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L'espoir d'une libération
le sort de notre journaliste rabah karèche connu jeudi prochain
Publié dans Liberté le 07 - 08 - 2021

De notre envoyé spécial à Tamanrasset : Karim Benamar
Après 108 jours de détention provisoire, notre journaliste Rabah Karèche a eu enfin son procès dans lequel il s'est défendu contre les accusations qui pesaient sur lui. Au terme des débats, le procureur a requis 3 ans de prison ferme. Le verdict est mis en délibéré pour le jeudi 12 août. Ce sera la plus longue semaine depuis son incarcération.
Devant le tribunal de Tamanrasset, les quelques journalistes, qui ont fait le voyage pour assurer la couverture d'un procès pas comme les autres, arborent des mines crispées, aux premières heures de cette matinée du 5 août 2021. Quelques amis de Karèche sont également sur place. Ils tentent une négociation avec les agents de sécurité dans l'espoir d'accéder à la salle d'audience et d'assister au procès, programmé à 10h. Peine perdue. Les instructions sont claires. Personne n'est autorisé à l'intérieur du tribunal hormis les journalistes munis d'un ordre de mission en bonne et due forme, ou encore les membres de la famille de l'accusé.
Ce dernier, lui-même, comparaîtra par visioconférence depuis sa prison, à Tamanrasset, en raison, nous explique-t-on, du contexte sanitaire lié à la Covid-19. Dans la salle du tribunal, les avocats de l'accusé ont pris place dans leur carré de défense, une heure avant le début du procès.
La juge chargée de l'affaire fait son entrée à 10h tapantes, dans une salle quasi vide. Sans tarder, elle ouvre le procès, en rappelant d'emblée les chefs d'inculpation pour lesquels Rabah Karèche est poursuivi et a été mis sous mandat de dépôt, le 19 avril 2021, au lendemain de la parution d'une série de ses articles en lien avec les protestations des populations de la région, contre le nouveau découpage administratif. Les charges retenues contre le journaliste et lues par la juge sont lourdes, extrêmement lourdes.
Il s'agit de la "diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d'attenter à l'ordre public", "création d'un compte électronique consacré à la diffusion d'informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société" et enfin "usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et à l'unité nationales". Après lecture des charges, la présidente de l'audience s'adresse à l'accusé et l'interroge : "Qu'avez-vous à dire sur ces accusations ?" Rabah Karèche, qui apparaît à l'écran, debout devant le micro, nie toutes les accusations et rappelle qu'il n'a fait que son travail de journaliste dans les règles consacrées par la profession.
"J'ai couvert des manifestations populaires en toute objectivité, madame la juge. J'ai rapporté des faits en assurant ma mission d'informer. J'exerce mon métier en tout professionnalisme", dit-il, calmement. La juge enchaîne et demande au journaliste de s'expliquer sur le choix d'une série de noms utilisés dans l'un de ses articles, dont l'un renvoie au lieu où s'étaient déroulées les manifestations populaires. "Pourquoi avez-vous parlé dans votre article paru le 17 avril 2021 de l'Ahaggar, comme étant le lieu d'une manifestation, alors qu'il s'agissait d'un rassemblement tenu dans la commune de Tazrouk ?" "Ne pensez-vous pas qu'en parlant de l'Ahaggar, cela donne une dimension plus grave aux manifestations et que cela peut inciter à la discorde, tout en connaissant les sensibilités de la région ?", interroge la juge.
Les journalistes qui assistent à l'audience de leur confrère comprennent, à ce moment, que c'est le métier de journaliste qui s'avère être au cœur de ce procès bien particulier. Il n'y a aucun doute maintenant que Rabah Karèche est bel est bien poursuivi pour ses articles, faisant, dans ce cas, fi de la loi fondamentale qui, pourtant, interdit clairement l'emprisonnement d'un journaliste pour des articles de presse.
Rabah Karèche prend la parole et répond : "Madame la présidente, les manifestations ont eu lieu dans les villes de Tazrouk et d'Idless. Elles sont situées au cœur de l'Ahaggar. De plus, plusieurs tribus de l'Ahaggar ont pris part à ces rassemblements. Il s'agit donc de l'Ahaggar." La juge relit le même article incriminé, en s'attardant cette fois sur un autre extrait contenant les expressions "vieux démons" et "hache de guerre". Pour comprendre, (que) dans cet article, le journaliste de Liberté n'avait, en réalité, que rapporté le témoignage d'un notable ayant pris part à la manifestation.
Le témoignage contenu dans cet article dit précisément : "(...) On veut apparemment réveiller les vieux démons et pousser les Touareg à déterrer la hache de guerre pour recouvrer leur territoire dont les frontières ont été, faut-il le rappeler, tracées avec le sang de leurs aïeux." Mais il semblerait que la juge n'ait pas fait attention aux guillemets qui précisent, dans ce cas, qu'il s'agit d'une citation. Ce que Rabah Karèche a vite fait de rappeler et de corriger. "Ce ne sont pas mes propos, c'est le témoignage d'un notable targui et j'ai pris le soin de le mettre entre guillemets", affirme-t-il, en assurant, par ailleurs, s'en tenir aux règles élémentaires du journalisme. Près d'une heure est passée depuis le début du procès.
La juge se penche maintenant sur une autre accusation liée à un compte électronique que l'accusé aurait créé pour"la diffusion d'informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société". La voix du journaliste derrière son micro, depuis la prison de Tamanrasset, prend un ton grave devant une telle accusation, invraisemblable, lourde et sans fondement. Si Rabah Karèche a l'air révolté, il semble, néanmoins, tenir à garder son sang-froid et répondre aux questions de la juge.
"C'est mon compte Facebook, madame la présidente. Je n'ai partagé aucune information susceptible de provoquer la haine. Les informations auxquelles on fait référence ici s'avèrent être mes articles publiés dans le quotidien Liberté pour lequel je travaille. Je ne fais que partager les liens de mes articles que vous pouvez consulter sur le site web du même quotidien", répond Karèche, ajoutant en faire un point d'honneur pour que l'information parvienne aux citoyens de Tamanrasset, sachant que le journal n'est pas distribué dans cette région reculée du pays.
"Je suis journaliste, je tiens à ce que le citoyen accède à l'information, c'est pour cela que je partage les liens de mes articles sur ma page Facebook", a-t-il affirmé. L'assistance est abasourdie par la nature des questions. De quoi le procès de Rabah Karèche est-il le nom ? Le procureur de la République, qui a requis 3 ans de prison ferme, enchaîne dans le même sens. Il interroge l'accusé sur le titre d'une interview réalisée par notre confrère avec un notable targui sur la fronde de Tamanrasset. Le procureur de la République lit le titre : "Les hautes autorités doivent réagir pour circonscrire la fitna (discorde, ndlr) qui s'installe."
Il interroge ensuite l'accusé : "Pourquoi avez-vous choisi ce titre ? Vous auriez pu opter pour un autre titre, moins violent, et qui n'inciterait pas à semer l'inquiétude." Un confrère murmurera dans la salle : "Sommes-nous dans une salle de rédaction ?" Rabah Karèche est sommé de s'expliquer. "Monsieur le procureur, il s'agit d'une interview. Et le titre d'une interview est généralement une citation de l'interviewé. Ce sont donc ses propos. De plus, je vous apprends que les titres appartiennent à la rédaction. Le titre a été choisi par le journal", affirme-t-il.
Après près de deux heures d'interrogatoire, les avocats de Rabah Karèche s'emploieront, tour à tour dans leurs plaidoiries, à démontrer que toutes les accusations retenues contre le journaliste, un des rares, faut-il le rappeler, à rapporter les nouvelles du Sud, sont totalement infondées et que le dossier de cette affaire, unique en son genre, est "historique dans les annales de la justice", comme l'a affirmé Me Bouchachi, et est tout simplement vide. "Un cas d'école", mentionnera encore Me Bouchachi.
Un autre avocat, Me Bakouri, relèvera, pour sa part, avec beaucoup de surprise, le fait que la juge se base, dans son interrogatoire, sur le PV de la police et non pas sur les rapports du juge d'instruction, comme le veut la procédure. Me Assoul, de son côté, s'étonnera du contenu des questions liées aux seuls articles de presse rédigés pourtant avec professionnalisme par un journaliste et parus dans un quotidien national. "Sommes-nous ici dans une rédaction ou dans un tribunal ?", s'est-elle demandée. Si, pour sa part, Me Nassima Rezazgui considère qu'il s'agit d'"un procès de la honte". Son collègue Me Ahmine, lui, voit dans ce procès un "grave précédent" et un "danger" autant pour la presse que pour la crédibilité de l'Etat algérien lui-même. "Nous avons besoin de nos médias libres, madame la juge", a-t-il affirmé. Pour l'avocat Abdelghani Badi, "l'Algérie n'avait pas besoin d'une telle affaire qui, par son caractère invraisemblable et ubuesque, fait aujourd'hui la une des journaux du monde entier. Un déshonneur !".
"Grâce à lui, nos problèmes se règlent..."
De quoi, au final, le procès du journaliste Rabah Karèche est-il le nom ? Que reste-t-il de fondé dans les très lourdes accusations qui pèsent sur lui quand plusieurs témoins, appelés à la barre, reconnaissent être les auteurs des citations contenues dans les articles du journaliste ? Ils étaient quatre à avoir assumé devant le tribunal les propos rapportés "fidèlement" par le journaliste.
"Je reconnais être l'auteur des propos rapportés par le journaliste dans l'interview qu'il a réalisée avec moi et où je n'ai fait que parler des préoccupations de l'Ahaggar et de notre rejet du nouveau découpage administratif", affirme ainsi Salem Dahimi, notable, ex-député. Au deuxième témoin, la juge demande s'il a subi des pressions de la part du journaliste dans l'objectif de le citer dans ses articles. "Je n'ai jamais subi une quelconque pression de la part de Rabah Karèche. C'est un journaliste professionnel qui a fait son travail convenablement et avec une grande intégrité", affirme-t-il.
Devant la juge, un autre témoin, un notable de Tazrouk, a demandé à la juge de lui accorder quelques minutes pour raconter une histoire. La juge acquiesce. "Il y a quelques années, on nous a coupé l'électricité. Nous nous sommes inquiétés. Vous savez, madame la juge, ici, dans nos régions isolées, beaucoup comptent sur l'agriculture. Sans électricité, nous risquions, par exemple, de voir notre bétail disparaître. Nous avons alors alerté les autorités pour régler notre problème. Rien n'a été fait. Il aura fallu que Rabah Karèche écrive un article et alerte sur notre situation pour que les autorités s'exécutent le lendemain même. Je vous raconte cela pour vous dire que ce journaliste, Rabah Karèche, a fait beaucoup plus pour nous que les autorités elles-mêmes." Que rajouter de plus, sinon la relaxe pour un journaliste qui s'est toujours illustré par son professionnalisme et par une éthique chevillée à sa plume.


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