De 2011 à juin 2020, environ 220 000 entreprises recensées, soit un taux de 70%, sont confrontées à des difficultés pour rembourser leurs dettes évaluées à 172 milliards de dinars. Depuis au moins cinq mois, l'Agence nationale d'appui et de développement de l'entrepreneuriat (Anade, ex-Ansej) a traité des milliers de dossiers de remboursement des dettes des micro-entreprises en difficulté ou de relance de leurs activités. Ce qui équivaut à des centaines de milliards de centimes consentis pour la survie de ces entreprises qui allaient inexorablement droit vers la faillite. Il a fallu que le président de la République donne des instructions pour que ces entités soient ressuscitées. De l'exercice 2011 jusqu'à juin 2020, environ 220 000 entreprises recensées, soit un taux de 70% ,sont confrontées à des difficultés pour rembourser leurs dettes qui s'élèvent à 172 milliards de DA, indiquent des statistiques avancées au début de l'année 2021 par les responsables de l'ex-Ansej. C'est dire que la mission de l'Anade, chargée d'accompagner ces entreprises endettées, n'est pas de tout repos. Qu'à cela ne tienne, l'agence continue de programmer des séances pour raviver ces sociétés. Une 15e séance de travail de la commission de garantie, composée de représentants du Fonds de caution mutuelle de garantie risques/crédits jeunes prometteurs et de l'Anade, a été tenue jeudi dernier. Celle-ci a validé 326 nouveaux dossiers de remboursement des dettes des entreprises en difficulté. Durant cette séance de travail, tenue au siège de l'Anade, il a été procédé à l'examen de 520 dossiers présentés par les représentants des banques, débouchant sur la validation de 326 dossiers pour le remboursement de plus de 58 milliards de centimes. Ces dossiers ont été présentés par les représentants des banques dans les wilayas suivantes : Chlef, Alger, Sétif, Saïda, Skikda, Sidi Bel-Abbès, Constantine, Mascara, Oran, El-Bayadh, Illizi, Boumerdès, El-Taref et Tipasa. Le ministère délégué chargé des Micro-entreprises a assuré que cette opération durera jusqu'à la fin de l'examen de toutes les demandes. Les mesures annoncées par le ministre des Finances, M. Aïmen Benabderrahmane, pour le soutien des entreprises en difficulté concernent l'octroi de crédits d'exploitation, le rééchelonnement des dettes bancaires et fiscales et l'effacement des pénalités de retard de paiement des charges. De manière plus concrète, le rééchelonnement des dettes serait mis en œuvre via des procédures simplifiées, avec effacement des pénalités et suppression d'intérêts. Pour redynamiser les petites entreprises en grande difficulté, le ministre avait déclaré que ce dispositif allait permettre de "refinancer les entreprises dont le matériel a été saisi, pour peu qu'elles remplissent les conditions de réussite et qu'elles soient soumises au cahier des charges". Le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Micro-entreprises, M. Diafat Nassim, a expliqué, pour sa part, que ces mesures ont été mises en place afin de soutenir les petites entreprises qui ont cessé leurs activités en raison des difficultés économiques et du contexte politique en 2019, puis de la pandémie du coronavirus. "Les entreprises en activité mais souffrant d'un manque de liquidités bénéficieront, en plus des crédits d'exploitation, de marchés publics", a-t-il souligné. Des dettes colossales ! Pour ce faire, des conventions devraient être signées avec les ministères de l'Energie, de la Poste et de l'Habitat afin de permettre aux micro-entreprises d'accéder au marché de la sous-traitance, à travers notamment les programmes de groupes publics comme Sonelgaz, Sonatrach, et les projets de construction de logements. Le ministre a rappelé que le secteur de l'habitat aurait besoin, à lui seul, de près de 140 000 micro-entreprises pour réaliser son programme de logements. Les pouvoirs publics sont de ce fait appelés à consentir des efforts supplémentaires afin de remettre sur les rails les entreprises en panne et de les accompagner sur le terrain grâce à l'Anade et au fonds de garantie de l'Etat. Mieux, le ministère a confirmé que les procédures judiciaires engagées à l'encontre des entreprises en très grande difficulté ont été suspendues jusqu'au 31 décembre 2021. Par ailleurs, les mesures fiscales incluses dans la loi de finances 2021 vont étendre le calendrier de paiement des dettes de trois à cinq ans. Une part dans les marchés publics Le ministre des Finances assure que ce dispositif donnera un nouvel élan aux entreprises créées dans le cadre de l'Ansej et apportera une meilleure efficacité à l'avenir. "L'Anade est au cœur de gros challenges. D'une part, elle doit aller de l'avant, aider et accompagner les futurs entrepreneurs à se lancer mais elle a aussi un passif à gérer, d'autre part. Les efforts consentis sont à encourager afin qu'ils puissent aboutir, et surtout se positionner au cœur de la relance économique de l'Algérie", souligne M. Idir Nasser Belkebir, directeur des opérations et des programmes à Indjaz El Djazaïr. Interrogé à propos du travail accompli par cette commission d'examen de dossiers de micro-entreprises en difficulté, il avoue que "le travail d'une commission n'est pas aisé, il est clair que face à la demande, les efforts fournis doivent être très importants et des processus doivent être mis en place pour aider son fonctionnement". Toute cette panoplie de mesures d'aide prises par la tutelle est-elle suffisante pour la relance la micro-entreprise en Algérie ? A cette question, M. Belkebir répond : "la relance économique n'est pas le challenge d'un seul acteur mais de tous. Aujourd'hui, c'est notre devoir à tous, les différentes entreprises issues de tous les tissus doivent fournir l'effort nécessaire pour cette relance. Celle-ci n'aura pas lieu si on s'arrête qu'à l'Anade, ou les acteurs financiers, ou les industriels. Notre devoir aujourd'hui est de discuter et d'œuvrer pour atteindre les objectifs fixés". En vertu des conventions signées, l'Anade va accompagner les jeunes entrepreneurs à travers le rééchelonnement de leurs dettes et des plans de charges pour relancer leurs activités. Ce qui signifie que les banques doivent s'inscrire dans la même démarche. "Il est clair que les banques ont un rôle majeur à jouer dans ce dispositif et doivent s'adapter à la situation pour la relance des entreprises en difficulté et s'assurer aussi de récupérer leurs dus dans le cadre des nouveaux échéanciers tracés", affirme le représentant de Indjaz El Djazaïr. Pour lui, les acteurs sont présents activent dans le cadre de la réglementation en vigueur, la question qu'on doit se poser, en revanche, c'est "comment accentuer les actions sur le terrain, vulgariser l'apport de ces fonds et fournir les éléments de réponse aux futurs entrepreneurs afin que le canal de communication soit renforcé et pérennisé dans le temps". Par ailleurs, le fait que des conventions de partenariat soient signées entre des ministères, des institutions et entreprises publiques dont Sonatrach, Sonelgaz, AADL...avec ces micro-entreprises pour faire bénéficier ces jeunes entrepreneurs de marchés publics dans différents domaines, est un pas important, relève M. Belkebir. "C'est une façon de s'assurer aussi que ces entreprises activent sur le terrain et apportent leur expertise aux services des organismes ayant des plans de charges importants. La TPE (toute petite entreprise) est un acteur important de la chaîne et "nous ne pouvons pas l'exclure", précise ce spécialiste. Au contraire, ajoute-t-il, "nous sommes en devoir de renforcer sa présence localement via son expertise, son savoir-faire, son expérience pour devenir ainsi un acteur incontournable dans sa région". Badreddine KHRIS