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“Il n'y a pas qu'un seul Irak”
Mohammed Hennad, Professeur de sciences politiques à l'Université d'Alger :
Publié dans Liberté le 25 - 07 - 2005

Le Dr Mohamed Hennad est politologue et professeur à l'Institut des sciences politiques d'Alger. Dans cet entretien, il fait une lecture des derniers évènements qui agitent la scène internationale et revient sur l'affaire de l'enlèvement des deux diplomates algériens en Irak.
Liberté : Londres, Istanbul, Beyrouth, Charm Al-Cheikh ; on assiste à une sorte d'embrasement généralisé de la planète, à une espèce de “globalisation” du terrorisme. Comment décrypteriez-vous cette série d'attentats ?
Mohammed Hennad : Vous avez parlé à juste titre de “globalisation”. Il faut noter, en effet, que quand on dit “globalisation”, il y a globalisation de tout. Il y a globalisation du commerce, de la démocratie ou des droits de l'homme, et il y a aussi le revers de la médaille. Pour ce qui est de la lecture que l'on pourrait faire de ces évènements, il convient de souligner de prime abord que les relations internationales ont profondément changé depuis la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc communiste. Nous sommes, désormais, dans un monde unipolaire sous l'impulsion d'une seule puissance, mais cette superpuissance a façonné le monde à sa convenance. Que représentent les mouvements qui sont derrière ces attentats ? On parle de plus en plus d'Al-Qaïda. Pour moi, Al-Qaïda représente beaucoup plus une idée, un mythe, une fiction, un fourre-tout tout simplement.
Vous voulez suggérer que c'est une mythologie politique de fabrication médiatique…
Oui, cela tend vers une fiction. Je ne dirai pas que c'est une fiction, mais c'est tout comme. Il y a la médiatisation, certes, mais il y a aussi les mécontents. Parce qu'Al-Qaïda, c'est quoi finalement ? C'est le bloc des mécontents. Il y a les altermondialistes qui voient la militance ou le militantisme d'une certaine manière, et il y a ces gens-là, ces organisations-là, qui voient l'altermondialisation à leur manière.
Donc, si l'on vous suit, Al-Qaïda ne reposerait pas sur une idéologie aux contours bien précis, mais serait une réponse à une certaine “hogra” internationale…
C'est tout à fait cela ! Je ne pense pas qu'Al-Qaïda repose sur une idéologie. C'est plutôt un fourre-tout de mécontents. C'est le bloc des laissés-pour-compte, notamment ceux des pays arabes et musulmans.
Vous parliez tout à l'heure de “fiction”. Pourtant, il est aisé de constater que ces organisations ont bel et bien une existence opérationnelle. On voit Al-Zarqaoui qui agit au nom d'Al-Qaïda, ou encore le groupe d'Abou Hafs al-Misri, etc. Est-ce qu'il n'y a pas de lien organique entre ces groupes et le “cerveau” Ben Laden ?
Pour moi, elles restent des organisations écran. On ne voit rien de concret. Si on vous demande où est Al-Qaïda, vous ne pouvez pas la localiser. Même les services de renseignements ont peu de données concrètes, autrement, ils les auraient démantelées.
Si on examine qui est derrière le label Al-Qaïda, concrètement, on ne sait pas. Si on essayait de discuter avec ces gens pour nous épargner tout ce sang, on ne trouverait pas d'interlocuteur. Car il s'agit de trouver un vrai interlocuteur, celui qui prend des décisions et les fait exécuter. Et c'est le même problème qu'en Algérie où on disait les groupes armés, au pluriel.
Avec le FIS, il a été plus facile de dialoguer comme cela s'est fait en 1997 (conclusion d'une trêve avec l'AIS, ndlr). Mais sinon, on entend souvent parler de katiba X, katiba Y, et souvent, c'est la première fois qu'on entend parler. Bref, cela pose le problème de l'indentification et de la tangibilité de cette mouvance.
D'après vous, cette série d'attentats est-elle une nouvelle vague de violence à l'actif du terrorisme international ou est-ce une “simple réplique” de l'onde de choc du 11 septembre ?
Toute organisation, qu'elle soit violente ou pacifique, ne peut pas s'en tenir à une action ou deux, mais aspire à inscrire son action dans la durée. Donc, à mon sens, il n'y a pas de rupture entre le 11 septembre et cette série d'attentats. Il y a eu juste un break suite à la guerre d'Afghanistan et au démantèlement du régime des Talibans. Après, il y a eu un redéploiement de cette nébuleuse et de ses réseaux. Il y a en tout cas une continuité dans les actes. Il y a des actions mineures dont on ne parle pas beaucoup.
Régulièrement, les Ben Laden, Al-Zarqaoui et consorts évoquent la présence occidentale en Irak pour justifier ces attentats. Par ailleurs, on établit un lien sémantique entre ce type d'actions et les exactions israéliennes en Palestine. Les politiques occidentales et particulièrement américaine au Moyen-Orient, le cœur battant de la planète, susciteraient-elles des “néo-croisades” ?
Je vous renvoie à ce que dit le maire de Londres. Ken Livingston a clairement avoué que la cause de ces évènements, c'est le deux poids deux mesures des politiques occidentales. Les observateurs aux états-Unis et ailleurs font savoir que sans une solution durable et équitable au Proche-Orient, il n'y aura pas d'issue. Il se trouve que ce problème est loin d'être simple, ni sur le plan historique ni sur le plan géographique. Ajoutez qu'il y a une forte intervention des éléments religieux dans le débat avec la cohabitation de trois religions dans la région. D'où cette idée que nous assistons effectivement à des néo-croisades, à des avatars des Croisades. Les réminiscences de cette période historique reviennent forcément dans un climat comme celui-ci.
Pourquoi ce sont précisément les islamistes radicaux qui ont pris ces questions en charge ?
Parce que tous les autres régimes, théories, idéologies, appelez-les comme vous voulez, ont fait faillite. Avant, on parlait de jeter Israël à la mer. Aujourd'hui, on n'arrive même pas à libérer nos territoires comme c'est le cas pour le Golan. L'islam est considéré dans les sociétés arabo-musulmanes comme une ressource politique. L'islam a une capacité mobilisatrice extraordinaire. Les nationalismes se sont effilochés, le baâthisme a vécu, les courants démocratiques ont échoué. Sans compter que les régimes des pays arabes et musulmans sont plus préoccupés par le souci de rester au pouvoir qu'autre chose. Ce sont des régimes timorés qui n'ont pas de vision, pas de projet. Les groupes islamistes, eux, tapent sur tout ce qui bouge : ils frappent l'Occident, ils frappent sur le front intérieur les positions du régime en place. Et ce qui intrigue, aujourd'hui, les Occidentaux, ce sont les kamikazes. Avant, la stratégie d'Al-Qaïda et consorts, c'était “karr oua farr”, “frapper et fuir”. Aujourd'hui, les gens se font exploser.
Deux diplomates algériens viennent d'être enlevés à Bagdad. Les autorités algériennes rappellent que l'Algérie a toujours été au côté du peuple irakien. Quel sens donneriez-vous à cet enlèvement ?
Quand on dit que l'Algérie a toujours été au côté de l'Irak ou du peuple irakien, quel peuple et quel Irak ? Il se trouve qu'il n'y a pas un seul Irak maintenant. Est-ce l'Irak de l'ancien régime ou l'Irak du nouveau régime ? Avec quel Irak avons-nous de bonnes relations ? Vous me dites le peuple irakien. Mais les otages ne sont pas entre les mains du peuple irakien, mais aux mains d'une organisation. J'ai discuté à maintes occasions avec des Irakiens. Les Irakiens portent les Algériens dans leur cœur. Pour eux, la Révolution algérienne est un mythe, quelque chose de sacré. C'est Djamila Bouhired et tout ce que cela représente. Mais le problème, c'est qu'il ne s'agit pas de l'Irak du peuple ou de l'Irak du gouvernement, il s'agit de l'autre Irak, de l'Irak violent.
La chose se présente sous deux aspects pour l'Algérie dans cette affaire. Il y a en gros deux scénarios. Il y a le vraisemblable et le plausible. Le vraisemblable, c'est ce que nous savons, à savoir qu'il est reproché à l'Algérie d'avoir dépêché des diplomates à Bagdad sous la houlette d'un régime illégitime installé par les Américains. L'autre scénario est que ces groupes auraient agi ainsi pour délivrer un message en signifiant à l'Algérie qu'elle n'est pas à l'abri et qu'elle doit s'impliquer davantage pour lutter contre ce fléau. L'avantage, c'est que, comme je l'ai dit, les Irakiens, quelle que soit leur tendance, portent à l'unisson les Algériens dans leur cœur. Et je suis persuadé que les groupes qui ont kidnappé nos compatriotes ont pris ce point en considération. Sans compter que l'Algérie connaît le terrain irakien très très bien, y compris au niveau du renseignement. Je ne finirai pas sans souhaiter bien sûr un dénouement heureux à cette affaire.
M. B.


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