Le lait conditionné en sachet se fait rare chez certains laitiers et magasins d'alimentation générale du centre-ville de Constantine et des localités avoisinantes. Dès les premières heures de la matinée, des chaînes se forment devant les magasins d'alimentation générale et les points de vente, notamment de la laiterie Numidia de Constantine où des dizaines de personnes s'agglutinent afin de pouvoir acheter un sachet de lait. "Si j'achète deux sachets de lait, le vendeur m'impose un autre sachet de lait de vache à un prix de 40 DA. C'est aberrant comme pratique", fulmine Leïla, une mère de famille. Certains commerçants du centre-ville de Constantine se sont défaussés sur les fournisseurs. Ces derniers "exigent une quantité conséquente de sachets de lait de vache contre le quota de sachets de lait pasteurisé ordinaire que nous demandons. Cela se répète à chaque opération d'approvisionnement. Une pratique que je dois imposer, à mon tour, aux consommateurs", explique Farid, propriétaire d'une supérette au centre-ville, non sans regretter : "L'offre est souvent insuffisante pour répondre à toute la demande." Les distributeurs rejettent la balle aux producteurs qui, selon eux, leur imposent un quota de sachets de lait de vache. "On ne peut pas parler d'une pénurie, mais d'un manque de lait pasteurisé dans la plupart des commerces", soutient Bouguerne Abdelaziz, porte-parole local de l'Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA). Il n'en demeure pas moins que, selon lui, "le problème ne se pose pas au niveau des fournisseurs ni des distributeurs, mais au niveau de l'Office national algérien du lait et des produits laitiers (Onalait)". Contacté, Halimi Rachid, directeur de la laiterie Numidia, a assuré, pour sa part, qu'"il n'y a aucune pénurie de lait en sachet au niveau de la wilaya de Constantine". "Il s'agit probablement d'une insuffisance dans l'approvisionnement au niveau de certains commerces ou points de vente", soutient-il. La wilaya de Tizi Ouzou connaît, elle aussi, une tension sur le lait en sachet des suites d'une surconsommation de ce produit de première nécessité et d'un déficit de production journalière. "Nous ne connaissons pas de pénurie pour le moment, mais il y a, néanmoins, une pression causée notamment par une surconsommation de lait en cette période d'hiver", a expliqué Abib Saïd, président de l'Association des distributeurs de lait de la wilaya. Selon lui, les quatre laiteries de la wilaya de Tizi Ouzou activent normalement. "Le problème est plutôt dans la surconsommation. En effet, les gens achètent plus qu'il n'en faut. Ce qui augmente, d'un côté, la demande et prive, d'un autre côté, d'autres citoyens de ce produit", a-t-il soutenu. Notre interlocuteur évoque un déficit journalier de 40 000 litres de lait par jour. "À Tizi Ouzou, nous avons besoin de 40 000 litres de lait en plus pour pouvoir couvrir totalement les besoins quotidiens de toute la population locale", a-t-il affirmé, avant d'appeler les autorités compétentes à se pencher sur cette question. "L'Etat doit revoir le quota réservé aux laiteries pour leur permettre d'augmenter leur production de lait, afin de couvrir largement la demande", a-t-il préconisé. De leur côté, les commerçants ont évoqué une insuffisance dans les quotas servis. "On reçoit 100 sachets de lait par jour, ce qui est insuffisant", a affirmé l'un d'entre eux. Cette pénurie de lait en sachet semble moins perceptible à l'ouest du pays. En effet, les témoignages recueillis à Oran laissent entendre que la situation est presque normale au niveau des points de vente. Nadir, père de famille, habitant à Belgaïd, indique qu'il n'a constaté aucune perturbation dans la distribution et la vente du lait dans son quartier. En revanche, Mohamed, directeur d'une entreprise privée, affirme que si le lait est disponible un peu partout, obligation est faite par certains revendeurs d'acheter en concomitance un sachet de lait de vache au-delà de trois sachets de lait pasteurisé, une pratique qu'il a remarquée aussi bien à Belgaïd qu'à Akid-Lotfi. Dans d'autres quartiers de la ville, un début de tension commence à s'installer. Malika, enseignante et mère de famille, raconte que l'épicier chez lequel elle a l'habitude d'acheter son lait n'a pas voulu lui vendre ses six sachets de lait habituels. Selon elle, beaucoup d'épiciers rechignent tout simplement à commercialiser le lait en sachet... I. Boukhalfa/K. Tighilt/S. Oussad