Synonyme de piété, de recueillement, de solidarité et de partage, le Ramadhan est aussi un mois porteur de bénédictions pour ceux qui font des œuvres de générosité, car il est le mois de la générosité par excellence. Durant le mois de jeûne, des personnes dans le besoin, des sans-domicile fixe (SDF), ou bien des voyageurs de passage sont confrontés au souci de trouver un endroit où rompre le jeûne. En effet, cette catégorie de jeûneurs prend le chemin des restaurants Rahma où les plats sont préparés bénévolement, dans une ambiance bon enfant et conviviale. Ces endroits affichent complet deux heures avant l'adhan d'el-maghreb. Depuis quelques années, les associations ont repris le flambeau et ont commencé à organiser des "f'tours" gratuits. Il suffit de faire un tour dans les villes de Bordj Bou-Arréridj, Ras El-Oued, El-Achir, Aïn Taghrout, Bordj Ghedir, El-Hammadia, Mansoura, El-M'hir, Ouled Sidi Brahim... pour voir de grandes tentes dressées, arborant des banderoles invitant les personnes à venir rompre le jeûne gratuitement. Des repas du f'tour à emporter seront également distribués aux familles nécessiteuses par des restaurants, appartenant à des donateurs privés, qui ne peuvent accueillir qu'un nombre limité de personnes. Pour ce Ramadhan, les services de la wilaya n'ont donné l'autorisation d'ouvrir un resto Rahma qu'à 18 associations. Selon Abdelkader Dehimi, directeur de l'Action sociale de la wilaya, plus de 7 000 repas sont servis chaque soir. Récemment, un autre phénomène a vu le jour. Alors que certains cafés et restaurants proposent des formules de f'tour à des prix abordables, d'autres ont décidé de servir gratuitement les passants, démunis, salariés et ouvriers qui n'ont pas la possibilité de rentrer chez eux à temps. C'est le cas de hadj Tayeb, gérant d'un restaurant pas loin de la gare routière. Chaque année, il organise ce qu'on appelle Maïdat El-Rahmane où il offre gratuitement un repas complet à tous ceux qui s'arrêtent devant son restaurant pendant la rupture du jeûne. "Il y a plusieurs personnes qui se retrouvent pendant la rupture du jeûne loin de leurs maisons et de leurs familles. Bien plus que ce que l'on imagine", indique hadj Tayeb. "Cela fait dix ans que je travaille pour cette usine où j'assure la sécurité pendant la nuit. Pendant le Ramadhan, je ne dois pas quitter mon poste, donc rompre le jeûne a toujours été un souci parce que je n'ai pas les moyens de m'offrir un repas complet. Cependant, depuis que ce restaurant a pris l'initiative d'offrir des repas gratuits, Ramadhan a bien changé pour moi", dira Allaoua, un agent de sécurité dans une usine située près du resto. L'un de ces restaurants, situé à El-Achir, accueille chaque soir une centaine de jeûneurs. "C'est un carrefour important, plusieurs passagers et ouvriers se retrouvent obligés de rompre le jeûne sur la route. En tout, une centaine de personnes prend le f'tour chez nous. Il y a ceux qui s'installent au café et ceux qui emportent le repas offert par la maison", affirme Imad, serveur. Et d'ajouter : "Le nombre est en baisse cette année, parce que la prière d'el-maghreb n'est qu'à 19h49, ce qui laisse largement le temps aux gens de rentrer chez eux. Il ne reste que ceux qui sont liés par une activité professionnelle ou les voyageurs qui sont obligés de rester sur place ou ceux qui habitent loin." "C'est un peu difficile de rompre le jeûne loin de sa famille. Heureusement que le restaurant offre le repas gratuitement, cela aurait été difficile pour moi de dépenser l'équivalent de 1 000 DA/soir pour rompre le jeûne", confie Moussa, un chauffeur de bus de transport de voyageurs. Parmi les personnes attablées ce jour-là, un couple et leurs trois enfants. "Nous étions en voyage et nous n'avions plus le temps de préparer le f'tour. Alors on s'est arrêté ici pour rompre le jeûne. Le gérant a refusé qu'on le paye. Il a affirmé que le f'tour est servi gratuitement", dit Samir, originaire de Constantine. Autre lieu, même ambiance. Des pères de famille qui invitent des étrangers, des voyageurs et des SDF à partager avec eux le repas du f'tour. Hadj Mokrane, un habitant du quartier Essaâda, près de la mosquée Aboubakr-Essediq, quitte en dernier la salle de prière afin d'inviter au f'tour ceux qui n'ont pas où aller manger. "Chaque soir, il rentre avec deux ou trois personnes à la maison", dira son fils. Et il n'est pas le seul dans ce cas. Chabane BOUARISSA