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La bataille de l'humanitaire est engagée
Un autre front s'ouvre en Irak
Publié dans Liberté le 06 - 04 - 2003

Alors que les combats se poursuivent sur le terrain, une autre bataille s'est engagée en coulisse : celle du contrôle de l'humanitaire.
Face à face, l'armée américaine qui entend s'approprier ce domaine pour casser son image négative d'envahisseur étranger et les organisations humanitaires qui n'entendent pas lui céder la place.
En Irak, les Etats-Unis entendent-ils aussi contrôler l'humanitaire ? Que ce soit les responsables des organisations non gouvernementales (ONG) ou ceux des agences des Nations unies comme l'Unicef, ils sont nombreux à le craindre. Chef de mission à Première urgence, une ONG fondée en 1992, Vincent Hubin est du nombre. Parti d'Irak au début du mois de janvier 2003 pour des raisons personnelles, il n'a pas pu rentrer à Bagdad où il était attendu, bloqué dans la capitale jordanienne en attente d'un visa comme la plupart des acteurs de l'humanitaire. Une situation qu'il supporte très mal : “Aujourd'hui, peste-t-il, le seul moyen de passer la frontière c'est de se rendre au Koweït afin de recevoir une autorisation de l'Humanitary operations center (HOC)”. Ce centre des opérations humanitaires, comme l'explique Vincent Hubin, n'est autre “qu'une officine de l'armée américaine, une sorte de bureau d'accréditation, ouvert par les forces US dès leur arrivée, afin de choisir elles-mêmes les organisations humanitaires avec lesquelles elles travailleront en Irak. Pour ne pas donner le sentiment d'un monopole, s'emporte Vincent, le HOC s'est adjoint des officiers britanniques et quelques Koweitiens. Mais cela ne trompe personne et surtout pas les professionnels de l'humanitaire. Entre 1997 et 2002, Première urgence a réhabilité 33 hôpitaux en Irak. Ce n'est pas rien. Et voilà que demain, des militaires américains qui n'ont aucune expérience de ce pays vont décider de notre sort, nous autorisant ou nous refusant, selon leurs propres critères, le droit de poursuivre notre mission. Ce n'est pas supportable”.
Après avoir envahi et bombardé l'Irak, les Américains entendent bien régir l'action humanitaire afin de se racheter aux yeux de la population en se donnant l'image de bons samaritains. A dessein, ils ont mis en place, via le HOC, un système de gestion efficace. Chef de projet à Enfants du Monde-Droits de l'homme, Michel Savel précise ainsi qu'“en Irak, sans arborer les badges du HOC, il sera impossible de franchir les postes de contrôle ou de transporter du matériel non estampillé par cette organisation”. Des propos confirmés par un grand nombre d'acteurs de l'humanitaire.
Délégué à l'information de la Fédération internationale des Croix-Rouges et des Croissants-Rouges, Sébastien Carliez estime pour sa part que “toute la difficulté des humanitaires en Irak sera d'intervenir sans passer par les Américains”… “les soldats font la guerre et nous, nous apportons du réconfort et des secours, martèle Sébastien. Ce n'est pas le même boulot. Si les militaires interviennent dans ce domaine, c'est la fin de l'humanitaire indépendant”.
Pour contrecarrer cette stratégie US, plusieurs ONG se sont réunies le 25 mars dernier à Amman (Jordanie). Dénonçant cette mainmise, ils ont également exigé que l'action humanitaire en Irak soit coordonnée par les Nations unies. Une exigence partagée par l'immense majorité.
Représentant de l'Unicef en Irak (Agence des Nations unies pour l'enfance), Karel De Rooy “évacué” vers Amman au premier jour de la guerre pour des raisons de sécurité renchérit : “L'Unicef est implantée depuis très longtemps en Irak. Nous connaissons parfaitement ce pays, ses hommes et ses mentalités. Nous avons tous les contacts. Que les Américains nous laissent donc œuvrer comme nous l'avons toujours fait”. Chef des programmes à Enfants du Monde-Droits de l'homme, une ONG qui s'occupe des enfants des rues de Bagdad depuis 1997, Stéphane Pillon est encore plus clair : “Le HOC est une organisation militaire. Et pour nous, il est hors de question que ce soit une armée américaine ou non, qui nous impose ses règles. Nous ne rentrerons pas dans leur moule et nous ne servirons pas leur cause”.
Rentrer à Bagdad, continuer le travail entrepris, retrouver le personnel irakien resté sur place, c'est aussi le vœu de Edmond Adam, un Jordanien qui coordonne l'action humanitaire du Conseil des églises pour le Proche-Orient en Irak (MECC). Ce petit homme pondéré à la barbe grisonnante explique que son organisation qui regroupe toutes les églises arabes de la région a mis en œuvre depuis 1991 un réseau de 44 lieux de culte (églises et mosquées) réparties dans tout le pays où des volontaires distribuent des produits de première nécessité. Avec la seconde guerre du Golfe, le MECC a ouvert en plus huit centres d'hébergement à Mossoul, Bagdad, Bassorah et Kirkouk. Un coût de 200 000 dollars. “Tout est prêt, confie Edmond. Nous n'attendons plus que le visa”. “Faut-il vraiment passer par l'armée américaine pour l'obtenir, se demande-t-il. Ils ne peuvent tout de même pas nous empêcher de rentrer chez nous”. Il y a cinq semaines pourtant, le MECC a reçu un appel émanant du HOC lui demandant de s'accréditer auprès de ses services pour rentrer en Irak. Les dirigeants ont refusé. Depuis c'est le statu quo. Edmond Adam, qui a une excellente connaissance de la situation, redoute que pour arriver à ses fins, l'armée américaine ne s'approprie les 46 000 centres de vivres et de médicaments que le gouvernement de Saddam Hussein avait mis en place dans tout le pays pour ravitailler la population dans le cadre de la résolution de l'Onu “Pétrole contre nourriture”. “Depuis douze ans, pénalisés par l'embargo, 80 % des Irakiens vivaient sur ces distributions gratuites. Et ces centres fonctionnaient parfaitement”, affirme le coordinateur du MECC. En s'appuyant sur cette infrastructure existante, l'armée américaine pourra ainsi assurer l'essentiel, aidée par des ONG triées sur le volet.
Faïk Bourrachi, le président de Caritas Irak (le Secours catholique local) ne peut pas croire à une telle chose : “C'est impensable dit-il, si les Américains qui arrivent en Irak avec l'image de l'envahisseur veulent se réconcilier avec la population, ils auront besoin de nous. Je ne les crois pas assez bêtes pour se passer de notre expérience”. Et puis, ajoute Faïk : “Devant la catastrophe humanitaire qui se profile, nous devons travailler main dans la main. A quoi servirait-il de refaire la guerre sur le terrain de l'humanitaire ?”. Catastrophe humanitaire : les deux mots sont lâchés. Déjà dans les villes du Sud les Irakiens manquent cruellement d'eau potable. Avant le déclenchement du conflit, les experts des Nations unies prévoyaient que 2 millions de personnes fuiraient leur maison pour se réfugier dans les camps. Et que 7,4 millions d'Irakiens auraient besoin d'aide alimentaire. “On n'en est pas encore là et après 15 jours de guerre l'afflux des réfugiés est encore limité, et à Bagdad dans les hôpitaux irakiens les médecins semblent avoir la situation en main”, constate Karel de Rooy (Unicef). Selon lui, l'ampleur de la tragédie sera liée à la durée du conflit : “Avant cette guerre, dit-il, sur 1,3 million d'enfants irakiens, âgés de moins de cinq ans, 400 000 souffraient de malnutrition. Si la guerre dure plus de cinq semaines, le chiffre sera au moins multiplié par deux”.
L. B.


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