D'une durée de 40 minutes, ce documentaire réalisé par Saïd Oulmi revient sur le rôle du CICR durant la guerre d'indépendance, au profit de la population, des réfugiés et des détenus dans des centres militaires d'internement, des centres de triage et de transit, ou encore dans les hôpitaux. À l'occasion du 40e anniversaire des protocoles additionnels aux Conventions de Genève et du 57e anniversaire de l'adhésion de l'Algérie aux Conventions de Genève, le film documentaire L'humanitaire au cœur de la guerre de libération d'Algérie, du réalisateur Saïd Oulmi, a été projeté en avant-première, mardi, à la salle Ibn-Khaldoun, en présence de la chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en Algérie (CICR) Catherine Legendre, de l'historien et membre du comité François Bugnion, et quelques témoins de ce pan de notre histoire, à l'image de Lila Mekki, épouse d'un enseignant algérien détenu dans les geôles de l'occupant. D'une durée de 40 minutes, le documentaire retrace le rôle du comité dans l'assistance, la protection et la libération de la population et détenus algériens. De 1955 à 1962, l'organisation effectue dix missions durant lesquelles elle se rend dans 190 lieux d'internement en Algérie et 16 en France. Des visites qui étaient parachevées, par ailleurs, d'une synthèse remise au gouvernement français, et faisant état des conditions de vie dans ces lieux. Entre libération de certains détenus, à l'image de médecins et de pharmaciens emprisonnés "pour avoir soigné des hors-la-loi, pour avoir soigné des rebelles du FLN ou pour avoir fourni des médicaments au FLN", et aide à la population en matière de soins, d'hygiène ou de nourriture. En tout, ce sont pas moins de 586 lieux qui ont été visités par les délégués de l'institution, relève le documentaire sur la base d'archives du CIRC à Genève. Des visites régies par ailleurs par "des règles strictes et les valeurs que porte cette mission humanitaire". Pierre Gaillard, délégué du comité en cette période, disparu peu après la réalisation de l'œuvre, était "la cheville ouvrière de la délégation", comme l'a souligné le membre du CICR François Bugnion. Sa mission était en effet d'inspecter et de rédiger des rapports sur les conditions de vie dans ces camps de détention. Mais son rôle le plus décisif était la négociation de la libération de prisonniers sur le sol algérien et en France. Il dira à ce propos dans son témoignage : "Quand on découvre un peuple dans la douleur, on voit mieux ses problèmes et on les ressent mieux." Le 9 janvier 1957, le FLN crée le Croissant-Rouge algérien pour faire face à l'ampleur de la situation humanitaire de la population. Saïda Benhabylès, présidente actuelle du CRA, dira : "La direction du parti a jugé nécessaire de créer un espace pour faire connaître l'ampleur de ce drame." Et de poursuivre : "D'emblée, ses premières missions étaient de lancer un appel à l'échelle internationale pour demander une aide matérielle et un soutien moral, tout en essayant d'apporter son aide aux blessés et réfugiés." Yasmine Azzouz