour le Maroc, pour un voyage privé, mais fort symbolique, le président français Emmanuel Macron, qui venait d'être fraîchement élu, n'a pas manqué d'appeler le Président algérien pour lui annoncer la nouvelle : "Il se rendrait en Algérie dans les prochaines semaines." Le geste est diplomatique. Macron, "ami de l'Algérie", que Bouteflika avait qualifié, dans un message très élogieux peu après son élection, d'"acteur convaincu et convaincant d'une authentique réconciliation" entre les deux pays, ne veut pas que son déplacement au royaume soit interprété par Alger comme un "crime de lèse-majesté". D'ailleurs, histoire de rassurer les Algériens, il dépêche, durant la même période, son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, pour non seulement discuter des sujets "brûlants", comme les dossiers libyen et malien, mais également "préparer la visite de Macron" en Algérie. Reste que cette visite, annoncée en grande pompe, risque de ne pas avoir lieu de sitôt pour les raisons que tout le monde connaît : l'indisponibilité du président de la République dont les apparitions sont devenues très rares ces derniers temps. Dans le dernier message adressé au Président algérien, rendu public via l'agence officielle mercredi en début de soirée, Emmanuel Macron a suggéré que cette visite est toujours inscrite dans son agenda, mais qu'il appartient à la Présidence algérienne de "choisir le moment opportun". "Beaucoup de travail a déjà été effectué, et les prochains mois seront marqués par une série de rendez-vous majeurs qui permettront de préparer le projet de grande visite officielle que je serais très heureux et honoré d'effectuer en Algérie, au moment qui vous conviendra." En d'autres termes, Emmanuel Macron jette la balle dans le camp algérien. Il est vrai que le président Bouteflika, dans son message adressé à Macron à l'occasion de la fête du 14 Juillet, avait indiqué, lui aussi, qu'"il attendait avec plaisir de l'accueillir à Alger". Mais la faisabilité d'une telle visite, qui nécessite une grande préparation, paraît peu probable dans l'immédiat. Il faut rappeler dans ce contexte qu'hormis la visite du président congolais, Denis Sassou N'Guesso, en mars dernier, le président Bouteflika n'a pas reçu de chef d'Etat depuis le début de l'année en cours. Initialement prévue en février dernier, une visite que devait effectuer la chancelière allemande Angela Merkel avait été annulée à la dernière minute en raison d'"une indisponibilité temporaire du président pour cause de bronchite aiguë", selon la version officielle. Une autre visite, celle du président iranien, Hassan Rohani, avait été également annulée en mars dernier, à la "demande des autorités iraniennes". En attendant donc que les Algériens conviennent d'une date, Emmanuel Macron soutient qu'il souhaite dynamiser encore davantage la refondation des relations engagées par les présidents Bouteflika et François Hollande et donner aux relations bilatérales "une dimension supplémentaire". "Ce travail a commencé dès le lendemain de mon élection. Il consiste à assumer notre mémoire commune dans sa vérité et son intégrité. Vous connaissez mes convictions et ma détermination à assumer cet héritage partagé dans un esprit de lucidité et d'apaisement", a souligné Emmanuel Macron, allusion à ses propos sur le colonialisme. "Il nous faut faire de ce regard sur notre passé le point d'appui d'un nouvel élan vers l'avenir pour notre partenariat bilatéral. Plus que jamais, celui-ci doit se construire sur des projets concrets, structurants et mutuellement bénéfiques, il doit aussi se construire sur la scène internationale alors que nos deux pays sont en première ligne face à la menace terroriste et à l'instabilité régionale, notamment au Sahel et en Libye", a-t-il ajouté. Le président français n'a pas manqué de saluer l'engagement du Président Bouteflika en faveur du renouveau des relations entre Alger et Paris. "Je salue votre vision et votre engagement décisif dans le développement du partenariat d'exception qui unit la France et l'Algérie. Votre impulsion dans la refondation engagée en 2012 avec mon prédécesseur a permis des avancées spectaculaires dans tous les domaines. Jamais dans l'histoire, les liens entre nos deux pays n'ont atteint un tel niveau d'excellence et de densité", a écrit Emmanuel Macron. Karim Kebir