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"L'un des deux marchés des changes devra disparaître"
Omar Berkouk, Economiste et expert financier
Publié dans Liberté le 10 - 11 - 2019

Dans cette interview, l'économiste et expert financier, Omar Berkouk, analyse la gestion par la Banque centrale du taux de change du dinar par rapport aux principales devises, l'euro et le dollar en l'occurrence. Il porte un regard critique sur cette tolérance décrétée à l'existence d'un marché parallèle de devises et pense que tôt ou tard l'un des deux marchés devra disparaître. Omar Berkouk est un docteur en économie. Il a à son actif un capital de 26 ans d'expérience dans les banques d'affaires en France et à Londres.
Liberté : Dans ses cadrages macroéconomiques et financiers de la période 2020-2022, le gouvernement anticipe une nouvelle dépréciation du dinar. La parité serait de 1 dollar pour 133 dinars à l'horizon 2022, contre 1 dollar pour 124 dinars aujourd'hui. Cette nouvelle dépréciation sur le marché officiel de change n'est-elle pas susceptible de faire monter la pression sur le marché parallèle, en incitant fortement les citoyens à échanger leur monnaie nationale contre des devises et d'autre part inciter les possesseurs de devises à les garder ?
Omar Berkouk: Rappelons que le dinar n'est pas une monnaie librement convertible sur les marchés et qu'il existe en Algérie un contrôle des changes "strict". C'est donc la Banque centrale qui administre la valeur du dinar en se référant à un panier de devises étrangères (euro, USD, yen, GPB...) pour déterminer une valeur de change à la devise nationale. Elle "réajuste" cette valeur en fonction de différents paramètres macroéconomiques (soldes extérieurs, la croissance économique, l'inflation, déficit budgétaire…). Elle fait à la "main" ce que les marchés font pour les devises librement convertibles en confrontant offre et demande.
Les marchés réagissent immédiatement et brutalement à tout évènement macroéconomique susceptible d'affecter la parité d'une devise. La Banque centrale a en revanche une gestion "politique" de ces taux de change. Elle en amortit les chocs au moins sur ses taux officiels mais elle laisse le marché parallèle (officieux) cristalliser la volatilité réelle du dinar. Cette gestion administrative de la devise est bien commode ; elle permet à la Banque centrale de "choisir" vis-à-vis de quelle devise du panier (euro ou USD) réajuster plus ou moins le dinar. L'Algérie exporte en dollars et importe principalement en euros.
Ces deux principales devises composent son panier pratiquement à égalité. Elles échangent entre elles à 1 euro=1,10 USD et nous observons les évolutions suivantes de 2010 à 2019 : en 2010 : 1€= 100 dinars, en 2019 1€=133 dinars, soit une baisse de 25%. Taux officieux : €/dinar : 200. En 2010 : 1$=70 dinars, en 2019 1$=121 dinars, soit une baisse de 41%. Taux officieux : $/DZD : 188. Le relatif maintien du dinar par rapport à l'euro a dopé les importations. Les taux implicites euro/USD qui ressortent des 2 marchés officiel et officieux sont : 1€=1,09 USD et 1,06.
Dans ce contexte, l'annonce d'un réajustement de la valeur du dinar de 121 à 133 par rapport au dollar à l'horizon 2022, soit 7% de baisse, n'a rien d'extraordinaire. Cette baisse s'inscrit dans la tendance de la devise nationale par rapport aux devises étrangères d'échange et de réserves. Elle ne reflètera que partiellement les mauvaises performances économiques du pays. Elle aura des conséquences du point de vue comptable sur les recettes fiscales pétrolières.
Le gouvernement, en limitant à 1000 euros la détention sans justificatif de devises en banque, rend difficile une course des Algériens vers le change officieux. L'intérêt de détenir des devises obtenues "au marché noir" était de pouvoir les déposer en banque sans limite de montants et de les ressortir "blanchis" à coups de 7500€. Le phénomène que nous observerons sûrement c'est une nouvelle thésaurisation en devises qui va se rajouter à la thésaurisation en dinars dénoncée par le ministre des Finances et qui s'élève à 5000 milliards de dinars.
La valeur d'un euro dépasse 200 DA sur le marché noir, soit près de 50% de plus que la cotation du marché officiel. C'est aussi le cas du dollar (1 dollar = 181 dinars). Cette situation de la double parité dure depuis plusieurs décennies, sans qu'aucune solution ne soit apportée. Pensez-vous qu'il était temps d'en finir avec ce fléau ?
Le double marché des changes est la solution que les autorités algériennes ont mise en place pour assouplir sans abandonner le contrôle du marché des changes. Cette "tolérance" est interdite par les organismes de commerce ou de finance multilatéraux auxquels l'Algérie est adhérente ou candidate. Ce marché parallèle illégal opère tous les jours au vu et au su de toutes les autorités (Banque centrale, police, justice…).
Il doit son existence à son utilité. C'est de la souplesse dans la bureaucratie et la rigidité de l'économie nationale. Ce marché parallèle détermine les taux de change du dinar les plus proches de la réalité des performances économiques du pays. Ce ne sont pas les taux de ce marché qui sont aberrants mais ceux de la Banque centrale qui semblent attractifs mais pas accessibles librement aux opérateurs et aux citoyens ! Dans ce contexte de crise, l'un de ces deux marchés devra disparaître et il est difficile de dire lequel !
La disparition du marché parallèle par renforcement des contrôles et assèchement du volume de devises ou bien l'abandon du contrôle des changes avec instauration de la convertibilité du dinar qui s'accompagnerait d'une convergence des taux de change du marché officiel vers le marché officieux. Cela consacrerait une dévaluation de 50% du dinar par rapport à l'euro. C'est la seule dévaluation qui aurait du sens du point de vue macroéconomique mais ses conséquences sociales seraient dévastatrices (équivalentes à une intervention du FMI !!!!).
La Banque d'Algérie estime depuis toujours que la lutte contre le marché parallèle des devises ne relève pas de ses compétences et qu'elle est du ressort de la police et de la justice. Ne pensez-vous pas que la solution ne doit être qu'économique et, donc, entre les mains de la Banque centrale ?
Les infractions aux contrôle des changes relèvent du pénal. La Banque d'Algérie a légalement le monopole de la gestion des devises; s'il est vrai qu'elle n'a pas de pouvoir de police, elle peut porter plainte contre les opérateurs illégaux. De la même manière, vous ne pouvez pas exercer le métier de banquier sans l'accord de la Banque d'Algérie. Si le cas s'avérait, elle interviendrait immédiatement.
Il s'agit donc d'une mascarade qui a été utile à tout le monde. Mais la Banque centrale est sur le point de siffler la fin de la partie dans ce contexte d'attrition des réserves de change. Pour ce faire, elle trouvera toute la force de police nécessaire pour lutter contre ce "fléau". Les cambistes du square Port Saïd vont connaître le chômage ! Quand le volume des devises se réduit, il n'y a pas de solutions miraculeuses. La gestion se fait soit par les prix (baisse du dinar) ou les quantités (rationnement).

Le marché parallèle, bien qu'il soit illégal, mais toléré par les autorités, joue jusqu'ici le rôle d'une offre complémentaire à une offre bancaire pour le moins exagérément limitée. Quelles sont les alternatives possibles au marché informel des devises ?
Comme indiqué plus haut, il y a volontairement en Algérie jusqu'à ce jour un marché des changes global où deux compartiments coexistent. L'un officiel, géré administrativement par la Banque centrale, où les prix n'obéissent pas à la loi de l'offre et de la demande et dont les quantités sont "rationnées". L'autre, officieux, est plus proche d'un marché où l'offre et la demande s'équilibrent par les prix et les quantités.
Il y a un désir des Algériens d'accéder librement et autant que de besoin aux cours de change administrés par la Banque centrale. Pour ce faire, il faut abolir le contrôle des changes et supprimer le monopole de la BCA sur la gestion des devises. D'aucuns se perdent dans des discussions autour de l'utilité des bureaux de change et de leurs faibles commissions. C'est une discussion inutile tant que la BCA a le monopole de la gestion des devises et que sévit le contrôle des changes en Algérie.
Est-il opportun aujourd'hui de rendre convertible le dinar ? Et à partir de quel taux ? Le contexte économique ne s'y prête pas ! La gouvernance du pays depuis 60 ans s'est contentée de gérer au jour le jour et d'évoquer les réformes structurelles en période de crise quand elle a perdu toute marge de manœuvre. En conclusion, l'accès aux devises pour les Algériens va devenir de plus en plus difficile et cher. Les comptes bancaires légaux en devises sont en danger. En cas d'accélération de l'attrition des réserves de change, les titulaires de devises en compte n'y auront plus accès à discrétion !

Propos recueillis par : Ali Titouche


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