La route continue d'allonger son funeste bilan, d'année en année. Hier, dans une conférence de presse commune entre responsables de l'administration et de la sécurité automobile, il était encore question de révision du code de la route. Et pas seulement, heureusement : le représentant de la Gendarmerie nationale a tenté une approche plus intégrée du problème de circulation en rappelant que le port d'Alger, par exemple, déverse 70% de la marchandise importée dans le centre-ville et que les parkings manquent désespérément. Mais l'officier trouve que le code actuel n'est pas suffisamment répressif. Pourtant, n'est-ce pas qu'il vient d'être réformé depuis mars 2005 ? Ce qui est récent. De plus, des mesures élargissant les cas de retrait de permis de conduire ont été récemment prises, mesures normalement dissuasives pour des automobilistes qui, parfois, ont un rapport toxicomaniaque à la conduite. Peut-être alors que le code de la route pèche par ce qu'il renferme comme système de répression que par la manière dont il est appliqué. En observant la manifestation concrète de la mission de répression des infractions au code de la route, on constate, en premier lieu, une traque sélective des infractions. En ville notamment, la posture même de l'agent, se tenant en milieu de chaussée, face aux véhicules qui arrivent renseigne sur sa cible de prédilection : le téléphone mobile et la ceinture de sécurité. Le maniement de l'un et l'omission de l'autre sont visibles de loin chez un automobiliste en approche. En second lieu, sont pourchassés, par les véhicules de ronde, les arrêts et stationnements interdits. Et ce n'est pas ce qui tue le plus, même si cela gêne. C'est dans les périphériques, où des chauffards s'adonnent à la cavalcade, et non dans les avenues centrales encombrées, que des vies se jouent. C'est aussi la nuit, quand les boulevards sont libérés aux rallyes de pilotes improvisés et grisés plutôt que le jour où les bouchons les contraignent à réduire l'allure, que sûrement survient le plus grand nombre d'accidents. Sur les “autoroutes”, la vitesse est quasiment libre, malgré ces mystérieux radars qui ont fait parler de leur arrivée plus que de leur effet dissuasif. La nécessité de se rabattre sur la voie de droite à chaque fois qu'elle est libre est une règle aussi étrangère que le chinois pour la quasi-totalité des automobilistes nationaux. Son mépris provoque son cortège de dépassements par la droite à la vitesse et les conséquences qu'on ignore. Le résultat en est qu'objectivement, ces rodéos sur autoroutes transformées en arènes sont plus tolérés que l'usage d'un téléphone portable dans une ruelle embouteillée ! La prédilection pour les barrages fixes au détriment de la surveillance mobile fait que ce désordre en mouvement est très répandu entre deux points de contrôle fixes. Et c'est peut-être ces no man's lands routiers que constituent certains tronçons qui font le plus de victimes. Revoir encore le code de la route ? Peut-être. Revoir la manière de l'imposer ? Probablement. Mais revoir aussi l'environnement du transport, en termes d'aménagement du territoire et d'aménagement urbain, et de qualité des routes, c'est certain. M. H. musthammouche@yahoo.fr