Le président du MSP va de chapelle en chapelle politique prêcher son idée de consensus autour d'une transition politique parrainée par l'armée. Liberté : Vous avez entrepris des rencontres avec les partis politiques. Que leur proposez-vous ? Qu'est-ce qui guide votre démarche ? Abderrezak Makri : C'est parce que le pays vit une crise profonde sur au moins quatre plans. D'abord sur le plan économique. Aujourd'hui, tout le monde, y compris le pouvoir en place et les partis au pouvoir reconnaissent l'existence d'une crise économique qui va durer dans le temps et qui risque de se transformer en une crise sociale. Les éléments sur lesquels nous nous basons pour diagnostiquer cette crise, nous sont, d'ailleurs, donnés par les services du gouvernement. Ce dernier nous rappelle constamment que les balances financière et commerciale sont en déséquilibre, qu'il y a récession économique, qu'il y a recul des réserves de change, etc. Au plan politique, beaucoup d'institutions vivent aussi une crise. Aujourd'hui, le pays est clairement dans une impasse. La scène politique est dans le flou total. D'ailleurs, la crise politique est la cause essentielle de la crise économique, laquelle est la conséquence directe de la mauvaise gouvernance. Troisièmement, il y a crise sociale. Les Algériens avaient l'habitude de vivre des aides de l'Etat. Mais c'est de moins en moins le cas. Enfin, il y a les éléments externes qui pèsent sur le pays, notamment le péril de la crise sécuritaire régionale et mondiale. La stabilité et l'unité du pays sont plus que jamais en danger. Donc, les éléments de crise sont divers, et nous ne pouvons, par conséquent, rester les bras croisés. D'où notre initiative d'engager le dialogue avec l'ensemble des acteurs politiques pour trouver un consensus et tenter ensemble de sortir le pays de la crise. Nous appelons à une transition économique et politique. Ce qui est nouveau dans cette initiative, c'est que nous respectons les échéances constitutionnelles, afin que tout le monde accepte cette initiative-là. Voulez-vous dire par là l'échéance de l'élection présidentielle de 2019 ? Oui, il s'agit bien de cette élection. Ainsi, nous n'appelons pas à sortir du cadre constitutionnel, ni à faire tomber des têtes dans le gouvernement ou ailleurs. Notre objectif est d'aller vers une transition démocratique d'une période de cinq ans pour préserver l'Algérie et lui éviter l'approfondissement de la crise. Il n'y a pas une force politique qui pourra gouverner le pays seule après 2019. La situation sera encore difficile et n'importe quel gouvernement qui sera au pouvoir ne pourra faire face aux turbulences de la société. La relance économique nécessite des décisions douloureuses pour les citoyens. D'où, il nous faut aller tous ensemble et dire la vérité au peuple que nous sommes face à une crise économique mais que des solutions existent. Lui donner l'assurance qu'avec une bonne gouvernance nous pourrons surmonter la crise. Le consensus implique des réformes politiques et des concessions de la part de l'ensemble des partis politiques. Pendant ce mandat de transition, nous mettrons en place les mécanismes adéquats tels qu'une instance indépendante de l'organisation des élections.
Par transition démocratique, entendez-vous le départ de Bouteflika ? Ce n'est pas cela le sujet du débat. Le sujet c'est d'abord le consensus. Il faut dans un premier temps se mettre d'accord sur les principes. Nous ne pouvons pas aller dans des détails qui peuvent miner cette initiative. Nous devrons d'abord trouver un accord de principe entre les différents acteurs politiques sur le principe du consensus. Ce n'est qu'une fois cet accord trouvé que nous penserons ensuite à parler des noms, du cinquième mandat. Est-ce possible ou pas ? Vous ne serez donc pas contre le cinquième mandat ? Encore une fois, ce n'est pas le sujet de notre initiative. Pour le moment, nous parlons du consensus national. Le SG du FLN, Djamel Ould Abbes, que vous recevrez demain (aujourd'hui, ndlr), appelle à la candidature de Bouteflika en 2019. Cette position n'évacue-t-elle pas toute perspective d'entente politique entre vous ? Oui, nous allons le rencontrer. Concernant son appel au cinquième mandat, cela reste son point de vue. Lui, en tant que SG du FLN, est dans son plein droit de défendre l'option du cinquième mandat d'autant plus que Bouteflika est le président du FLN. C'est, donc, tout à fait logique. Mais cela est-il plausible ou pas ? Faisable ou pas ? Les concernés par le consensus seront-ils d'accord ou non ? Pour l'instant, nous n'en savons rien. Ce sera une question qui sera débattue au moment opportun. Nous, le MSP, étions clairement contre le quatrième mandat, et tout le monde le sait. Mais, à présent, nous nous inscrivons strictement, carrément et globalement dans une démarche de trouver un consensus national. Ainsi, notre souci, c'est d'abord de nous mettre d'accord sur les principes. Si Ould Abbes pose le cinquième mandat comme préalable au consensus que vous souhaitez réaliser, comment allez-vous réagir ? Encore une fois, ce sera son point de vue à lui. Pour nous, le FLN est un parti parmi tant d'autres. Il reste bien sûr un parti important parmi les partis du pouvoir. Pour l'instant, nous avons l'intention de le rencontrer pour débattre de l'ensemble des questions qui concernent le pays. À l'issue de notre rencontre, nous en saurons davantage. Peut-être arriverons-nous à le convaincre. Votre appel à l'armée à s'impliquer dans le processus de transition a suscité beaucoup de réactions négatives... Nous avons appelé l'armée en tant qu'institution à participer en tant que garant comme cela est le cas d'ailleurs dans plusieurs autres pays. Bien sûr, chacun avec sa spécifié. Les militaires, eux-mêmes, disent qu'ils ne veulent pas s'immiscer dans la politique, et nous, nous ne voulons évidemment pas qu'ils le fassent. Mais de manière effective, parce qu'ils sont déjà dans la politique. Ce sont bien les militaires qui sont les premiers responsables de la carte politique en Algérie depuis des années. Et nous, le MSP, sommes le parti le plus lésé de l'intervention des institutions de l'Etat dans la vie politique, entre autres l'institution militaire. Donc, nous voulons que cela cesse, mais dans le calme et dans la cadre d'un dialogue serein. Il faut le faire dans l'intérêt de l'Algérie.