Les rassemblements étaient interdits, hier, à Paris, dans le cadre de l'état d'urgence instauré pour contenir les violences qui ont embrasé les banlieues. Le placement en détention provisoire vendredi soir d'un policier, impliqué dans l'agression d'un jeune homme dans la banlieue nord de Paris, a, par ailleurs, suscité la colère du principal syndicat de policiers qui a mis en garde contre un “ras-le-bol” des forces de l'ordre après deux semaines de violences. L'état d'urgence, décrété mercredi dernier et qui a permis d'instaurer le couvre-feu dans une vingtaine d'agglomérations du pays, a été invoqué pour la mise en œuvre d'une mesure d'exception à Paris : le préfet de police y a interdit tous les rassemblements “de nature à entretenir ou à provoquer le désordre” entre hier 10h (9h GMT) et aujourd'hui 8h (7h GMT). La capitale a été globalement épargnée, mais les autorités y craignent une extension des violences des banlieues situées à quelques kilomètres de son centre historique et qui “aurait un effet désastreux”. “Des messages diffusés depuis quelques jours sur internet et par SMS ont appelé le 12 novembre à des rassemblements dans Paris et à des actions violentes”, selon la préfecture de Paris. Entre 2 000 et 3 000 membres des forces de l'ordre ont été mobilisés dans la seule capitale et 12 000 sur l'ensemble du territoire pendant le week-end. Samedi, le Stade de France, dans la banlieue nord qui jouxte Paris, se préparait à accueillir dans la soirée un match France-Allemagne, dans le cadre de la préparation au Mondial 2006 de football, qui devait également se dérouler sous haute surveillance policière. Devenu un indicateur du niveau des troubles, le nombre de voitures incendiées dans la nuit de vendredi à samedi s'est élevé à 502 contre 463 la veille et 1 400 au plus fort des violences déclenchées le 27 octobre par la mort accidentelle de deux adolescents près de Paris. Alors que l'accalmie se confirme en région parisienne, une recrudescence des incidents a été signalée en province, en particulier dans des zones considérées par la police comme des “poches de résistance”, comme Toulouse (Sud-Ouest). À Saint-Quentin (Nord), un policier a été brûlé au deuxième degré au visage à la suite de l'explosion d'un cocktail Molotov dans une voiture en feu, alors qu'il essayait d'éteindre l'incendie. Par ailleurs, la mosquée de Carpentras (Sud-Est) a été la cible, vendredi soir, pendant la prière, de deux engins incendiaires artisanaux qui ont causé de légers dégâts à l'extérieur du bâtiment. Le premier syndicat de policiers du pays, Alliance, a lancé hier un “appel au calme et au professionnalisme” des forces de l'ordre. “Il y a un état de tension très perceptible dans les commissariats et nous le comprenons”, a dit un des responsables du syndicat. Un des cinq policiers impliqués dans l'agression à coups de poing et de pied d'un jeune homme qui se trouvait à terre, filmée par une équipe de télévision, a été placé avant-hier en détention provisoire et les quatre autres sous contrôle judiciaire. Le jeune homme a de nouveau été interpellé, hier à son domicile, soupçonné d'avoir jeté des pierres sur des pompiers, a-t-on appris de source policière. L'avocat des policiers a accusé le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, d'avoir “sacrifié” ces policiers alors qu'il “pousse au crime” dans les banlieues, où ses propos sur la “racaille” ont été très mal perçus par de nombreux jeunes. Synthèse R. N.