Abdelkader Messahel (*) : “Nous nous trouvons face à l'impératif majeur et urgent de nous adapter aux évolutions de l'environnement international.” Plusieurs fois ambassadeur et ministre depuis décembre 1999, Abdelkader Messahel passe pour le “Monsieur Afrique” de Bouteflika. L'homme maîtrise parfaitement ses sujets. Dans cet entretien, il revient sur la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du Maghreb. Il livre, aux lecteurs avec des mots mesurés et modérés, mais forts significatifs, l'importance et la portée stratégique de la dernière réunion d'Alger. Celle qui risque d'être le déclic pour un nouveau démarrage du train “Grand Maghreb”. Tout n'a pas été dit sur cette rencontre qui sera suivie par le sommet des chefs d'Etat en mars. Liberté : Des officiels ont qualifié la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères à Alger de positive et très satisfaisante. Peut-on prendre connaissance des éléments qui plaident pour une telle analyse ? Abdelkader Messahel : La réunion d'Alger des ministres des Affaires étrangères de l'UMA a été un moment important pour la relance du processus de construction maghrébine. L'ensemble des Etats membres ont, en effet, exprimé leur volonté et leur engagement à redynamiser l'Union. Il s'agit d'une démarche de refondation de l'UMA qui a été inaugurée à Alger. Nous nous trouvons maintenant face à un impératif majeur et urgent : celui de nous adapter aux évolutions qu'a connues notre environnement international, mais également de nous mettre en adéquation avec nos propres mutations et les réformes engagées par nos pays. Ces mutations sont les bases solides sur lesquelles s'appuieront des politiques communes, prioritairement dans des domaines essentiels comme l'agriculture, les ressources en eau et les infrastructures. Telle est la vision pragmatique et les propositions présentées par l'Algérie et qui ont trouvé un écho favorable auprès des autres membres. En effet, nous partageons tous la conviction que nous devons aller méthodiquement vers la construction d'un ensemble sous-régional à même de nous permettre une insertion efficace dans le processus de mondialisation. Un sommet des chefs d'Etat des pays du Maghreb est prévu pour les prochaines semaines. Peut-on savoir ce qui est attendu de cette rencontre ? La tenue du sommet des chefs d'Etat donnera tout naturellement le signal le plus clair et le plus fort quant à la reprise du processus de construction maghrébine. C'est aussi l'instance la plus indiquée pour imprimer l'impulsion la plus décisive à cette entreprise de refondation souhaitée par l'ensemble des Etats membres. Sur quelles bases sera bâtie l'Union du Grand Maghreb ? Que signifie révision des textes et des mécanismes du fonctionnement que propose l'Algérie ? Les Etats membres de l'Union du Maghreb arabe sont déterminés à œuvrer pour mettre en place les bases les plus favorables et les plus adéquates pour accélérer le processus d'intégration. Cette entreprise nécessite bien évidemment le réexamen du cadre juridique et de la stratégie d'intégration. Il s'agira de mettre en adéquation ce cadre et cette stratégie avec les transformations qu'ont connues les pays maghrébins, aussi bien en matière politique qu'économique. L'évolution de nos pays vers la démocratie et l'Etat de droit ouvre, en outre, un large champ d'action à la participation active des entrepreneurs et de la société civile à la réalisation de l'édification maghrébine. Cela nécessite également une réadaptation des méthodes de travail et des mécanismes du secrétariat général de l'UMA, en rapport avec la nouvelle démarche de construction maghrébine. L'Algérie va prendre part au sommet France-Afrique en février prochain à Paris. Cela signifie-t-il une intégration à cette structure informelle ? Ce n'est pas la première fois que notre pays participe à cette rencontre. Nous étions présents au sommet de Yaoundé en 2001 et nous suivons avec intérêt l'évolution de ce cadre d'échange et de concertation qui intéresse une cinquantaine de pays africains, parmi lesquels l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Ethiopie et la Libye. Le prochain sommet Afrique-France revêt une importance particulière puisqu'il aura pour thème le développement du nouveau partenariat. Il s'agit là d'une approche qui nous intéresse, car elle cadre avec ce que l'Afrique entreprend, à travers le Nepad qui bénéficie du soutien des pays développés comme l'atteste l'adoption par le G8, à Kananaskis, du plan d'action en faveur de l'Afrique. M. A. O. (*) Ministre délégué auprès du ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, chargé des affaires maghrébines et africaines.