Après le choc de la mort de dix soldats français dans une embuscade en Afghanistan, l'opposition de gauche et la presse s'interrogeaient, hier, sur l'engagement français dans le “bourbier” afghan et la stratégie à adopter face à des talibans de plus en plus offensifs. Cette attaque a brutalement plongé le pays dans une réalité jusqu'alors lointaine pour beaucoup de Français : Paris mène une guerre en Afghanistan, et “la guerre tue”, remarquait un éditorialiste. L'heure était au recueillement, avec le rapatriement, hier, des corps des dix soldats, dans la journée, le déplacement à Kaboul du président Nicolas Sarkozy, et un hommage national prévu, aujourd'hui, peu de place était accordée à la polémique sur la décision du président Sarkozy d'avoir renforcé l'engagement militaire de Paris aux côtés des Etats-Unis. “Le temps est à la solidarité avec les familles”, reconnaissait le numéro un du parti socialiste, François Hollande, à l'unisson d'autres responsables politiques. “Mais il faut aussi qu'on ait le temps de réflexion sur ce qu'est le sens de notre présence en Afghanistan, où la France a déployé 3 000 soldats. Après ce drame, il faut savoir ce que nos troupes vont faire précisément en Afghanistan et en combien de temps vont-elles le faire ?”, a-t-il déclaré, jugeant que “ceux qui doivent assurer la sécurité des Afghans, ce sont les Afghans eux-mêmes. Ce n'est pas une opération d'occupation que nous avons à faire”, a-t-il poursuivi. La veille, le numéro un du parti socialiste avait réclamé la convocation urgente des commissions des Affaires étrangères et de la défense de l'Assemblée nationale et du Sénat pour débattre cette question. Selon un député du parti au pouvoir UMP, une “mission d'évaluation” parlementaire de la situation en Afghanistan sera créée début septembre. Le principal parti d'opposition s'était opposé en avril à l'envoi de renforts militaires en Afghanistan, estimant que Paris risquait d'être entraîné dans un bourbier, et avait dénoncé “l'atlantisme” qu'elle reproche au président français, un “ami” du président George W. Bush. La presse s'interrogeait également sur les objectifs de la “guerre” en Afghanistan, en donnant notamment la parole à des experts qui y prédisent un “enlisement des forces occidentales” (70 000 soldats). “Comment gagner une guerre militairement ingagnable ?”, s'interrogeait le quotidien Libération (gauche), tout en estimant que la guerre en Afghanistan, contrairement à celle en Irak, est légitime. Et le journal d'avancer que “la solution, même si elle suppose une suprématie militaire, ne peut être que politique. Reconstruction d'un Etat digne de ce nom, moins corrompu et plus efficace, mais aussi (...) négociations destinées à jouer les divisions au sein des factions rebelles”. Le principal quotidien de droite, Le Figaro, se demandait également : “Si les objectifs sont justes, la tactique mise en œuvre pour les atteindre est-elle la bonne ?”. “Ce n'est qu'en laissant derrière eux des forces locales capables de contenir les talibans que les soldats occidentaux pourront, un jour, sortir du bourbier afghan sans donner l'impression d'avoir perdu la guerre”, poursuivait l'éditorialiste. De nombreux journaux rappelaient, aussi, que M. Sarkozy avait déclaré, lors de la campagne présidentielle de 2007, que la France n'avait “pas de vocation à rester en Afghanistan”, avant de changer d'avis au printemps. D. S./ AGENCES